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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 12:37

Petit détournement du fameux slogan de Mai 68 : en cette période quasi estivale la chaleur gardoise me donne envie de montagne et les évènements, de poésie et de nature. Un break au sommet pour mieux prendre de la hauteur, renouveler ses esprits et se rafraîchir d'images.

Vallée du Louron - Hautes-Pyrénées - Catherine Gheselle

Vallée du Louron - Hautes-Pyrénées - Catherine Gheselle

Près du Mont Lozère - Photo Catherine Gheselle

Près du Mont Lozère - Photo Catherine Gheselle

Cévennes du Gard - Photo Catherine Gheselle

Cévennes du Gard - Photo Catherine Gheselle

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 16:06
Loi Travail Non Merci ♪ Casseroles Debout ♫ Partout en France

Loi Travail Non Merci ♪ Casseroles Debout ♫ Partout en France

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 21:04

    Suite aux graves accusations proférées par M. Valls contre la CGT, cette dernière réagit à travers un communiqué disponible sur son site. En voici la copie :
 

" Réaction de la CGT aux propos inacceptables du Premier Ministre Manuel Valls

mercredi 15 juin 2016

Le Premier Ministre vient d’accuser la CGT d’être responsable des violences intervenues en marge de la manifestation nationale du 14 juin, à Paris, contre le projet de loi travail.

La CGT tient à rappeler au Premier Ministre que cette mobilisation, comme les précédentes, n’a pas été organisée par la CGT mais par 7 organisations syndicales de salariés et de jeunesse qui, depuis 4 mois, dans l’unité, demandent le retrait de ce texte régressif.

Quelle est la réalité des faits ? C’est en marge du cortège de cette manifestation, déposée par les organisations et validée par la Préfecture de police de Paris, que des bandes de casseurs se sont à nouveau livrées à des exactions que la CGT a d’ailleurs condamnées officiellement, une fois de plus, dans son communiqué national.

Le Premier Ministre ne peut ignorer qu’il incombe aux pouvoirs publics, dont il a la première responsabilité, d’assurer la sécurité et le maintien de l’ordre.

La CGT souligne le sang-froid et la maitrise des militants de son service d’ordre qui, sans faillir, ont pris les dispositions nécessaires afin de garantir la sécurité des participants à cette manifestation massive.

En conscience et prenant en compte les informations données par les services de la Préfecture, les organisations syndicales ont fait le choix de ne pas aller jusqu’au bout du parcours prévu, malgré la frustration légitime des participants, pour ne pas les exposer davantage à la violence et aux incidents générés par des éléments extérieurs. Face à cette contrainte, une fois encore, l’ensemble des services d’ordre des organisations a su créer et mettre en œuvre les conditions pour que les participants, venus de toute la France, puissent rejoindre leurs moyens de transport.

La CGT tient à rappeler au Premier Ministre que, comme il n’est pas de la responsabilité des supporters d’assurer la sécurité dans et autour des stades de l’euro de football, de la même façon il n’est pas de la responsabilité des manifestants d’assurer la sécurité dans et autour d’une manifestation autorisée par la Préfecture de police.

Menacer d’interdire les manifestations est le signe d’un gouvernement aux abois.

Plutôt que de faire l’inventaire tendancieux d’éléments à charge contre la CGT, Manuel Valls ferait bien mieux d’entendre la majorité des salariés, des jeunes et plus largement des citoyens qui rejettent ce projet de dumping social et de destruction de notre modèle de société.

Montreuil, le 15 juin 2016 "

http://www.cgt.fr/Aux-propos-inacceptables-du.html

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 14:55

Mardi 14 juin 2016, nous approchons du but : licencions la loi travail !

Et Vendredi 17 juin, un beau concert de casseroles pour faire monter la pression et pour fêter nos actions !

CASSEROLES DEBOUT !!!

A 20h, pendant 3 minutes, concerts de Casseroles Debout simultanés dans tout le pays.

Serez-vous présent.e devant votre Mairie le vendredi 17 juin ?


Si oui, inscrivez votre Mairie sur la carte EN CLIQUANT ICI !

Site de l'Humanité : La manifestation contre la loi El Khomri a rassemblé 1,2 million de personnes dans toute la France. Ici, à Strasbourg. Photo : AFP

Site de l'Humanité : La manifestation contre la loi El Khomri a rassemblé 1,2 million de personnes dans toute la France. Ici, à Strasbourg. Photo : AFP

Tous devant les mairies ce vendredi 17 juin pour un orchestral casseroles in the dark :)

Tous devant les mairies ce vendredi 17 juin pour un orchestral casseroles in the dark :)

ILS EN PARLENT  !!!   NUIT DEBOUT   https://nuitdebout.fr/

NUIT DEBOUT https://nuitdebout.fr/

NUIT DEBOUT https://nuitdebout.fr/

ILS EN PARLENT  !!!    GAZETTE DEBOUT    https://gazettedebout.org/

Gazette Debout https://gazettedebout.org/

Gazette Debout https://gazettedebout.org/

ILS EN PARLENT     L'HUMANITÉ   http://www.humanite.fr/etiquettes/loi-travail-el-khomri

L'Humanité http://www.humanite.fr/etiquettes/loi-travail-el-khomri

L'Humanité http://www.humanite.fr/etiquettes/loi-travail-el-khomri

ILS EN PARLENT  !!!    FAKIR       http://www.fakirpresse.info/loi-travail-a-l-abordage-le-calendrier 

FAKIR   http://www.fakirpresse.info/loi-travail-a-l-abordage-le-calendrier

FAKIR http://www.fakirpresse.info/loi-travail-a-l-abordage-le-calendrier

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 17:34

Reprise du travail chez Wonder (fait en juin 68) -- 15 min.
Une jeune travailleuse contestataire, un étudiant, deux membres de la CGT et le contremaître au moment de la reprise du travail.

«...Non, moi je ne retournerai pas, non, je ne rentrerai pas là-dedans...Ça, je ne mettrai plus les pieds dans cette taule, hein....». Cette femme qui s'exprime ainsi entre cris et larmes est une salariée gréviste des Usines Wonder. C'est une des scènes les plus émouvantes du cinéma militant français; elle reste en mémoire éternellement. Elle fait bien sûr écho à la période sombre que nous traversons où nos droits de travailleurs sont remis en question, où ce qui a été durement arraché au patronat au travers de luttes, de privations, de larmes et de souffrances est aujourd'hui repris, toujours au profit des mêmes mais cette fois par l'intermédiaire des socialistes, ce qui nous désole au plus haut point...Le cri de cette femme nous appelle à ne pas baisser les bras. Revoyons ce film aujourd'hui plus que jamais.


https://www.youtube.com/watch?v=ht1RkTMY0h4

Reprise du travail chez Wonder - Juin 68 - 15 min.

Reprise du travail chez Wonder - Juin 68 - 15 min.

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 21:08
LOI TRAVAIL, 49.3 -- JEUDI : ON ARRÊTE TOUT - Pyb

LOI TRAVAIL, 49.3 -- JEUDI : ON ARRÊTE TOUT - Pyb

Rubrique Nécrologie - Blog de Nuit Debout

Rubrique Nécrologie - Blog de Nuit Debout

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 19:00

Le 49.3 est un déni de démocratie parfaitement légal...Comment expliquer aux enfants ce genre d'oxymore politique ?!

Le 49.3 est un déni de démocratie parfaitement légal. Comment expliquer aux enfants ce genre d'oxymore politique ?! Détournement Catherine Gheselle

Le 49.3 est un déni de démocratie parfaitement légal. Comment expliquer aux enfants ce genre d'oxymore politique ?! Détournement Catherine Gheselle

Retrouvez ce billet et d'autres cris de colères et d'espoir sur Gazette Debout, le journal indépendant de la Nuit Debout :

https://gazettedebout.org/

https://gazettedebout.org/2016/05/24/dessins-debout-expliquer-larticle-49-3-aux-enfants/

Photo Nuit Debout - Gazette Debout (DR).

