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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 21:44

Voici à présent le n°3 de ces petits fascicules des États Généraux du cinéma de Mai 1968 ! Je n'en possède hélas plus d'autres.

Partageons, partageons, des idées nouvelles viendront :)
J'ai recopié tel quel en respectant au mieux la mise en page et les choix d'édition des auteurs.
J'ai recopié aussi les quelques fautes et coquilles.

J'ai pu moi-même produire quelques fautes de frappe, n'hésitez pas à me le signaler.


Voir également :

Le cinéma s'insurge - États généraux du cinéma n°1 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/04/le-cinema-s-insurge-n-1-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma s'insurge n°2 - états généraux du cinéma
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-s-insurge-n-2-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma au service de la révolution - Etats Généraux du Cinéma n°3

Le cinéma au service de la révolution - Etats Généraux du Cinéma n°3

Etats généraux du cinéma

 

BULLETIN N°3

 

 

                       HISTORIQUE


La répression
Les Etats Généraux depuis Mai


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                        METHODE ET POLITIQUE

Pour un cinéma militant
Expérience d'une diffusion politique
Paris-Mexico : un même combat


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                       INTERNATIONALISME

Le Festival « révolutionnaire » de Leipzig
Belgique : la ligne générale, groupe d'action cinématographique


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                       LES FILMS

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                        Directeur de la publication : Jean-Louis Pays

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                                                 Editions du Terrain Vague
                                                     14-16, rue de Verneuil
                                                          75 - Paris (7°)

LA REPRESSION

 

    Il y a une « logique » de la répression bourgeoise. Après un retour à l'ordre, justifié en apparence par l'électoralisme, il s'agit pour le Pouvoir Gaulliste d'éteindre ce qu'il ne veut considérer que comme les dernières flammèches d'un incendie alors qu'il sait très bien qu'il lutte contre la menace d'un nouvel embrasement. La dissolution des « groupuscules », les entraves systématiques apportées à la diffusion des journaux issus de Mai, les arrestations et les condamnations arbitraires sont les méthodes successives ou simultannées de ses attaques. C'est aujourd'hui le tour du cinéma militant.

    Le 23 novembre, c'est l'épisode de Feldkirsch (Haut-Rhin). D'importantes forces de Gendarmerie Mobile cernent la Maison des Jeunes et de la Culture où doivent être projetés quatre films dont deux sur les évènements de Mai. Les films sont saisis, les identités des spectateurs vérifiées. On arrête le directeur de la Maison. Il sera libéré peu après mais démis de ses fonctions. Ce directeur est aussi instituteur, aussi deux jours plus tard, trois memebres du Comité d'Action Civique local iront trouver le député de l'endroit pour demander qu'une sanction administrative soit prise conter lui et qu'il soit déplacé. Bien entendu la presse locale réagit dans le sens du courant, en déformant plus ou moins les faits. Une pétition en faveur de l'instituteur fera hésiter le député. Il cherchera plutôt à étouffer l'affaire, avant qu'elle ne vienne en justice, encore que les motifs de l'inculpation soient mal définis. Après Feldkirsh ce sera Maubert. Une provocation est montée lors d'une réunion du Comité d'Action. Puis Sartrouville, où un investissement policier de la salle de projection échoue de peu.

    Le CAL du Lycée Chaptal demande l'autorisation d'organiser une projection de films. Le Conseil d'Administration la lui refuse, sous le prétexte qu'il s'agit de cinéma politique. Le 7 décembre, des élèves demandent les motifs de cette interdiction au Proviseur qui fait appel à la police. Plusieurs dizainesde lycéens sont arrêtés. Edgar Faure ferme le Lycée et, malgré un recul de dernière minute (les élèves du Second Cycle devaient à nouveau solliciter leur inscription, ce qui aurait permis d'éliminer les trublions) laisse encore planer la menace de sanctions disciplinaires.

    Le 17 décembre, c'est le tour de Toulouse. Une lettre écrite par une étudiante de Première année, le 18, raconte l'opération. « Hier soir, une projection de films sur Mai a été interdite et les lumières coupées à la Fac. Nous étions environ 800 réunis dans la cour, devant un amphi (celui qui nous avait été refusé). Une délégation a été voir le Doyen mais celui-ci a refusé de les recevoir et de rétablir les lumières. Et puis, tout à coup, les flics sont arrivés (il y avait environ 20 cars autour de la Fac mais personne ne croyait qu'ils interviendraient ainsi). On a essayé de rester calme et de s'asseoir par terre, mais ils ont chargé et jeté des grenades au chlore ! Ça a été la panique, parce que nous étions coincés dans la Fac. Nous avions très peur au début (je n'avais jamais eu aussi peur de ma vie) quand nous avons vu ces rangées de flics casqués avancer vers nous et matraquer les gens.»

    «Nous sommes partis en courant, mais nous étions coincés dans un coin de la Fac. Et avec les grenades nous pleurions et nou toussions affreusement. Le service d'ordre était débordé et ça allait mal mais soudain, on nous a dit que les flics nous laissaient sortir. Et on a dû sortir entre deux rangées de flics ricanants et menaçants. Il y avait un dispositif terrible et on nous a guidé à travers les rues pour nous disperser. Mais une partie des étudiants a été prise entre deux cordons de flics et le matraquage a continué, dans la rue puis Place du Capitole. Les filles et moi nous nous sommes enfuies par des petites rues mais il nous a été impossible de rentrer chez nous...»

    « Il y eut peu de blessés mais nous avons vu des filles par terre et une qui a été emmenée à l'Hôpital (une grenade l'a blessée)...

    J'ai eu peur mais je suis très heureuse d'y être allée parce que maintenant je comprends mieux ce que ressentent les étudiants et je suis encore plus décidé à « continuer le combat ». Quant aux flics, je n'avais jamais encore vu ni ressenti quelque chose d'aussi horrible. Voir de ses propres yeux un flic matraquer une fille ! ... Presse et radio ont étouffé cet «le plus possible...»

    Trois leçons peuvent être tirées. La première est que la disproportion apparente des moyens mis en oeuvre et du but visé (deux cent gendarmes à Feldkirsh, vingt cars de police à Toulouse pour empêcher une projection de films) ne fait que souligner l'efficacité du cinéma militant. L'Etat bourgeois connaît parfaitement l'importance de ce qu'il combat. La seconde est que, loin d'intimider, ce déploiement de force, puis de violence, a un effet mobilisateur. La troisième est, par ailleurs, son inefficacité complète. La fluidité de la diffusion, parce qu'elle est l'affaire des militants eux-mêmes et non d'une organisation bureaucratique et centralisée, ridiculise les invasions de flics casqués. Il y a, certes, une « logique » de la Répression mais qui va à l'inverse des résultats qu'elle veut obtenir puisqu'elle multiplie et renforce ce qu'elle veut étouffer.