Photo Nuit Debout - Gazette Debout (DR).

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 21:44

Voici à présent le n°3 de ces petits fascicules des États Généraux du cinéma de Mai 1968 ! Je n'en possède hélas plus d'autres.

Partageons, partageons, des idées nouvelles viendront :)
J'ai recopié tel quel en respectant au mieux la mise en page et les choix d'édition des auteurs.
J'ai recopié aussi les quelques fautes et coquilles.

J'ai pu moi-même produire quelques fautes de frappe, n'hésitez pas à me le signaler.


Voir également :

Le cinéma s'insurge - États généraux du cinéma n°1 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/04/le-cinema-s-insurge-n-1-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma s'insurge n°2 - états généraux du cinéma
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-s-insurge-n-2-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma au service de la révolution - Etats Généraux du Cinéma n°3

Le cinéma au service de la révolution - Etats Généraux du Cinéma n°3

Etats généraux du cinéma

 

BULLETIN N°3

 

 

                       HISTORIQUE


La répression
Les Etats Généraux depuis Mai


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                        METHODE ET POLITIQUE

Pour un cinéma militant
Expérience d'une diffusion politique
Paris-Mexico : un même combat


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                       INTERNATIONALISME

Le Festival « révolutionnaire » de Leipzig
Belgique : la ligne générale, groupe d'action cinématographique


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                       LES FILMS

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                        Directeur de la publication : Jean-Louis Pays

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                                                 Editions du Terrain Vague
                                                     14-16, rue de Verneuil
                                                          75 - Paris (7°)

LA REPRESSION

 

    Il y a une « logique » de la répression bourgeoise. Après un retour à l'ordre, justifié en apparence par l'électoralisme, il s'agit pour le Pouvoir Gaulliste d'éteindre ce qu'il ne veut considérer que comme les dernières flammèches d'un incendie alors qu'il sait très bien qu'il lutte contre la menace d'un nouvel embrasement. La dissolution des « groupuscules », les entraves systématiques apportées à la diffusion des journaux issus de Mai, les arrestations et les condamnations arbitraires sont les méthodes successives ou simultannées de ses attaques. C'est aujourd'hui le tour du cinéma militant.

    Le 23 novembre, c'est l'épisode de Feldkirsch (Haut-Rhin). D'importantes forces de Gendarmerie Mobile cernent la Maison des Jeunes et de la Culture où doivent être projetés quatre films dont deux sur les évènements de Mai. Les films sont saisis, les identités des spectateurs vérifiées. On arrête le directeur de la Maison. Il sera libéré peu après mais démis de ses fonctions. Ce directeur est aussi instituteur, aussi deux jours plus tard, trois memebres du Comité d'Action Civique local iront trouver le député de l'endroit pour demander qu'une sanction administrative soit prise conter lui et qu'il soit déplacé. Bien entendu la presse locale réagit dans le sens du courant, en déformant plus ou moins les faits. Une pétition en faveur de l'instituteur fera hésiter le député. Il cherchera plutôt à étouffer l'affaire, avant qu'elle ne vienne en justice, encore que les motifs de l'inculpation soient mal définis. Après Feldkirsh ce sera Maubert. Une provocation est montée lors d'une réunion du Comité d'Action. Puis Sartrouville, où un investissement policier de la salle de projection échoue de peu.

    Le CAL du Lycée Chaptal demande l'autorisation d'organiser une projection de films. Le Conseil d'Administration la lui refuse, sous le prétexte qu'il s'agit de cinéma politique. Le 7 décembre, des élèves demandent les motifs de cette interdiction au Proviseur qui fait appel à la police. Plusieurs dizainesde lycéens sont arrêtés. Edgar Faure ferme le Lycée et, malgré un recul de dernière minute (les élèves du Second Cycle devaient à nouveau solliciter leur inscription, ce qui aurait permis d'éliminer les trublions) laisse encore planer la menace de sanctions disciplinaires.

    Le 17 décembre, c'est le tour de Toulouse. Une lettre écrite par une étudiante de Première année, le 18, raconte l'opération. « Hier soir, une projection de films sur Mai a été interdite et les lumières coupées à la Fac. Nous étions environ 800 réunis dans la cour, devant un amphi (celui qui nous avait été refusé). Une délégation a été voir le Doyen mais celui-ci a refusé de les recevoir et de rétablir les lumières. Et puis, tout à coup, les flics sont arrivés (il y avait environ 20 cars autour de la Fac mais personne ne croyait qu'ils interviendraient ainsi). On a essayé de rester calme et de s'asseoir par terre, mais ils ont chargé et jeté des grenades au chlore ! Ça a été la panique, parce que nous étions coincés dans la Fac. Nous avions très peur au début (je n'avais jamais eu aussi peur de ma vie) quand nous avons vu ces rangées de flics casqués avancer vers nous et matraquer les gens.»

    «Nous sommes partis en courant, mais nous étions coincés dans un coin de la Fac. Et avec les grenades nous pleurions et nou toussions affreusement. Le service d'ordre était débordé et ça allait mal mais soudain, on nous a dit que les flics nous laissaient sortir. Et on a dû sortir entre deux rangées de flics ricanants et menaçants. Il y avait un dispositif terrible et on nous a guidé à travers les rues pour nous disperser. Mais une partie des étudiants a été prise entre deux cordons de flics et le matraquage a continué, dans la rue puis Place du Capitole. Les filles et moi nous nous sommes enfuies par des petites rues mais il nous a été impossible de rentrer chez nous...»

    « Il y eut peu de blessés mais nous avons vu des filles par terre et une qui a été emmenée à l'Hôpital (une grenade l'a blessée)...

    J'ai eu peur mais je suis très heureuse d'y être allée parce que maintenant je comprends mieux ce que ressentent les étudiants et je suis encore plus décidé à « continuer le combat ». Quant aux flics, je n'avais jamais encore vu ni ressenti quelque chose d'aussi horrible. Voir de ses propres yeux un flic matraquer une fille ! ... Presse et radio ont étouffé cet «le plus possible...»

    Trois leçons peuvent être tirées. La première est que la disproportion apparente des moyens mis en oeuvre et du but visé (deux cent gendarmes à Feldkirsh, vingt cars de police à Toulouse pour empêcher une projection de films) ne fait que souligner l'efficacité du cinéma militant. L'Etat bourgeois connaît parfaitement l'importance de ce qu'il combat. La seconde est que, loin d'intimider, ce déploiement de force, puis de violence, a un effet mobilisateur. La troisième est, par ailleurs, son inefficacité complète. La fluidité de la diffusion, parce qu'elle est l'affaire des militants eux-mêmes et non d'une organisation bureaucratique et centralisée, ridiculise les invasions de flics casqués. Il y a, certes, une « logique » de la Répression mais qui va à l'inverse des résultats qu'elle veut obtenir puisqu'elle multiplie et renforce ce qu'elle veut étouffer.

LES ETATS GENERAUX DEPUIS MAI

 

    Les Etats Généraux du Cinéma, nés le 19 mai 1968, ont rassemblé pendant quelques semaines 1 500 personnes environ, cinéastes ou non, entraînés par le mouvement. Ces Etats Généraux réunissaient les tendances les plus diverses : opportunistes de droite, sociaux-démocrates, révisionnistes et révolutionnaires étiquetés plus tard gauchistes. Cet amalgame douteux aura pour sonséquences diverses aventures parallèles et successives des Etats Généraux, dont il serait difficile de chercher l'unité de sens politique.

    1. -- Les premières actions sont :
   --  Mot d'ordre de grève illimitée pour toute la profession cinématographique.
   --  Tournage de documents sur les évènements.
    Mais dès le premier soir, le P.C.F. et la C.G.T. éludent la proposition d'une grève active au service du mouvement pour se contenter d'un mot d'ordre de grève passive, classique, non politique, qui se limitera rapidement à de simples revendications salariales.
    La grève des laboratoires français étant totale, les documents filmés ne pourront être développés dans les délais qui auraient permis de substituer à l'information tronquée de la télévision, de la radio et de la presse, une information politisée et vivante au bénéfice du mouvement.

    2. -- D'autre part, la pression, sous prétexte d'urgence, des modérés de tous poils engage les Etats Généraux dans la voie des réformes des structures du cinéma, préoccupations toutes corporatistes visant à aménager un rouage du système capitaliste sans l'abattre dans son ensemble. Les Etats Généraux se fourvoient dans de longues et infructueuses palabres aboutissant à 19 projets de réforme, puis à 4 (dont 3 réformistes et un plus audacieux qui fut taxé d'utopisme), le tout se terminant par une simple motion d'orientation. Les projets de Suresnes sont un fiasco pour les opportunistes de la révolution et un fructeux exemple d'erreur politique pour les autres.

   3. -- A l'issue du mois de juin, les rangs des E.G. s'amenuisent. On s'interroge sur leur avenir. Pour s'organiser efficacement, ils se constituent en association légale et adoptent comme préambule à leurs statuts la motion de Suresnes.
   Soutenir les films de Mai devient une préoccupation essentielle.
   Les E.G. ne sont plus dès lors la réunion de tous les gens que le cinéma concerne mais l'organe de lutte de tous ceux qui voient dans le cinéma une arme du combat révolutionnaire.

   4. -- Pendant tout l'été, l'orientation politique des E.G. se précise; l'essentiel du travail politique des E.G. se concentre sur la diffusion des films tournés en Mai.

   5. -- Décembre 68 : En Assemblée Générale, l'Association fait le bilan et trace les grandes lignes de son action future. Elle y fait ratifier des rapports d'activité dont la plupart constituent le fond de cette revue.

POUR UN CINEMA MILITANT

 

     Résolument engagés aux côtés du prolétariat et de ses alliés dans leur lutte anti-capitaliste et anti-impérialiste, les Etats Généraux du Cinéma se sont concrètement posé le problème de la fonction du cinéma dans notre société.
   
    Voici les premières réponses qu'ils sont en mesure d'apporter :

    La dictature bourgeoise sévit à tous les niveaux. Le cinéma, la télévision, industries et spectacles, ne sont pas seulement une source de profit pour quelques-uns, mais ils constituent aussi une arme idéologique aux mains de la classe au pouvoir. Aussi les capitalistes tiennent-ils à ce que le cinéma reste, comme toutes les branches de l'activité sociale, un de leurs monopoles. Ils ont à cet effet installé un système qui s'exerce comme contrainte pour les travailleurs de la profession comme orientation idéologique pour le public.

CE SYSTEME COMPORTE DEUX ASPECTS :

    L'un est répressif :

-- censure gouvernementale entraînant l'auto-censure,

 

-- cloisonnement sociaux, économiques, idéologiques dans la production et dans la distribution.

    L'autre libéral mais en réalité destiné à renforcer leur emprise :

 

-- mascarade des soi-disants professionnels de la critique qui ne sont rien de plus que des publicistes défendant ou attaquant des produits concurrentiels,

-- mascarade d'une prétendue intelligentsia en réalité frange d'esthètes coupés de la réalité sociale.

    Les festivals qui se rattachent à l'aspect libéral du système par leur masque d'effervescence culturelle sont en fait des foires commerciales. Quant à leur prétendue signification culturelle, elle se réduit par le jeu des prix et des campagnes de presse à des tentatives d'intégration d'oeuvres qui choquent momentanément les valeurs admises.

    Il découle de cela que tout film qui ne se situe pas intégralement et de la façon la plus claire et la plus précise sur les positions de lutte du prolétariat est inéluctablement récupéré par la bourgeoisie.

    Pour réaliser cette rupture idéologique nous nous prononçons pour l'utilisation du film comme arme de lutte politique.

 

COMMENT LE FILM PEUT-IL ETRE UNE ARME DE LUTTE POLITIQUE ?

--   Il peut donner des informations que la presse bourgeoise, ecrite et parlée, ignore délibérément (grèves locales, licenciements, lutte révolutionnaire de tous pays).

-- Il peut aider à analyser les mécanismes du système capitaliste afin d'en révéler les contradictions et par-là, aider à les combattre.

-- Il peut servir à populariser, à comprendre, à tirer des enseignements de toutes les formes de luttes révolutionnaires, remplissant dans tous ces cas une fonction critique et mobilisatrice.
Dès lors, il est nécessaire de lier le plus possible, en fonction des situations objectives et des possibilités d'action qu'elles impliquent, cette rupture idéologique à une pratique militante.


C'EST POURQUOI NOUS DEFENDONS :

    1.  l'utilisation des films comme arme de lutte politique telle que nous l'avons définie plus haut et sur lesquels tous les militants concernés par ce film exercent un contrôle politique aussi bien dans la réalisation que dans la diffusion.

    2.  l'utilisation de films comme base d'échanges d'expériences politiques, d'où nécessité de faire suivre chaque film de débats à partir des problèmes concrets qui l'ont suscité. Cette méthode doit permettre aux travailleurs d'orienter d'autres réalisations selon les nécessités de la lutte et permettre d'y inclure les solutions qu'ils proposent.

    3. 
l'utilisation et la réalisation des films en liaison avec des actions politiques (meetings, manifestations, grèves, etc.).

    4. la diffusion parallèlement à ces films d'une information qui les explique, les complète ou les provoque.

    Il est bien évident que la nécessité pour les travailleurs de la profession de continuer à travailler dans le système afin de gagner leurs moyens de subsistance, ne serait-ce que pour se permettre par ailleurs une vie militante, n'est pas remise en cause.

    La définition du cinéma militant tel que nous le proposons, n'exclut en rien la lutte syndicale dans la profession au contraire, surtout dans le contexte actuel où la bourgeoisie déclenche une attaque générale contre le mouvement ouvrier.

    Toutes les attaques que nous avons portées contre les chiens de garde du système seront plus amplement développées par des analyses diffusées dans nos divers moyens d'information.

 

EXPERIENCE D'UNE DIFFUSION POLITIQUE

 

CRITERES DE LA DIFFUSION.


    La réalisation de films tournés en Mai et par la suite dans la même ligne a été un engagement politique des équipes qui ont travaillé dans le cadre des Etats Généraux.
    Le terme «équipe» englobe aussi bien les techniciens de cinéma que les travailleurs, étudiants, protagonistes qui ont permis la réalisation de ces films, à un titre ou à un autre.
    La diffusion de ces documents ne peut et ne doit être que le prolongement de cet engagement politique.
    Qu'entendons nous par «diffusion politique » ?
    Le film politique est une arme de combat utilisée par les militants d'avant-garde dans leur travail d'information et d'agitation.
    Il est, par son contenu et par les débats qu'il suscite, une source d'arguments politiques, tant pour les militants qui le diffusent que pour ceux qui le reçoivent.
    En conséquence, nous considérons que le diffuseur est nécessairement un militant politique qui utilise le film comme un outil politique et jamais comme un objet de spectacle à quelque niveau de diffusion que ce soit.
    Cette définition de la diffusion est valable aussi bien pour la France que dans tous les pays où se développent les luttes révolutionnaires.
    Ce principe de diffusion est établi en plein accord avec toutes les équipes de réalisation, françaises et étrangères, qui nous ont confié leurs films.