LES ETATS GENERAUX DEPUIS MAI

 

    Les Etats Généraux du Cinéma, nés le 19 mai 1968, ont rassemblé pendant quelques semaines 1 500 personnes environ, cinéastes ou non, entraînés par le mouvement. Ces Etats Généraux réunissaient les tendances les plus diverses : opportunistes de droite, sociaux-démocrates, révisionnistes et révolutionnaires étiquetés plus tard gauchistes. Cet amalgame douteux aura pour sonséquences diverses aventures parallèles et successives des Etats Généraux, dont il serait difficile de chercher l'unité de sens politique.

    1. -- Les premières actions sont :
   --  Mot d'ordre de grève illimitée pour toute la profession cinématographique.
   --  Tournage de documents sur les évènements.
    Mais dès le premier soir, le P.C.F. et la C.G.T. éludent la proposition d'une grève active au service du mouvement pour se contenter d'un mot d'ordre de grève passive, classique, non politique, qui se limitera rapidement à de simples revendications salariales.
    La grève des laboratoires français étant totale, les documents filmés ne pourront être développés dans les délais qui auraient permis de substituer à l'information tronquée de la télévision, de la radio et de la presse, une information politisée et vivante au bénéfice du mouvement.

    2. -- D'autre part, la pression, sous prétexte d'urgence, des modérés de tous poils engage les Etats Généraux dans la voie des réformes des structures du cinéma, préoccupations toutes corporatistes visant à aménager un rouage du système capitaliste sans l'abattre dans son ensemble. Les Etats Généraux se fourvoient dans de longues et infructueuses palabres aboutissant à 19 projets de réforme, puis à 4 (dont 3 réformistes et un plus audacieux qui fut taxé d'utopisme), le tout se terminant par une simple motion d'orientation. Les projets de Suresnes sont un fiasco pour les opportunistes de la révolution et un fructeux exemple d'erreur politique pour les autres.

   3. -- A l'issue du mois de juin, les rangs des E.G. s'amenuisent. On s'interroge sur leur avenir. Pour s'organiser efficacement, ils se constituent en association légale et adoptent comme préambule à leurs statuts la motion de Suresnes.
   Soutenir les films de Mai devient une préoccupation essentielle.
   Les E.G. ne sont plus dès lors la réunion de tous les gens que le cinéma concerne mais l'organe de lutte de tous ceux qui voient dans le cinéma une arme du combat révolutionnaire.

   4. -- Pendant tout l'été, l'orientation politique des E.G. se précise; l'essentiel du travail politique des E.G. se concentre sur la diffusion des films tournés en Mai.

   5. -- Décembre 68 : En Assemblée Générale, l'Association fait le bilan et trace les grandes lignes de son action future. Elle y fait ratifier des rapports d'activité dont la plupart constituent le fond de cette revue.

POUR UN CINEMA MILITANT

 

     Résolument engagés aux côtés du prolétariat et de ses alliés dans leur lutte anti-capitaliste et anti-impérialiste, les Etats Généraux du Cinéma se sont concrètement posé le problème de la fonction du cinéma dans notre société.
   
    Voici les premières réponses qu'ils sont en mesure d'apporter :

    La dictature bourgeoise sévit à tous les niveaux. Le cinéma, la télévision, industries et spectacles, ne sont pas seulement une source de profit pour quelques-uns, mais ils constituent aussi une arme idéologique aux mains de la classe au pouvoir. Aussi les capitalistes tiennent-ils à ce que le cinéma reste, comme toutes les branches de l'activité sociale, un de leurs monopoles. Ils ont à cet effet installé un système qui s'exerce comme contrainte pour les travailleurs de la profession comme orientation idéologique pour le public.

CE SYSTEME COMPORTE DEUX ASPECTS :

    L'un est répressif :

-- censure gouvernementale entraînant l'auto-censure,

 

-- cloisonnement sociaux, économiques, idéologiques dans la production et dans la distribution.

    L'autre libéral mais en réalité destiné à renforcer leur emprise :

 

-- mascarade des soi-disants professionnels de la critique qui ne sont rien de plus que des publicistes défendant ou attaquant des produits concurrentiels,

-- mascarade d'une prétendue intelligentsia en réalité frange d'esthètes coupés de la réalité sociale.

    Les festivals qui se rattachent à l'aspect libéral du système par leur masque d'effervescence culturelle sont en fait des foires commerciales. Quant à leur prétendue signification culturelle, elle se réduit par le jeu des prix et des campagnes de presse à des tentatives d'intégration d'oeuvres qui choquent momentanément les valeurs admises.

    Il découle de cela que tout film qui ne se situe pas intégralement et de la façon la plus claire et la plus précise sur les positions de lutte du prolétariat est inéluctablement récupéré par la bourgeoisie.

    Pour réaliser cette rupture idéologique nous nous prononçons pour l'utilisation du film comme arme de lutte politique.

 

COMMENT LE FILM PEUT-IL ETRE UNE ARME DE LUTTE POLITIQUE ?

--   Il peut donner des informations que la presse bourgeoise, ecrite et parlée, ignore délibérément (grèves locales, licenciements, lutte révolutionnaire de tous pays).

-- Il peut aider à analyser les mécanismes du système capitaliste afin d'en révéler les contradictions et par-là, aider à les combattre.

-- Il peut servir à populariser, à comprendre, à tirer des enseignements de toutes les formes de luttes révolutionnaires, remplissant dans tous ces cas une fonction critique et mobilisatrice.
Dès lors, il est nécessaire de lier le plus possible, en fonction des situations objectives et des possibilités d'action qu'elles impliquent, cette rupture idéologique à une pratique militante.


C'EST POURQUOI NOUS DEFENDONS :

    1.  l'utilisation des films comme arme de lutte politique telle que nous l'avons définie plus haut et sur lesquels tous les militants concernés par ce film exercent un contrôle politique aussi bien dans la réalisation que dans la diffusion.

    2.  l'utilisation de films comme base d'échanges d'expériences politiques, d'où nécessité de faire suivre chaque film de débats à partir des problèmes concrets qui l'ont suscité. Cette méthode doit permettre aux travailleurs d'orienter d'autres réalisations selon les nécessités de la lutte et permettre d'y inclure les solutions qu'ils proposent.

    3. 
l'utilisation et la réalisation des films en liaison avec des actions politiques (meetings, manifestations, grèves, etc.).

    4. la diffusion parallèlement à ces films d'une information qui les explique, les complète ou les provoque.

    Il est bien évident que la nécessité pour les travailleurs de la profession de continuer à travailler dans le système afin de gagner leurs moyens de subsistance, ne serait-ce que pour se permettre par ailleurs une vie militante, n'est pas remise en cause.