ANALYSE DE LA DIFFUSION -- CHRONOLOGIE
 

    Une semaine après l'élection du Conseil Permanent au cours de l'Assemblée Générale du 29 Juin, c'est-à-dire le 6 juillet, s'est créée une Commission Diffusion qui a assuré immédiatement la projection des films terminés.
    Dès ce moment, grâce aux discussions qui se sont engagées, au cours des projections de travail entre les différents participants de chaque équipe : travailleurs, étudiants, cinéastes, chacun a pris conscience de l'importance de ces films comme arme idéologique et en a parlé autour de lui.
    Il s'est ainsi manifesté très vite un intérêt qui a suscité le besoin de nouvelles projections. Au cours de chacune de ces projections, le même processus s'est répété.
   Très vite, tous les groupes qui ont participé aux luttes de Mai ont compris l'importance de ces films pour expliquer et prolonger leur combat.

    Dès la fin du mois de Juillet, après une projection de coordination des Comités d'Action, des militants, soit par groupes, soit individuellement, ont pris l'initiative de diffuser des films pour faire de l'information en province.
    Ainsi ont été établis les premiers contacts pendant la période des vacances.
    Pendant, cette même période, des projections ont été organisées dans les Universités Populaires de Grenoble, Montpellier, de la Butte aux Cailles.

    Début septembre -- le 4 au C.H.U. Pitié et le 5 à l'occasion de la réouverture de la Faculté de Médecine -- deux projections ont rassemblé deux milliers de personnes.
    Ces projections ont été déterminantes car de nombreux militants ont alors pris contact pour assurer des diffusions, dont ils ont été peu à peu amenés à prendre totalement en charge l'organisation matérielle.
    Pour ces militants, la diffusion n'est évidemment pas le fait de projeter simplement un film en tant que tel mais de l'utiliser comme arme de combat, particulièrement à l'occasion des débats et discussions entraînés par la projection.
    A la même époque, les Comités d'Action qui reprennent leur activité, utilisent des films pour renouer leurs contacts avec les travailleurs des entreprises de leurs quartiers.
    Toujours pendant la même période, des militants de province, par l'intermédiaire de l'U.N.E.F. et du SNE-Sup entrent en contact avec la Commission Diffusion pour assurer des projections dans leur région.

    En octobre -- parallèlement à la diffusion parisienne qui se poursuit et s'intensifie -- commencent à s'organiser dans certaines villes de province des réseaux de diffusion autonomes : les militants disposent d'un certain nombre de copies de façon permanente et prennent en charge la diffusion dans leur région, soit directement, soit avec le concours et par l'intermédiaire d'autres militants.
    C'est cette forme de diffusion que nous essayons de généraliser. Elle permet en effet de répondre à des besoins que nous connaissons mal, grâce à des camarades qui sont mieux à même de donner aux films toute leur efficacité. En même temps, les films rendant compte de certaines expériences « du dehors » par rapport à la région intéressée, sont pour ces militants une arme précieuse qui leur permet de faire avancer le niveau de conscience politique des camarades auxquels ils s'adressent.
    Enfin et surtout, à partir de ces expériences, les militants nous informent de ce qu'ont été les projections, des discussions qu'elles ont suscitées, des luttes menées dans leur région ainsi que de l'opportunité de réaliser sur place un ou plusieurs documents nécessaires à leur action.

    En novembre, la situation se présente ainsi :
-- extension des réseaux de diffusion en province ;
-- continuation des projections des comités d'action de la région parisienne dans les quartiers et en direction des comités de base d'entreprises ;
-- des projections suivies de débats ont lieu régulièrement à la Sorbonne, depuis sa réouverture;
-- la Commission Centrale de la Faculté des Sciences met à profit l'octroi de libertés politiques à l'intérieur de l'Université pour organiser des débats sur l'auto-gestion, au cours desquels est présenté le film Nantes.
-- depuis peu, les CAL organisent des projections à l'intérieur des lycées.

 

DIFFUSION A L'ETRANGER.


     La  Commission Diffusion a décidé que la diffusion à l'étranger serait faite uniquement par des militants menant une lutte semblable à la nôtre, estimant que la vente des films sans contrôle politique, serait dangereuse bien que financièrement rentable.

    Il est à noter que les « juifs allemands » de tous les pays qui ont voulu entreprendre cette diffusion dans leurs pays respectifs ont su trouver l'adresse de la Commission Diffusion.

    Les premières diffusions ont lieu tout naturellement à l'initiative des camarades étrangers expulsés de France.

    C'est le cas, par exemple, pour l'Italie où ces camarades ont constitué les éléments de base d'une équipe qui a ensuite regroupé d'autres militants qui avaient pris des initiatives individuelles. Cette équipe dispose, depuis le mois de juillet, de l'ensemble des films et assure de façon autonome, en Italie, une diffusion semblable à la nôtre.

    En Belgique, la diffusion est assuré par un groupe politique, « La Ligne Générale », composé essentiellement d'ex-élèves de l'INSAS. D'autre part, une interview concernant l'activité des Etats-Généraux doit passer prochainement sur la troisième chaîne de la RTB.

    Les films sont également diffusés en Hollande, en Suède, en Suisse, en Finlande et en Allemagne. Un groupe de diffusion est en cours de constitution en Angleterre.

    Au Canada, des camarades ont organisé une semaine du film politique au cours duquel ils ont présenté un certain nombre de ces films. Ils ont proposé un de leurs films pour diffusion éventuelle en France.

   En Amérique Latine, les films sont diffusés officiellement à Cuba, clandestinement au Mexique, au Vénézuela, au Brésil, en Colombie, en Uruguay. En échange, sont diffusés déjà un film mexicain et un film dominicain et, bientôt, un film brésilien, un film colombien et un film argentin.


    Enfin, des films ont été envoyés au Festival Mondial de la Jeunesse à Sofia, mais y ont été interdits. Ils sont, par contre, diffusés en Yougoslavie.

    En conclusion, les militants ont à leur disposition plus d'une centaine de copies. Ils ont assuré, entre le 5 septembre et le 19 novembre, près de 200 projections.



PERSPECTIVES
 

    Cette expérience, menée pendant une période de quelques mois seulement, prouve les possibilités d'existence et de développement d'un cinéma politique militant, qui n'avait jamais encore été tenté à cette échelle et en pose les bases -- bien qu'encore modestement et imparfaitement.

    Il est certain que le fait d'atteindre une quinzaine de pays étrangers, avec échange de diffusion entre les deux pays, constitue un résultat inespéré et encourageant.

    Cette expérience prouve, entre autres choses, que la diffusion ne peut pas être envisagée de façon globale et systématique. Il est évident que chaque ville de province, chaque pays étranger, pose un cas particulier dont il faut étudier les meilleures possibilités.

    D'autre part, la diffusion débouche souvent sur des possibilités nouvelles. Elle entraîne souvent le tournage de séquences nouvelles (réflexions, mises au point) de la part des protagonistes d'un film déjà terminé et diffusé, plusieurs mois après le tournage initial et quelquefois le tournage de films tout-à-fait nouveaux.

    Deux exemples précis ouvrent des perspectives nouvelles et un champ d'action encore inexploré et même encore jamais entrevu jusqu'à présent :

-- une ville de France où l'effort de diffusion a entraîné la possibilité de tourner de nouveaux films témognant de la continuation des luttes ouvrières;
-- une ville d'un pays étranger où la diffusion a amené la création d'un atelier populaire du cinéma.

    Ce sont des exemples qui doivent nous inciter à faire preuve d'imagination pour mettre encore plus largement et sous les formes les plus diverses le cinéma au service des luttes révolutionnaires.