    La définition du cinéma militant tel que nous le proposons, n'exclut en rien la lutte syndicale dans la profession au contraire, surtout dans le contexte actuel où la bourgeoisie déclenche une attaque générale contre le mouvement ouvrier.

    Toutes les attaques que nous avons portées contre les chiens de garde du système seront plus amplement développées par des analyses diffusées dans nos divers moyens d'information.

 

EXPERIENCE D'UNE DIFFUSION POLITIQUE

 

CRITERES DE LA DIFFUSION.


    La réalisation de films tournés en Mai et par la suite dans la même ligne a été un engagement politique des équipes qui ont travaillé dans le cadre des Etats Généraux.
    Le terme «équipe» englobe aussi bien les techniciens de cinéma que les travailleurs, étudiants, protagonistes qui ont permis la réalisation de ces films, à un titre ou à un autre.
    La diffusion de ces documents ne peut et ne doit être que le prolongement de cet engagement politique.
    Qu'entendons nous par «diffusion politique » ?
    Le film politique est une arme de combat utilisée par les militants d'avant-garde dans leur travail d'information et d'agitation.
    Il est, par son contenu et par les débats qu'il suscite, une source d'arguments politiques, tant pour les militants qui le diffusent que pour ceux qui le reçoivent.
    En conséquence, nous considérons que le diffuseur est nécessairement un militant politique qui utilise le film comme un outil politique et jamais comme un objet de spectacle à quelque niveau de diffusion que ce soit.
    Cette définition de la diffusion est valable aussi bien pour la France que dans tous les pays où se développent les luttes révolutionnaires.
    Ce principe de diffusion est établi en plein accord avec toutes les équipes de réalisation, françaises et étrangères, qui nous ont confié leurs films.



ANALYSE DE LA DIFFUSION -- CHRONOLOGIE
 

    Une semaine après l'élection du Conseil Permanent au cours de l'Assemblée Générale du 29 Juin, c'est-à-dire le 6 juillet, s'est créée une Commission Diffusion qui a assuré immédiatement la projection des films terminés.
    Dès ce moment, grâce aux discussions qui se sont engagées, au cours des projections de travail entre les différents participants de chaque équipe : travailleurs, étudiants, cinéastes, chacun a pris conscience de l'importance de ces films comme arme idéologique et en a parlé autour de lui.
    Il s'est ainsi manifesté très vite un intérêt qui a suscité le besoin de nouvelles projections. Au cours de chacune de ces projections, le même processus s'est répété.
   Très vite, tous les groupes qui ont participé aux luttes de Mai ont compris l'importance de ces films pour expliquer et prolonger leur combat.

    Dès la fin du mois de Juillet, après une projection de coordination des Comités d'Action, des militants, soit par groupes, soit individuellement, ont pris l'initiative de diffuser des films pour faire de l'information en province.
    Ainsi ont été établis les premiers contacts pendant la période des vacances.
    Pendant, cette même période, des projections ont été organisées dans les Universités Populaires de Grenoble, Montpellier, de la Butte aux Cailles.

    Début septembre -- le 4 au C.H.U. Pitié et le 5 à l'occasion de la réouverture de la Faculté de Médecine -- deux projections ont rassemblé deux milliers de personnes.
    Ces projections ont été déterminantes car de nombreux militants ont alors pris contact pour assurer des diffusions, dont ils ont été peu à peu amenés à prendre totalement en charge l'organisation matérielle.
    Pour ces militants, la diffusion n'est évidemment pas le fait de projeter simplement un film en tant que tel mais de l'utiliser comme arme de combat, particulièrement à l'occasion des débats et discussions entraînés par la projection.
    A la même époque, les Comités d'Action qui reprennent leur activité, utilisent des films pour renouer leurs contacts avec les travailleurs des entreprises de leurs quartiers.
    Toujours pendant la même période, des militants de province, par l'intermédiaire de l'U.N.E.F. et du SNE-Sup entrent en contact avec la Commission Diffusion pour assurer des projections dans leur région.

    En octobre -- parallèlement à la diffusion parisienne qui se poursuit et s'intensifie -- commencent à s'organiser dans certaines villes de province des réseaux de diffusion autonomes : les militants disposent d'un certain nombre de copies de façon permanente et prennent en charge la diffusion dans leur région, soit directement, soit avec le concours et par l'intermédiaire d'autres militants.
    C'est cette forme de diffusion que nous essayons de généraliser. Elle permet en effet de répondre à des besoins que nous connaissons mal, grâce à des camarades qui sont mieux à même de donner aux films toute leur efficacité. En même temps, les films rendant compte de certaines expériences « du dehors » par rapport à la région intéressée, sont pour ces militants une arme précieuse qui leur permet de faire avancer le niveau de conscience politique des camarades auxquels ils s'adressent.
    Enfin et surtout, à partir de ces expériences, les militants nous informent de ce qu'ont été les projections, des discussions qu'elles ont suscitées, des luttes menées dans leur région ainsi que de l'opportunité de réaliser sur place un ou plusieurs documents nécessaires à leur action.

    En novembre, la situation se présente ainsi :
-- extension des réseaux de diffusion en province ;
-- continuation des projections des comités d'action de la région parisienne dans les quartiers et en direction des comités de base d'entreprises ;
-- des projections suivies de débats ont lieu régulièrement à la Sorbonne, depuis sa réouverture;
-- la Commission Centrale de la Faculté des Sciences met à profit l'octroi de libertés politiques à l'intérieur de l'Université pour organiser des débats sur l'auto-gestion, au cours desquels est présenté le film Nantes.
-- depuis peu, les CAL organisent des projections à l'intérieur des lycées.

 

DIFFUSION A L'ETRANGER.


     La  Commission Diffusion a décidé que la diffusion à l'étranger serait faite uniquement par des militants menant une lutte semblable à la nôtre, estimant que la vente des films sans contrôle politique, serait dangereuse bien que financièrement rentable.

    Il est à noter que les « juifs allemands » de tous les pays qui ont voulu entreprendre cette diffusion dans leurs pays respectifs ont su trouver l'adresse de la Commission Diffusion.

    Les premières diffusions ont lieu tout naturellement à l'initiative des camarades étrangers expulsés de France.

    C'est le cas, par exemple, pour l'Italie où ces camarades ont constitué les éléments de base d'une équipe qui a ensuite regroupé d'autres militants qui avaient pris des initiatives individuelles. Cette équipe dispose, depuis le mois de juillet, de l'ensemble des films et assure de façon autonome, en Italie, une diffusion semblable à la nôtre.

    En Belgique, la diffusion est assuré par un groupe politique, « La Ligne Générale », composé essentiellement d'ex-élèves de l'INSAS. D'autre part, une interview concernant l'activité des Etats-Généraux doit passer prochainement sur la troisième chaîne de la RTB.

    Les films sont également diffusés en Hollande, en Suède, en Suisse, en Finlande et en Allemagne. Un groupe de diffusion est en cours de constitution en Angleterre.