    L'essentiel devient donc de militer, par le biais du film, utilisé le plus efficacement possible. Il ne s'agit plus de témoigner, mais de participer d'une façon militante et de provoquer des actions.

 

PARIS-MEXICO, UN MÊME COMBAT

    Octobre 68. A la volonté des étudiants et des professeurs de poursuivre avec détermination leur mouvement de revendication, le gouvernement Diaz Ordaz, garant des intérêts de nombreux organismes exclusivement préoccupées de la rentabilité de leurs investissements dans les Jeux Olymbiques, répond en ordonnant délibérément le massacre de la place des Trois Cultures, mettant en évidence le caractère fasciste latent du régime.

    Beaucoup de mexicains doivent fuir à l'étranger.

    A Paris, quelques membres du Conseil National de Grève se retrouvent et prennent contact avec différents organismes.



PREPARATION.
 

     Après plusieurs réunions auxquelles participent des membres du SNE-Sup, de l'UNEF, des CAL, des Etats-Généraux du Cinéma, de l'Atelier Populaire des ex-Beaux-Arts, du comité de rédaction du journal Action (pour un numéro spécial sur le Mexique), le principe d'une manifestation est retenu pour le 5 novembre, date correspondant à la rentrée universitaire au Mexique.

      Pour nous, qui considérons le cinéma comme une arme de combat, la question était de savoir ce que nous devions, ce que nous pouvions faire, comment nous insérer dans une action, à la fois sur le plan de l'organisation, en tant que militants, et sur le plan audiovisuel, en tant que cinéastes.

    Les camarades mexicains ont proposé différents thèmes de débats :
    -- « De la démocratie bourgeoise à la répression.»
   
-- « Les différentes formes de la lutte populaire
    -- « Les étudiants dans la lutte
    -- « Les luttes mexicaines dans les luttes anti-impérialistes , etc...

    Nous nous sommes alors rendu compte que la situation historique, politique, économique du Mexique était mal connue des masses, et que pour étayer les débats sur des notions justes, il fallait d'abord effectuer un travail d'information sur cette situation, bien différente de l'imagerie traditionnelle d'un Mexique folklorique, soi-disant exclusivement préoccupé de tourisme et de Jeux Olympiques.

    Pour cette contre-information, les Mexicains avaient mis à notre disposition un grand nombre de documents, d'articles, de diapositives, de fac-similés de procès-verbaux, de lettres d'emprisonnés...

    La communication au public de tous ces éléments pouvait se faire de différentes manières. La plus efficace était la réalisation d'un document filmé.


REALISATION.

    
Un collectif fut immédiatement constitué, qui trouva un mode de travail approprié pour fournir une information rapide.

    Les camarades mexicains établissaient un schéma directeur, avec la mise en relief de trois évènements importants de l'histoire du Mexique moderne:
    1910, soulèvement paysan sous l'égide d'Emiliano Zapata,
    1959, soulèvement ouvrier. Grande grève des cheminots avec occupation et manifestations suivies d'une répression meurtrière,
    1968, soulèvement étudiant avec constitution d'un organisme original, le Comité National de Grèvé.

    Simultanément, un membre des Ateliers Populaires dessinait les illustrations nécessaires, qui, avec les documents fournis par les Mexicains, étaient aussitôt filmées

    De cette manière était constitué un schéma informatif d'introduction destiné à être projeté dès le début de la manifestation. Ce document était complété par un reportage venu du Mexique, témoignant de la lutte étudiante en Juillet. Enfin, un tournage fut effectué à la Mutualité, pendant la manifestation et les débats.

    Ainsi étaient réuni un ensemble d'éléments de contre-information, d'actualité sur un évènement.

 

ANALYSE CRITIQUE.

   
A la suite de cette manifestaion, les militants se sont réunis pour en analyser le déroulement et la portée, et en tirer un certain nombre d'enseignements sur les points suivants :

    -- Un document filmé de 15 minutes ne pouvait traiter les problèmes qu'en raccourci et, par conséquent, l'ordonnance, la coordination des débats devaient être prises en charge par les différents organismes et dirigées dans le sens d'un complément dynamique. A ce niveau, la préparation par et entre les groupes participants n'a pas été assumée qu maximum des possibilités.

    -- Il faut reconnaître l'efficacité réelle d'une manifestation limitée à la Mutualité, lieu où se sont cristallisées toutes les forces, au détriment d'une décentralisation en banlieue et en province, où un travail d'information et d'agitation politique auprès des lycéens, des étudiants, des travailleurs aurait pu être fait avant, pendant, et après la manifestation (projections, débats, revues, affiches, tracts....).

    Pourtant « Le Mexique d'Octobre 68 » s'est avéré être un élément mobilisateur, compte tenu du fait qu'il s'agissait d'une des premières manifestations importantes depuis Mai et compte tenu des thèmes qui étaient :

    -- L'internationalisme des luttes des jeunes dans le Monde.
    -- La bourgeoisie et son appareil répressif.
    -- L'impérialisme yankee et ses alliés.

    Cinq mille personnes sont venues manifester leur solidarité envers les emprisonnés, le Conseil National de Grève et ses militants toujours en lutte.

 

LE FESTIVAL « REVOLUTIONNAIRE » DE LEIPZIG

 

 

    Le Festival du film documentaire de Leipzig est un festival annuel situé dans un pays socialiste et dont le mot d'ordre est : Films du Monde pour la Paix du Monde.

    A sa création, il montrait des films anti-fascistes, anti-colonialistes, et principalement la production des pays de l'Europe orientale. On peut dire que dans ces premières années tout film interdit dans un pays capitaliste pour des raisons politiques pouvait être projeté au Festival de Leipzig.

    Aujourd'hui, l'accélération de la dégénérescence des pays socialistes européens dans le domaine idéologique et culturel se retrouve dans l'évolution du Festival de Leipzig, particulièrement en ce qui concerne les films produits par les pays de l'Europe de l'Est : films soviétiques sur les mouettes, sur les pingouins, sur la réfection des palais des Tsars, films polonais à la gloire du néo-colionnalisme en Afrique : ainsi que dans le choix des films occidentaux : en effet, cohabitent des films sur la Colombie produits par la Banque du Café de Colombie avec des films sur la Guérilla en Comobie, des films produits par la Shell sur le Vénézuéla avec des films sur les bidonvilles de Caracas. Tel film français fut refusé en 1966 par la commission de sélection parce qu'il donnait une idée trop pessimiste de la société capitaliste. Un autre exemple est significatif : en 1964, il a fallu mener une énorme bataille, avec menace de quitter le festival pour imposer à la direction le premier film réalisé par le FNL du Sud-Vietnam.

    L'éclectisme le plus complet et un opportunisme suivant les nécessités des « relations internationales » tiennent loeu de ligne politique. Cette dégénérescence se manifeste non seulement au niveau du choix des films mais aussi au niveau de la conception du Festival. Il n'est en rien un échange d'expérience de cinéastes militants. Il est un festival bourgeois à l'image de tous les festivals On y traite des affaires, on y organise des rencontres mondaines et des réceptions. Un exemple de l'esprit de ce festival : des spectateurs pleurèrent à chaudes larmes en voyant la mort de Kennedy, particulièrement les délégations européennes des pays de l'est.

    A l'occasion de ce festival, un certain nombre de militants cinéastes de divers pays occidentaux et d'Amérique latine s'y trouvent réunis ; il a semblé utile, cette année, aux Etats Généraux du Cinéma d'y présenter des films sur Mai pour les montrer à ces cinéastes. Il faut savoir que le mouvement de Mai est tabou dans tous les pays révisionnistes. En effet, on s'en tient à l'analyse du P.C. français, en la minimisant au besoin : on n'y voit qu'une lutte de type revendicatif troublée par des provocateurs anarcho-trotsko-maoïstes.