    Au Canada, des camarades ont organisé une semaine du film politique au cours duquel ils ont présenté un certain nombre de ces films. Ils ont proposé un de leurs films pour diffusion éventuelle en France.

   En Amérique Latine, les films sont diffusés officiellement à Cuba, clandestinement au Mexique, au Vénézuela, au Brésil, en Colombie, en Uruguay. En échange, sont diffusés déjà un film mexicain et un film dominicain et, bientôt, un film brésilien, un film colombien et un film argentin.


    Enfin, des films ont été envoyés au Festival Mondial de la Jeunesse à Sofia, mais y ont été interdits. Ils sont, par contre, diffusés en Yougoslavie.

    En conclusion, les militants ont à leur disposition plus d'une centaine de copies. Ils ont assuré, entre le 5 septembre et le 19 novembre, près de 200 projections.



PERSPECTIVES
 

    Cette expérience, menée pendant une période de quelques mois seulement, prouve les possibilités d'existence et de développement d'un cinéma politique militant, qui n'avait jamais encore été tenté à cette échelle et en pose les bases -- bien qu'encore modestement et imparfaitement.

    Il est certain que le fait d'atteindre une quinzaine de pays étrangers, avec échange de diffusion entre les deux pays, constitue un résultat inespéré et encourageant.

    Cette expérience prouve, entre autres choses, que la diffusion ne peut pas être envisagée de façon globale et systématique. Il est évident que chaque ville de province, chaque pays étranger, pose un cas particulier dont il faut étudier les meilleures possibilités.

    D'autre part, la diffusion débouche souvent sur des possibilités nouvelles. Elle entraîne souvent le tournage de séquences nouvelles (réflexions, mises au point) de la part des protagonistes d'un film déjà terminé et diffusé, plusieurs mois après le tournage initial et quelquefois le tournage de films tout-à-fait nouveaux.

    Deux exemples précis ouvrent des perspectives nouvelles et un champ d'action encore inexploré et même encore jamais entrevu jusqu'à présent :

-- une ville de France où l'effort de diffusion a entraîné la possibilité de tourner de nouveaux films témognant de la continuation des luttes ouvrières;
-- une ville d'un pays étranger où la diffusion a amené la création d'un atelier populaire du cinéma.

    Ce sont des exemples qui doivent nous inciter à faire preuve d'imagination pour mettre encore plus largement et sous les formes les plus diverses le cinéma au service des luttes révolutionnaires.

    L'essentiel devient donc de militer, par le biais du film, utilisé le plus efficacement possible. Il ne s'agit plus de témoigner, mais de participer d'une façon militante et de provoquer des actions.

 

PARIS-MEXICO, UN MÊME COMBAT

    Octobre 68. A la volonté des étudiants et des professeurs de poursuivre avec détermination leur mouvement de revendication, le gouvernement Diaz Ordaz, garant des intérêts de nombreux organismes exclusivement préoccupées de la rentabilité de leurs investissements dans les Jeux Olymbiques, répond en ordonnant délibérément le massacre de la place des Trois Cultures, mettant en évidence le caractère fasciste latent du régime.

    Beaucoup de mexicains doivent fuir à l'étranger.

    A Paris, quelques membres du Conseil National de Grève se retrouvent et prennent contact avec différents organismes.



PREPARATION.
 

     Après plusieurs réunions auxquelles participent des membres du SNE-Sup, de l'UNEF, des CAL, des Etats-Généraux du Cinéma, de l'Atelier Populaire des ex-Beaux-Arts, du comité de rédaction du journal Action (pour un numéro spécial sur le Mexique), le principe d'une manifestation est retenu pour le 5 novembre, date correspondant à la rentrée universitaire au Mexique.

      Pour nous, qui considérons le cinéma comme une arme de combat, la question était de savoir ce que nous devions, ce que nous pouvions faire, comment nous insérer dans une action, à la fois sur le plan de l'organisation, en tant que militants, et sur le plan audiovisuel, en tant que cinéastes.

    Les camarades mexicains ont proposé différents thèmes de débats :
    -- « De la démocratie bourgeoise à la répression.»
   
-- « Les différentes formes de la lutte populaire
    -- « Les étudiants dans la lutte
    -- « Les luttes mexicaines dans les luttes anti-impérialistes , etc...

    Nous nous sommes alors rendu compte que la situation historique, politique, économique du Mexique était mal connue des masses, et que pour étayer les débats sur des notions justes, il fallait d'abord effectuer un travail d'information sur cette situation, bien différente de l'imagerie traditionnelle d'un Mexique folklorique, soi-disant exclusivement préoccupé de tourisme et de Jeux Olympiques.

    Pour cette contre-information, les Mexicains avaient mis à notre disposition un grand nombre de documents, d'articles, de diapositives, de fac-similés de procès-verbaux, de lettres d'emprisonnés...

    La communication au public de tous ces éléments pouvait se faire de différentes manières. La plus efficace était la réalisation d'un document filmé.


REALISATION.

    
Un collectif fut immédiatement constitué, qui trouva un mode de travail approprié pour fournir une information rapide.

    Les camarades mexicains établissaient un schéma directeur, avec la mise en relief de trois évènements importants de l'histoire du Mexique moderne:
    1910, soulèvement paysan sous l'égide d'Emiliano Zapata,
    1959, soulèvement ouvrier. Grande grève des cheminots avec occupation et manifestations suivies d'une répression meurtrière,
    1968, soulèvement étudiant avec constitution d'un organisme original, le Comité National de Grèvé.

    Simultanément, un membre des Ateliers Populaires dessinait les illustrations nécessaires, qui, avec les documents fournis par les Mexicains, étaient aussitôt filmées

    De cette manière était constitué un schéma informatif d'introduction destiné à être projeté dès le début de la manifestation. Ce document était complété par un reportage venu du Mexique, témoignant de la lutte étudiante en Juillet. Enfin, un tournage fut effectué à la Mutualité, pendant la manifestation et les débats.

    Ainsi étaient réuni un ensemble d'éléments de contre-information, d'actualité sur un évènement.

 

ANALYSE CRITIQUE.

   
A la suite de cette manifestaion, les militants se sont réunis pour en analyser le déroulement et la portée, et en tirer un certain nombre d'enseignements sur les points suivants :

    -- Un document filmé de 15 minutes ne pouvait traiter les problèmes qu'en raccourci et, par conséquent, l'ordonnance, la coordination des débats devaient être prises en charge par les différents organismes et dirigées dans le sens d'un complément dynamique. A ce niveau, la préparation par et entre les groupes participants n'a pas été assumée qu maximum des possibilités.

    -- Il faut reconnaître l'efficacité réelle d'une manifestation limitée à la Mutualité, lieu où se sont cristallisées toutes les forces, au détriment d'une décentralisation en banlieue et en province, où un travail d'information et d'agitation politique auprès des lycéens, des étudiants, des travailleurs aurait pu être fait avant, pendant, et après la manifestation (projections, débats, revues, affiches, tracts....).

    Pourtant « Le Mexique d'Octobre 68 » s'est avéré être un élément mobilisateur, compte tenu du fait qu'il s'agissait d'une des premières manifestations importantes depuis Mai et compte tenu des thèmes qui étaient :

    -- L'internationalisme des luttes des jeunes dans le Monde.
    -- La bourgeoisie et son appareil répressif.
    -- L'impérialisme yankee et ses alliés.

    Cinq mille personnes sont venues manifester leur solidarité envers les emprisonnés, le Conseil National de Grève et ses militants toujours en lutte.

 

LE FESTIVAL « REVOLUTIONNAIRE » DE LEIPZIG

 

 

    Le Festival du film documentaire de Leipzig est un festival annuel situé dans un pays socialiste et dont le mot d'ordre est : Films du Monde pour la Paix du Monde.

    A sa création, il montrait des films anti-fascistes, anti-colonialistes, et principalement la production des pays de l'Europe orientale. On peut dire que dans ces premières années tout film interdit dans un pays capitaliste pour des raisons politiques pouvait être projeté au Festival de Leipzig.

    Aujourd'hui, l'accélération de la dégénérescence des pays socialistes européens dans le domaine idéologique et culturel se retrouve dans l'évolution du Festival de Leipzig, particulièrement en ce qui concerne les films produits par les pays de l'Europe de l'Est : films soviétiques sur les mouettes, sur les pingouins, sur la réfection des palais des Tsars, films polonais à la gloire du néo-colionnalisme en Afrique : ainsi que dans le choix des films occidentaux : en effet, cohabitent des films sur la Colombie produits par la Banque du Café de Colombie avec des films sur la Guérilla en Comobie, des films produits par la Shell sur le Vénézuéla avec des films sur les bidonvilles de Caracas. Tel film français fut refusé en 1966 par la commission de sélection parce qu'il donnait une idée trop pessimiste de la société capitaliste. Un autre exemple est significatif : en 1964, il a fallu mener une énorme bataille, avec menace de quitter le festival pour imposer à la direction le premier film réalisé par le FNL du Sud-Vietnam.

    L'éclectisme le plus complet et un opportunisme suivant les nécessités des « relations internationales » tiennent loeu de ligne politique. Cette dégénérescence se manifeste non seulement au niveau du choix des films mais aussi au niveau de la conception du Festival. Il n'est en rien un échange d'expérience de cinéastes militants. Il est un festival bourgeois à l'image de tous les festivals On y traite des affaires, on y organise des rencontres mondaines et des réceptions. Un exemple de l'esprit de ce festival : des spectateurs pleurèrent à chaudes larmes en voyant la mort de Kennedy, particulièrement les délégations européennes des pays de l'est.

    A l'occasion de ce festival, un certain nombre de militants cinéastes de divers pays occidentaux et d'Amérique latine s'y trouvent réunis ; il a semblé utile, cette année, aux Etats Généraux du Cinéma d'y présenter des films sur Mai pour les montrer à ces cinéastes. Il faut savoir que le mouvement de Mai est tabou dans tous les pays révisionnistes. En effet, on s'en tient à l'analyse du P.C. français, en la minimisant au besoin : on n'y voit qu'une lutte de type revendicatif troublée par des provocateurs anarcho-trotsko-maoïstes.

    Ainsi le peuple de la RDA en fut informé en trois lignes, et si on parle du mouvement de Mai, on s'aperçoit de l'ignorance totale dans laquelle sont les gens des pays socialistes.

    Les films furent soumis à la commission de sélection le deuxième jour de l'ouverture du Festival, non pas pour qu'ils concourent, mais en vue d'être projetés dans la section informative. Deux jours plus tard il fut répondu qu'on ne pouvait les projeter car la « commission de sélection était dissoute », alors qu'elle existait en fait lorsqu'on avait donné les films. Après beaucoup de complications, les films furent projetés en projection privée quasiment clandestine, 200 personnes étaient présentes à cette projection qui eut un énorme succès et un énorme retentissement dans le festival.

    Cette projection a fait éclater les contradictions, une ligne de démarcation s'est faite; deux groupes se sont formés : d'un côté les révisionnistes officiels de tous les pays et la direction du festival, de l'autre les latino-américains, les cubains, les étudiants allemands de l'ouest, des étudiants de l'Allemagne de l'Est, des français, suisses, belges, etc.

    Très vite le problème des films proprement dits était dépassé (à noter que d'autres films, notamment mexicains, argentins, cubains, etc., étaient dans la même situation que les films de Mai), et fut posé celui du festival.

    Une motion fut votée qui demandait :

    1. - possibilité d'information et de discussion permanente pour tous les participants du Festival sur tous les problèmes de mouvements révolutionnaires.

    2. - projection de tous les films sur les luttes révolutionnaires écartés par la direction du Festival.

    A partir de la projection des films présentés par les Etats Généraux, une lutte s'est engagée. La direction du Festival, les révisionnistes ont été démasqués. Acculés, pour riposter ils eurent recours comme à leur habitude à la calomnie et à l'insulte d'abord : « Qui vous a acheté ? » -- « Vous faites le jeu de l'impérialisme.» -- « C'est une provocation anarcho-trotsko-maoïstes.»-- A la répression ensuite : les étudiants de la RDA qui avaient assisté à la projection furent renvoyés de leur université : un ministre fit la reflexion suivante : « On a le pouvoir on le gardera ! », et le directeur du festival hurla : « Ici il n'y a pas de démocratie, si vous n'êtes pas contents, foutez le camp «.

    A noter l'attitude du P.C. de l'Allemagne de l'Ouest, attaquant les étudiants de la SDS, les accusant de saboter le rapprochement Est-Ouest.

    Quant aux révisionnistes français, ils se placèrent évidemment du côté de la direction du festival, sans être pour autant payés de retour, étant donné leur prise de position à propos de la Tchécoslovaquie.

    Le festival de Leipzig a montré son  vrai visage : un festival dégénéré aux méthodes de type fascistes. Une grande partie des participants en ont pris conscience. Le festival ne peut même plus se donner un masque de « gauche »;  il ne peut plus désormais avoir la caution des militants révolutionnaires. Dorénavant, il se repliera complètement sur lui-même, ne rassemblant que des cinéastes à la solde des révisionnistes, de plus en plus isolés.

(à suivre, saisie en cours)

 

 

 

BELGIQUE : LA LIGNE GENERALE, GROUPE D'ACTION CINEMATOGRAPHIQUE

 

 

    La Ligne Générale, en rupture avec un monde de minoritées privilégiées et d'irresponsables sociaux, veut pratiquer un cinéma conscient de son rôle social, c'est-à-dire un cinéma de combat révolutionnaire.