    Ainsi le peuple de la RDA en fut informé en trois lignes, et si on parle du mouvement de Mai, on s'aperçoit de l'ignorance totale dans laquelle sont les gens des pays socialistes.

    Les films furent soumis à la commission de sélection le deuxième jour de l'ouverture du Festival, non pas pour qu'ils concourent, mais en vue d'être projetés dans la section informative. Deux jours plus tard il fut répondu qu'on ne pouvait les projeter car la « commission de sélection était dissoute », alors qu'elle existait en fait lorsqu'on avait donné les films. Après beaucoup de complications, les films furent projetés en projection privée quasiment clandestine, 200 personnes étaient présentes à cette projection qui eut un énorme succès et un énorme retentissement dans le festival.

    Cette projection a fait éclater les contradictions, une ligne de démarcation s'est faite; deux groupes se sont formés : d'un côté les révisionnistes officiels de tous les pays et la direction du festival, de l'autre les latino-américains, les cubains, les étudiants allemands de l'ouest, des étudiants de l'Allemagne de l'Est, des français, suisses, belges, etc.

    Très vite le problème des films proprement dits était dépassé (à noter que d'autres films, notamment mexicains, argentins, cubains, etc., étaient dans la même situation que les films de Mai), et fut posé celui du festival.

    Une motion fut votée qui demandait :

    1. - possibilité d'information et de discussion permanente pour tous les participants du Festival sur tous les problèmes de mouvements révolutionnaires.

    2. - projection de tous les films sur les luttes révolutionnaires écartés par la direction du Festival.

    A partir de la projection des films présentés par les Etats Généraux, une lutte s'est engagée. La direction du Festival, les révisionnistes ont été démasqués. Acculés, pour riposter ils eurent recours comme à leur habitude à la calomnie et à l'insulte d'abord : « Qui vous a acheté ? » -- « Vous faites le jeu de l'impérialisme.» -- « C'est une provocation anarcho-trotsko-maoïstes.»-- A la répression ensuite : les étudiants de la RDA qui avaient assisté à la projection furent renvoyés de leur université : un ministre fit la reflexion suivante : « On a le pouvoir on le gardera ! », et le directeur du festival hurla : « Ici il n'y a pas de démocratie, si vous n'êtes pas contents, foutez le camp «.

    A noter l'attitude du P.C. de l'Allemagne de l'Ouest, attaquant les étudiants de la SDS, les accusant de saboter le rapprochement Est-Ouest.

    Quant aux révisionnistes français, ils se placèrent évidemment du côté de la direction du festival, sans être pour autant payés de retour, étant donné leur prise de position à propos de la Tchécoslovaquie.

    Le festival de Leipzig a montré son  vrai visage : un festival dégénéré aux méthodes de type fascistes. Une grande partie des participants en ont pris conscience. Le festival ne peut même plus se donner un masque de « gauche »;  il ne peut plus désormais avoir la caution des militants révolutionnaires. Dorénavant, il se repliera complètement sur lui-même, ne rassemblant que des cinéastes à la solde des révisionnistes, de plus en plus isolés.

(à suivre, saisie en cours)

 

 

 

BELGIQUE : LA LIGNE GENERALE, GROUPE D'ACTION CINEMATOGRAPHIQUE

 

 

    La Ligne Générale, en rupture avec un monde de minoritées privilégiées et d'irresponsables sociaux, veut pratiquer un cinéma conscient de son rôle social, c'est-à-dire un cinéma de combat révolutionnaire.

    Pour être cohérente et efficace dans sa démarche politique, elle doit s'appuyer sur une analyse du contexte dans lequel elle travaille.

    La Belgique, actuellement, est confrontée aux mêmes contradictions économiques que ses voisins capitalistes.

    Le capitalisme libéral, représentant les intérêts de la vieille bourgeoisie locale, concentrée essentiellement dans le bassin industriel wallon entre en conflit avec le néo-capitalisme de la bourgeoisie technocratique naissante, s'implantant surtout en Flandre, et cautionnant l'impérialisme américain.

    Le nationnalisme petit-bourgeois clérical et fascisant de la Flandre rurale d'il y a quelques années, était une réaction à l'hégémonie de la traditionnelle bourgeoisie libérale francophone, tandis que dans la Wallonie industrielle, l'opposition s'était développée sur le terrain de la lutte des classes. Bruxelles était la place forte de la haute-bourgeoisie (francophone et unitaire) entourée de son personnel administratif.

    Le progressif vieillissement des structures industrielles ( charbonnages, sidérurgie) de la Wallonie, s'est trouvé confronté à la vigoureuse expansion de la Flandre. Cette situation fut encore exacerbée par la liquidation (?) du Congo. En automne 1960, le gouvernement de centre droit impose une série de mesures d'austérité à caractère nettement antisocial réunies dans le projet de la LOI UNIQUE. Le mécontentement latent éclate violemment dans dans l'ensemble du pays. La classe ouvrière, appuyée par la petite bourgeoisie et débordant les cadres syndicaux (chrétiens et socialistes) se mettent en grève. Pendant plus de 4 semaines, le pays sera paralysé par ce que l'on appellera « la grève du siècle ». Le prolétariat affirme sa volonté révolutionnaire : le mot d'ordre : « Marche sur Bruxelles » est lancé.

 

    A ce moment précis l'aile gauche dy syndicat social-démocrate (F.G.T.B.) (1) reprenant la grève à son compte, la divise et la récupère, lançant en Wallonie le mot d'ordre de fédéralisme. La classe ouvrière wallone sort décapitée de cette grande grèvé 60-61 (la bataille du charbon est définitivement perdue, les appareils syndicaux en accord avec le patronat vont briser toute possibilité de revendication politique).

    La gauche réformiste est déconsidérée, la gauche révolutionnaire est quasi inexistante. La droite technocratique s'implantant en Flandre va soutenir le flamingantisme. Les Wallons abusés, désabusés setont détournés vers les revendications régionalistes. La vie politique belge sera désormais dominée par la « question linguistique ». De stériles et passionnels affrontements micro-nationalistes vont masquer pour quelques années le conditions économiques fondamentales.

    Il faudra attendre 1968 pour assister à un premier mouvement révolutionnaire qui nait cette fois en milieu étudiant et en Flandre (Louvain) sous l'impulsion du S.V.B. (Studenten Vaksbeweging).

    La lutte des étudiants flamands contre la section francophone de l'université catholique (implantée en Flandre) se transforme très rapidement en lutte politique et sociétale : le « Walen bulten » = « Wallons dehors ! » devient : « ourgeois bulten ». La grande presse unanimement va isoler, dénaturer le mouvement en le réduisant à un affrontement uniquement linguistique. Louvain s'inscrit dans l'agitation étudiante internationale qui se développe à ce moment-là.

    Les évènements de Mai en France impulsent le mouvement étudiant francophone. L'université libre de Bruxelles (U.L.B.) manifeste à partir du 13 Mai sa solidarité avec le mouvement révolutionnaire des étudiants et des travailleurs français, et rapidement en arrive à contester ses propres autorités académiques (mise en cause du conseil d'administration, occupation des locaux). La contestation gagnera différentes écoles supérieures et lyvées du pays. Participant activement à l'occupation des locaux, à la liaison avec les travailleurs, aux différentes assemblées libres, et au travail des commissions, les étudiants des arts et du spectacle remettent en cause leur fonction dans le système capitaliste. Rejetant l'art actuel, véhicule de l'idéologie dominante, ilas adoptent comme principe de le transformer en outil de combat révolutionnaire. Ils sentent la nécessité d'établir un réseau d'information cohérent s'opposant à celui de la bourgeoisie. Après le reflux, le noyau militant crée la Ligne Générale.