    Pour être cohérente et efficace dans sa démarche politique, elle doit s'appuyer sur une analyse du contexte dans lequel elle travaille.

    La Belgique, actuellement, est confrontée aux mêmes contradictions économiques que ses voisins capitalistes.

    Le capitalisme libéral, représentant les intérêts de la vieille bourgeoisie locale, concentrée essentiellement dans le bassin industriel wallon entre en conflit avec le néo-capitalisme de la bourgeoisie technocratique naissante, s'implantant surtout en Flandre, et cautionnant l'impérialisme américain.

    Le nationnalisme petit-bourgeois clérical et fascisant de la Flandre rurale d'il y a quelques années, était une réaction à l'hégémonie de la traditionnelle bourgeoisie libérale francophone, tandis que dans la Wallonie industrielle, l'opposition s'était développée sur le terrain de la lutte des classes. Bruxelles était la place forte de la haute-bourgeoisie (francophone et unitaire) entourée de son personnel administratif.

    Le progressif vieillissement des structures industrielles ( charbonnages, sidérurgie) de la Wallonie, s'est trouvé confronté à la vigoureuse expansion de la Flandre. Cette situation fut encore exacerbée par la liquidation (?) du Congo. En automne 1960, le gouvernement de centre droit impose une série de mesures d'austérité à caractère nettement antisocial réunies dans le projet de la LOI UNIQUE. Le mécontentement latent éclate violemment dans dans l'ensemble du pays. La classe ouvrière, appuyée par la petite bourgeoisie et débordant les cadres syndicaux (chrétiens et socialistes) se mettent en grève. Pendant plus de 4 semaines, le pays sera paralysé par ce que l'on appellera « la grève du siècle ». Le prolétariat affirme sa volonté révolutionnaire : le mot d'ordre : « Marche sur Bruxelles » est lancé.

 

    A ce moment précis l'aile gauche dy syndicat social-démocrate (F.G.T.B.) (1) reprenant la grève à son compte, la divise et la récupère, lançant en Wallonie le mot d'ordre de fédéralisme. La classe ouvrière wallone sort décapitée de cette grande grèvé 60-61 (la bataille du charbon est définitivement perdue, les appareils syndicaux en accord avec le patronat vont briser toute possibilité de revendication politique).

    La gauche réformiste est déconsidérée, la gauche révolutionnaire est quasi inexistante. La droite technocratique s'implantant en Flandre va soutenir le flamingantisme. Les Wallons abusés, désabusés setont détournés vers les revendications régionalistes. La vie politique belge sera désormais dominée par la « question linguistique ». De stériles et passionnels affrontements micro-nationalistes vont masquer pour quelques années le conditions économiques fondamentales.

    Il faudra attendre 1968 pour assister à un premier mouvement révolutionnaire qui nait cette fois en milieu étudiant et en Flandre (Louvain) sous l'impulsion du S.V.B. (Studenten Vaksbeweging).

    La lutte des étudiants flamands contre la section francophone de l'université catholique (implantée en Flandre) se transforme très rapidement en lutte politique et sociétale : le « Walen bulten » = « Wallons dehors ! » devient : « ourgeois bulten ». La grande presse unanimement va isoler, dénaturer le mouvement en le réduisant à un affrontement uniquement linguistique. Louvain s'inscrit dans l'agitation étudiante internationale qui se développe à ce moment-là.

    Les évènements de Mai en France impulsent le mouvement étudiant francophone. L'université libre de Bruxelles (U.L.B.) manifeste à partir du 13 Mai sa solidarité avec le mouvement révolutionnaire des étudiants et des travailleurs français, et rapidement en arrive à contester ses propres autorités académiques (mise en cause du conseil d'administration, occupation des locaux). La contestation gagnera différentes écoles supérieures et lyvées du pays. Participant activement à l'occupation des locaux, à la liaison avec les travailleurs, aux différentes assemblées libres, et au travail des commissions, les étudiants des arts et du spectacle remettent en cause leur fonction dans le système capitaliste. Rejetant l'art actuel, véhicule de l'idéologie dominante, ilas adoptent comme principe de le transformer en outil de combat révolutionnaire. Ils sentent la nécessité d'établir un réseau d'information cohérent s'opposant à celui de la bourgeoisie. Après le reflux, le noyau militant crée la Ligne Générale.

LA LIGNE GENERALE

    Se proposant de faire un cinéma didactique et militant, le groupe en contact avec les Etats Généraux assure la diffusion de documents révolutionnaires de Mai. Cette diffusion se fait principalement dans les écoles, les maisons de jeunes, et, malgré le manque de liaison effective, sporadiquement devant les travailleurs.

    Chaque diffusion est assurée jusqu'au bout par un groupe de travail : de l'organisation de la projection et du débat jusqu'aux enseignements politiques qui peuvent être retirés. Les films diffusés étant des matériaux propres à la politisation, généralement, le public aborde ses problèmes spécifiques. Cette démarche est double : le contact permanent à la base est l'unique moyen d'établir un véritable échange d'éléments de politisation.

    Cette meilleure connaissance réciproque enrichit les prochaines diffusions et peut déboucher sur un travail suivi qui aboutirait à des possibilités réelles de réalisations collectives.

    En outre, notre passage dans des milieux très diversifiés a permis de mettre en contact un certain nombre de groupes ou personnes organisées politiquement ou non.


    On doit pouvoir à plus ou moins longue échéance s'appuyer sur les militants les plus dynamiques des endroits touchés, qui assumeraient eux-mêmes l'information-diffusion « parallèle ».

    Ainsi à Gand, Louvain, Liège, se sont déjà constitués les premiers noyaux actifs d'un réseau.


PREMIERES EXPIENCES

    Nous avions envisagé la réalisation d'un ciné-tract sur la grève des mineurs à José Battice (région liégoise). Aucun membre de la L.G. n'était en contact préalablement avec ces travailleurs ; très normalement nous n'avons pas été « acceptés », nous leur apparaissions à juste titre comme des journalistes, donc des « traitres en puissance ».

    Cet échec nous a permis de comprendre que nous ne pourrons valablement mettre le cinéma au service des luttes révolutionnaires que si nous sommes partie prenante de ces luttes.

    Nous nous sommes donc intégrés aux liaisons étudiants-travailleurs de l'U.L.B. et du S.V.B. qui commencent à fonctionner à Charleroi, Liège et Gand : à la liaison avec les élèves du secondaire (C.A.L., nés de la contestation de Mai), à des comités de base de quartiers (Comité anti-impérialistes).