LA LIGNE GENERALE

    Se proposant de faire un cinéma didactique et militant, le groupe en contact avec les Etats Généraux assure la diffusion de documents révolutionnaires de Mai. Cette diffusion se fait principalement dans les écoles, les maisons de jeunes, et, malgré le manque de liaison effective, sporadiquement devant les travailleurs.

    Chaque diffusion est assurée jusqu'au bout par un groupe de travail : de l'organisation de la projection et du débat jusqu'aux enseignements politiques qui peuvent être retirés. Les films diffusés étant des matériaux propres à la politisation, généralement, le public aborde ses problèmes spécifiques. Cette démarche est double : le contact permanent à la base est l'unique moyen d'établir un véritable échange d'éléments de politisation.

    Cette meilleure connaissance réciproque enrichit les prochaines diffusions et peut déboucher sur un travail suivi qui aboutirait à des possibilités réelles de réalisations collectives.

    En outre, notre passage dans des milieux très diversifiés a permis de mettre en contact un certain nombre de groupes ou personnes organisées politiquement ou non.


    On doit pouvoir à plus ou moins longue échéance s'appuyer sur les militants les plus dynamiques des endroits touchés, qui assumeraient eux-mêmes l'information-diffusion « parallèle ».

    Ainsi à Gand, Louvain, Liège, se sont déjà constitués les premiers noyaux actifs d'un réseau.


PREMIERES EXPIENCES

    Nous avions envisagé la réalisation d'un ciné-tract sur la grève des mineurs à José Battice (région liégoise). Aucun membre de la L.G. n'était en contact préalablement avec ces travailleurs ; très normalement nous n'avons pas été « acceptés », nous leur apparaissions à juste titre comme des journalistes, donc des « traitres en puissance ».

    Cet échec nous a permis de comprendre que nous ne pourrons valablement mettre le cinéma au service des luttes révolutionnaires que si nous sommes partie prenante de ces luttes.

    Nous nous sommes donc intégrés aux liaisons étudiants-travailleurs de l'U.L.B. et du S.V.B. qui commencent à fonctionner à Charleroi, Liège et Gand : à la liaison avec les élèves du secondaire (C.A.L., nés de la contestation de Mai), à des comités de base de quartiers (Comité anti-impérialistes).

    Actuellement, selon les principes déjà définis, deux groupes de travail préparent deux réalisations sur des secteurs où les contradictions du capital commencent à être ressenties socialement : en Flandre, une usine américaine caractéristique du néo-capitalisme, en Wallonie, une vieille entreprise sidérurgique confrontée aux problèmes de la reconversion.

TRAVAIL DANS LE COURS D'UNE LUTTE : Décembre 68 à l'U.L.B.

    Début décembre, les étudiants entreprennent à l'U.L.B. une lutte sur le droit à l'information dans leur université. A leurs questions, les autorités académiques répondent par l'appel aux forces de l'ordre; les étudiants construisent la première barricade...et déclenchent un mouvement de grève. Notre présence à l'université nous a permis d'être intégrés dés le début de la lutte, d'avoir la confiance des étudiants et de mener à bien en liaison avec le comité central de grève, un travail de contre-information face à la campagne hystérique de la presse contre le mouvement. Les enregistrements des événements allaient fournir aux étudiants matière à de nombreux tracts, les photos furent mises à la disposition des étudiants en lutte; enfin, sur la base de nos documents, de tracts, de coupures de presse, nous avons réalisé un « journal parallèle » qui fut conçu, non pas à destination de l'université, mais à destination de l'extérieur : les écoles de la ville, la province, notamment les différents endroits où la Ligne Générale avait diffusé les films de Mai.

    Le mouvement de décembre fut important dans la mesure où il révélait que le président du Conseil d'Administration, le député socialiste Simonet, entendait s'imposer, par le terrain de l'université, comme l'homme providence dont la bourgeoisie aurait besoin pour diriger ce qu'elle prépare : l'Etat fort. C'est la raison pour laquelle, la presse devait de soutenir son action répressive et c'est pourquoi la contre-information prenait ici, plus que partout ailleurs, toute son importance.

    La lutte continue !

 

 

 

 

AIX : LA MAISON OU LA CULTURE

 

    Les 6, 7 et 8 décembre, « l'Action Culturelle du Sud-Est » inscrivait dans son programme un « week-end Godard » selon une tradition bien établie : présentation de films suivies de discussions animées par un créateur du 7e art. Il est clair qu'une semblable manifestation ne débouche sur rien d'autre que la consommation par un public privilégié des valeurs culturelles définies et admises par les bourgeois.

    Jean-Luc Godard, engagé dans l'action militante des Etats-Généraux, ne pouvaient dès lors se prêter à cette parade culturelle. Pour les E.G., cependant, il semblait y avoir là des conditions d'une action intéressante.

    Il fut donc décodé que deux militants des E.G. se rendraient à Aix, sans Jean-Luc Godard, afin que sa présence ne puisse donner lieu à aucune tentative de récupération. Sur place, les E.G. proposent à Antoine Bourseiller directeur de « l'Action Culturelle » les bases d'action suivantes :


  -- Dans un premier temps, explication politique de l'absence de J.L. Godard, et réflexion        collective sur ce que pourrait être un cinéma politique engagé dans la lutte de classes : ceci en opposition critique avec les conceptions « d'actions culturelle » qui présidaient au « week-end Godard » initialement prévu.

  -- Dans un deuxième temps, projection éventuelle de films militants réalisés en mai, en tant qu'exemples non limitatifs et soumis à une critique collective.

  Ces propositions furent réalisées par « l'Action Culturelle du Sud-Est », en fonction de deux arguments essentiels :


  -- Risques de répression.
  -- L'absence de Godard, rompant un engagement, était un préjudice aux intérêts du « centre d'action culturelle » et surtout forçait la main à ses responsables, portant atteinte à leur « liberté d'expression ».

  Il est évident que ces arguments restent pour nous sans valeur :


  -- Le but de la répression policière est de tenter de décourager toute action militante: la seule réponse possible est donc l'intensification de ces actions et leur succès (garantis par une analyse correcte des conditions des rapports de force et la prise des mesures de sécurité nécessaires).
-- Quant aux concepts tels que l'engagement moral de J.L. Godard ou la liberté d'expression de A. Bourseiller, ils restent utilisés au niveau de notions subjectives qui ne tiennent pas devant la définition d'une attitude politique. (Il ne faut absolument pas laisser poser les problèmes politiques sous la forme d'alternatives morales formulées par l'idéologie bourgeoise. Dans une action dite de « de gauche », « révolutionnaire de la culture »..., au sein d'une société de classe, il arrive nécessairement le moment où le problème se pose concrètement de choisir son camp : ou bien se laisser récupérer une fois de plus, ou bien quitter le système et ses régles du jeu, se mettre radicalement aux côtés du prolétariat, en assumant les risques que cette lutte comporte nécéssairement : c'était la véritable alternative proposée à « l'Action Culturelle du Sud-est ».

 

    Finalement on remboursa les places. Les films qui étaient programmés furent projetés gratuitement, après qu'A. Bourseiller eût exposé publiquement la proposition des E.G., et les raisons pour lesquelles il ne pouvait l'accepter. (« Je ne suis pas un militant politique »).

    Pendant ce temps, des contacts avaient été pris à la faculté des lettres, afin d'organiser une action pour le lendemain. Dès la fin de la matinée, J.L. Godard nous ayant rejoint, nous pouvions provoquer une première discussion à la fin de la projection gratuite d'un film programmé à « l'Action Culturelle ».