    Actuellement, selon les principes déjà définis, deux groupes de travail préparent deux réalisations sur des secteurs où les contradictions du capital commencent à être ressenties socialement : en Flandre, une usine américaine caractéristique du néo-capitalisme, en Wallonie, une vieille entreprise sidérurgique confrontée aux problèmes de la reconversion.

TRAVAIL DANS LE COURS D'UNE LUTTE : Décembre 68 à l'U.L.B.

    Début décembre, les étudiants entreprennent à l'U.L.B. une lutte sur le droit à l'information dans leur université. A leurs questions, les autorités académiques répondent par l'appel aux forces de l'ordre; les étudiants construisent la première barricade...et déclenchent un mouvement de grève. Notre présence à l'université nous a permis d'être intégrés dés le début de la lutte, d'avoir la confiance des étudiants et de mener à bien en liaison avec le comité central de grève, un travail de contre-information face à la campagne hystérique de la presse contre le mouvement. Les enregistrements des événements allaient fournir aux étudiants matière à de nombreux tracts, les photos furent mises à la disposition des étudiants en lutte; enfin, sur la base de nos documents, de tracts, de coupures de presse, nous avons réalisé un « journal parallèle » qui fut conçu, non pas à destination de l'université, mais à destination de l'extérieur : les écoles de la ville, la province, notamment les différents endroits où la Ligne Générale avait diffusé les films de Mai.

    Le mouvement de décembre fut important dans la mesure où il révélait que le président du Conseil d'Administration, le député socialiste Simonet, entendait s'imposer, par le terrain de l'université, comme l'homme providence dont la bourgeoisie aurait besoin pour diriger ce qu'elle prépare : l'Etat fort. C'est la raison pour laquelle, la presse devait de soutenir son action répressive et c'est pourquoi la contre-information prenait ici, plus que partout ailleurs, toute son importance.

    La lutte continue !

 

 

 

 

AIX : LA MAISON OU LA CULTURE

 

    Les 6, 7 et 8 décembre, « l'Action Culturelle du Sud-Est » inscrivait dans son programme un « week-end Godard » selon une tradition bien établie : présentation de films suivies de discussions animées par un créateur du 7e art. Il est clair qu'une semblable manifestation ne débouche sur rien d'autre que la consommation par un public privilégié des valeurs culturelles définies et admises par les bourgeois.

    Jean-Luc Godard, engagé dans l'action militante des Etats-Généraux, ne pouvaient dès lors se prêter à cette parade culturelle. Pour les E.G., cependant, il semblait y avoir là des conditions d'une action intéressante.

    Il fut donc décodé que deux militants des E.G. se rendraient à Aix, sans Jean-Luc Godard, afin que sa présence ne puisse donner lieu à aucune tentative de récupération. Sur place, les E.G. proposent à Antoine Bourseiller directeur de « l'Action Culturelle » les bases d'action suivantes :


  -- Dans un premier temps, explication politique de l'absence de J.L. Godard, et réflexion        collective sur ce que pourrait être un cinéma politique engagé dans la lutte de classes : ceci en opposition critique avec les conceptions « d'actions culturelle » qui présidaient au « week-end Godard » initialement prévu.

  -- Dans un deuxième temps, projection éventuelle de films militants réalisés en mai, en tant qu'exemples non limitatifs et soumis à une critique collective.

  Ces propositions furent réalisées par « l'Action Culturelle du Sud-Est », en fonction de deux arguments essentiels :


  -- Risques de répression.
  -- L'absence de Godard, rompant un engagement, était un préjudice aux intérêts du « centre d'action culturelle » et surtout forçait la main à ses responsables, portant atteinte à leur « liberté d'expression ».

  Il est évident que ces arguments restent pour nous sans valeur :


  -- Le but de la répression policière est de tenter de décourager toute action militante: la seule réponse possible est donc l'intensification de ces actions et leur succès (garantis par une analyse correcte des conditions des rapports de force et la prise des mesures de sécurité nécessaires).
-- Quant aux concepts tels que l'engagement moral de J.L. Godard ou la liberté d'expression de A. Bourseiller, ils restent utilisés au niveau de notions subjectives qui ne tiennent pas devant la définition d'une attitude politique. (Il ne faut absolument pas laisser poser les problèmes politiques sous la forme d'alternatives morales formulées par l'idéologie bourgeoise. Dans une action dite de « de gauche », « révolutionnaire de la culture »..., au sein d'une société de classe, il arrive nécessairement le moment où le problème se pose concrètement de choisir son camp : ou bien se laisser récupérer une fois de plus, ou bien quitter le système et ses régles du jeu, se mettre radicalement aux côtés du prolétariat, en assumant les risques que cette lutte comporte nécéssairement : c'était la véritable alternative proposée à « l'Action Culturelle du Sud-est ».

 

    Finalement on remboursa les places. Les films qui étaient programmés furent projetés gratuitement, après qu'A. Bourseiller eût exposé publiquement la proposition des E.G., et les raisons pour lesquelles il ne pouvait l'accepter. (« Je ne suis pas un militant politique »).

    Pendant ce temps, des contacts avaient été pris à la faculté des lettres, afin d'organiser une action pour le lendemain. Dès la fin de la matinée, J.L. Godard nous ayant rejoint, nous pouvions provoquer une première discussion à la fin de la projection gratuite d'un film programmé à « l'Action Culturelle ».

    Puis l'après-midi, les débats s'engagèrent dans un amphi à la faculté des lettres, suivis par la projection de quelques films de mai.

    Cette projection fut retardée par le refus des autorités universitaires d'autoriser l'utilisation du matériel de projection de l'amphi. Bien qu'un courant assez fort se dessina dans ce sens parmi l'assistance, l'ensemble des étudiants présents ne trouvèrent pas la résolution suffisante pour s'approprier ces moyens techniques défendus par une simple porte fermée.

    Cette réunion ne fut d'ailleurs qu'un demi-succès, car si l'assistance était nombreuse, la discussion resta assez terne. Il y a à cela un certain nombre d'explications dont nous pouvons tirer des leçons pour l'avenir.

   -- Caractères particuliers à Aix-en-Provence, ville très bourgeoise à fortes implantations réactionnaires, où de plus le samedi, la plupart des étudiants avait quitté la fac et la ville, et n'étaient plus mobilisables.
  -- Mais surtout, on doit incriminer le manque de préparation politique d'une action « parachutée » de Paris, et complètement improvisée. Le travail de préparation, de propagande et de mobilisation fait par les militants sur place, en fonction de leur analyse de la situation reste indispensable.

    C'est là également la condition pour que la projection des films ne reste pas un accident, un pavé lancé au hasard, mais s'inscrive dans la poursuite du travail d'agitation et de propagande, par les discussions et actions qu'ils suscitent; les militants sur place, là encore, sont seuls à pouvoir les diriger, les organiser et les développer.


 

LES FILMS

 

    Nous présentons une liste des films utilisés ou devant être utilisés par les militants révolutionnaires. Nous avons vu ces films et ne pouvons que conseiller d'en faire le plus large emploi possible...

FILMS DEJA EN CIRCULATION

LES CHEMINOTS - Les nouvelles communications (fait en mai 68) - (20 mn).
Un cheminot CFDT rentre pour la première fois de sa vie dans la Sorbonne.

LES CHEMINOTS (fait en mai 68) - (30 mn).
Dans le dépôt des trains immobilisés, discussion entre un délégué CGT, un militant CFDT et un jeune travailleur non syndiqué. Les conditions de travail. L'avilissement par la conduite automatique. Les salaires. Les jeunes cheminots commencent les revendications syndicales avec les étudiants.

CE N'EST QU'UN DEBUT (fait en avril-mai 68) - Collectif de réalisation - (10 mn.).
Comment à la suite de grèves sauvages de Caen, de Redon et des actions des étudiants de Nanterre, une explosion politique a secoué la France et mis la révolution à l'ordre du jour.

NANTES - SUD AVIATION (fait en mai 68 - Collectif de réalisation - (40 mn.).
Sud-Aviation à Nantes, première usine occupée en France au mois de Mai 68. Le directeur sequestré, l'occupation de l'usine. Perspectives du mouvement de Mai.

 

LE JOLI MOIS DE MAI (fait en mai-juin 68) Collectif de réalisation (50 mn.).
Le pouvoir est dans la rue. Où le rôle de la violence révolutionnaire est clairement démontré. Le film illustre le mouvement étudiant, la faillite des structures, la vacance du pouvoir, la reprise en main du gouvernement 'manifestation gaulliste aux Champs-Elysées)...Mais ce n'est qu'un début...

 

REPRISE DU TRAVAIL CHEZ WONDER (fait en juin 68) - (15 mn.).
Une jeune travailleuse contestataire, un étudiant, deux membres de la CGT et le contremaître au moment de la reprise du travail.

 

LE DROIT A LA PAROLE (fait en mai-juin 68) - (10 mn.)
La Sorbonne et les facultés, centres dela parole révolutionnaire. Comment cette prole, prise dans la rue, a déchiré l'ordre bourgeois dans les usines. Les rapports étudiants-ouvriers.

HISTOIRE D'UN CRS (fait en juin 68) - (15 mn.)

La Sorbonne réoccupée par les C.R.S.
La vie, l'act
ion de l'un deux, vues avec la férocité et l'humour.
 

UNIVERSITE CRITIQUE - Berlin - (10 mn.)
Une étudiante allemande fait l'historique et explique le fonctionnement de l'université critique. Illustration par reportage.

MEXICO - Réalisé à Mexico durant l'été 68.
Meetings du Comité National de Grève, manifestations étudiantes, répression sauvage de l'armée.

 

MEXIQUE (fait à Paris en novembre 68) - (13 mn).
Collectif de travail - Paris - Mexico : un même combat.

 

FILMS QUI SERONT DANS UN AVENIR PLUS OU MAINS PROCHE A LA DISPOSITION DES MILITANTS

FLINS
La grève à Flins, l'intervention policière, la répression violente...filmées pendant toute la durée des évènements à Flins.


COMITE D'ACTION (fait en mai-juin 68). Collectif de réalisation (50 mn.).
Un comité d'action pendant la grève. Actions, discussions.


CITROEN (fait en mai-juin 68) - (60 mn)
La grève chez Citroën, à Nanterre. Rapports ouvriers, français-étrangers. Implantation du syndicalisme, lutte de classes chez Citroën.

LES PAYSANS
Les paysans de la région de Rennes posent leurs problèmes.

 

REPRESSION EN NOVEMBRE 68 - (15 mn.)
Malgré les accords de Grenelle garantissant les libertés syndicales un ouvrier de l'industrie automobile est malmené et mis à la porte pour avoir distribué des tracts.

ALPHABET
Dessin animé en couleur - J comme Jaune, P comme participation, etc...

LES C.A.L - (film réalisé par des militants lycéens).
Historique des C.A.L. depuis l'affaire Condorcet en Novembre 67 jusqu'à la «Journée nationale d'action» en novembre 68.

 

SAINT-DOMINGUE - (30 mn.)
Les élections de 1965 en République Dominicaine. Analyse de la situation.

URUGUAY - (15 mn)
Conférence de Punta Del Este à laquelle assistent Johnson, son administration et tous les fantoches d'Amérique du Sud pendant que les étudiants manifestent à Montevideo.

VENEZUELA - (25 mn)
«La ville d'en haut ». La vie dans un bidonville de Caracas. Le sujet se passe de commentaire...

ARGENTINE - (5mn.)
Le «repas» d'une famille de paysans pauvres. Dans leurs yeux, le problème de la faim.

COLOMBIE - (10 mn.)
L'armée nettoie un bidonville pour en faire un terrain de sports. Résultat : une émeute et un mort.

BRESIL - (30mn.)
Un paysan des Terras Secas qui perd sept de ses enfants est réduit à aller mendier à la ville.

MALCOM X - (35 mn.)
Interview du leader noir illustrée (Chine, Vietnam, Angola, Afrique du Sud, Cuba, U.S.A., etc.).

UNIVERSITE DE COLOMBIA
Contestation des étudiants américains dépassant le cadre intellectuel du mouvement Hippie.

BLACK PANTERS
Les noirs américains membres de ce mouvement violent exposent les différents problèmes auxquels ils sont confrontés.

CHICAGO
Les émeutes raciales de Chicago.

CONTRE LE COURANT - ( réalisé en 1936).
Seul historique du mouvement populaire de 1936 existant à notre connaissance.

 Enfin si le mouvement de Mai a relégué à un plan secondaire la lutte contre l'agression américaine au Vietnam, c'est bien parce qu'il en est la prolongation. Les films de la R.D.V.N. et du F.N.L. sont de précieux documents utiles à la lutte anti-impérialiste, indissociables de la lutte anticapitaliste. 

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                                  " Par ailleurs, le Cinéma est une arme..."

     Les ETATS GENERAUX DU CINEMA ne sont pas une association corporatiste.

     Ils ne s'intéressent ni aux Réformes ni à la Participation.


    Ils sont ouverts à TOUS ceux pour qui le cinéma n'est pas seulement un pur objet de consommation               esthétique mais une arme.

   Ils ont besoin de TOUS ceux pour qui le cinéma ne doit pas rester enfermé dans le ghetto culturel de

   la classe au pouvoir mais participer au combat révolutionnaire.

   Ils peuvent fournir aux militants des moyens de réflexion et d'action politique.

   Vous pouvez nous aider et nous pouvons vous aider.


 

   Ecrivez-nous aux :

                                           ETATS GENERAUX
DU CINEMA
                                           B.P. 11009 75-Paris (9e)

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
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