    Puis l'après-midi, les débats s'engagèrent dans un amphi à la faculté des lettres, suivis par la projection de quelques films de mai.

    Cette projection fut retardée par le refus des autorités universitaires d'autoriser l'utilisation du matériel de projection de l'amphi. Bien qu'un courant assez fort se dessina dans ce sens parmi l'assistance, l'ensemble des étudiants présents ne trouvèrent pas la résolution suffisante pour s'approprier ces moyens techniques défendus par une simple porte fermée.

    Cette réunion ne fut d'ailleurs qu'un demi-succès, car si l'assistance était nombreuse, la discussion resta assez terne. Il y a à cela un certain nombre d'explications dont nous pouvons tirer des leçons pour l'avenir.

   -- Caractères particuliers à Aix-en-Provence, ville très bourgeoise à fortes implantations réactionnaires, où de plus le samedi, la plupart des étudiants avait quitté la fac et la ville, et n'étaient plus mobilisables.
  -- Mais surtout, on doit incriminer le manque de préparation politique d'une action « parachutée » de Paris, et complètement improvisée. Le travail de préparation, de propagande et de mobilisation fait par les militants sur place, en fonction de leur analyse de la situation reste indispensable.

    C'est là également la condition pour que la projection des films ne reste pas un accident, un pavé lancé au hasard, mais s'inscrive dans la poursuite du travail d'agitation et de propagande, par les discussions et actions qu'ils suscitent; les militants sur place, là encore, sont seuls à pouvoir les diriger, les organiser et les développer.


 

LES FILMS

 

    Nous présentons une liste des films utilisés ou devant être utilisés par les militants révolutionnaires. Nous avons vu ces films et ne pouvons que conseiller d'en faire le plus large emploi possible...

FILMS DEJA EN CIRCULATION

LES CHEMINOTS - Les nouvelles communications (fait en mai 68) - (20 mn).
Un cheminot CFDT rentre pour la première fois de sa vie dans la Sorbonne.

LES CHEMINOTS (fait en mai 68) - (30 mn).
Dans le dépôt des trains immobilisés, discussion entre un délégué CGT, un militant CFDT et un jeune travailleur non syndiqué. Les conditions de travail. L'avilissement par la conduite automatique. Les salaires. Les jeunes cheminots commencent les revendications syndicales avec les étudiants.

CE N'EST QU'UN DEBUT (fait en avril-mai 68) - Collectif de réalisation - (10 mn.).
Comment à la suite de grèves sauvages de Caen, de Redon et des actions des étudiants de Nanterre, une explosion politique a secoué la France et mis la révolution à l'ordre du jour.

NANTES - SUD AVIATION (fait en mai 68 - Collectif de réalisation - (40 mn.).
Sud-Aviation à Nantes, première usine occupée en France au mois de Mai 68. Le directeur sequestré, l'occupation de l'usine. Perspectives du mouvement de Mai.

 

LE JOLI MOIS DE MAI (fait en mai-juin 68) Collectif de réalisation (50 mn.).
Le pouvoir est dans la rue. Où le rôle de la violence révolutionnaire est clairement démontré. Le film illustre le mouvement étudiant, la faillite des structures, la vacance du pouvoir, la reprise en main du gouvernement 'manifestation gaulliste aux Champs-Elysées)...Mais ce n'est qu'un début...

 

REPRISE DU TRAVAIL CHEZ WONDER (fait en juin 68) - (15 mn.).
Une jeune travailleuse contestataire, un étudiant, deux membres de la CGT et le contremaître au moment de la reprise du travail.

 

LE DROIT A LA PAROLE (fait en mai-juin 68) - (10 mn.)
La Sorbonne et les facultés, centres dela parole révolutionnaire. Comment cette prole, prise dans la rue, a déchiré l'ordre bourgeois dans les usines. Les rapports étudiants-ouvriers.

HISTOIRE D'UN CRS (fait en juin 68) - (15 mn.)

La Sorbonne réoccupée par les C.R.S.
La vie, l'act
ion de l'un deux, vues avec la férocité et l'humour.
 

UNIVERSITE CRITIQUE - Berlin - (10 mn.)
Une étudiante allemande fait l'historique et explique le fonctionnement de l'université critique. Illustration par reportage.

MEXICO - Réalisé à Mexico durant l'été 68.
Meetings du Comité National de Grève, manifestations étudiantes, répression sauvage de l'armée.

 

MEXIQUE (fait à Paris en novembre 68) - (13 mn).
Collectif de travail - Paris - Mexico : un même combat.

 

FILMS QUI SERONT DANS UN AVENIR PLUS OU MAINS PROCHE A LA DISPOSITION DES MILITANTS

FLINS
La grève à Flins, l'intervention policière, la répression violente...filmées pendant toute la durée des évènements à Flins.


COMITE D'ACTION (fait en mai-juin 68). Collectif de réalisation (50 mn.).
Un comité d'action pendant la grève. Actions, discussions.


CITROEN (fait en mai-juin 68) - (60 mn)
La grève chez Citroën, à Nanterre. Rapports ouvriers, français-étrangers. Implantation du syndicalisme, lutte de classes chez Citroën.

LES PAYSANS
Les paysans de la région de Rennes posent leurs problèmes.

 

REPRESSION EN NOVEMBRE 68 - (15 mn.)
Malgré les accords de Grenelle garantissant les libertés syndicales un ouvrier de l'industrie automobile est malmené et mis à la porte pour avoir distribué des tracts.

ALPHABET
Dessin animé en couleur - J comme Jaune, P comme participation, etc...

LES C.A.L - (film réalisé par des militants lycéens).
Historique des C.A.L. depuis l'affaire Condorcet en Novembre 67 jusqu'à la «Journée nationale d'action» en novembre 68.

 

SAINT-DOMINGUE - (30 mn.)
Les élections de 1965 en République Dominicaine. Analyse de la situation.

URUGUAY - (15 mn)
Conférence de Punta Del Este à laquelle assistent Johnson, son administration et tous les fantoches d'Amérique du Sud pendant que les étudiants manifestent à Montevideo.

VENEZUELA - (25 mn)
«La ville d'en haut ». La vie dans un bidonville de Caracas. Le sujet se passe de commentaire...

ARGENTINE - (5mn.)
Le «repas» d'une famille de paysans pauvres. Dans leurs yeux, le problème de la faim.

COLOMBIE - (10 mn.)
L'armée nettoie un bidonville pour en faire un terrain de sports. Résultat : une émeute et un mort.

BRESIL - (30mn.)
Un paysan des Terras Secas qui perd sept de ses enfants est réduit à aller mendier à la ville.

MALCOM X - (35 mn.)
Interview du leader noir illustrée (Chine, Vietnam, Angola, Afrique du Sud, Cuba, U.S.A., etc.).

UNIVERSITE DE COLOMBIA
Contestation des étudiants américains dépassant le cadre intellectuel du mouvement Hippie.

BLACK PANTERS
Les noirs américains membres de ce mouvement violent exposent les différents problèmes auxquels ils sont confrontés.

CHICAGO
Les émeutes raciales de Chicago.

CONTRE LE COURANT - ( réalisé en 1936).
Seul historique du mouvement populaire de 1936 existant à notre connaissance.

 Enfin si le mouvement de Mai a relégué à un plan secondaire la lutte contre l'agression américaine au Vietnam, c'est bien parce qu'il en est la prolongation. Les films de la R.D.V.N. et du F.N.L. sont de précieux documents utiles à la lutte anti-impérialiste, indissociables de la lutte anticapitaliste. 

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                                  " Par ailleurs, le Cinéma est une arme..."

     Les ETATS GENERAUX DU CINEMA ne sont pas une association corporatiste.

     Ils ne s'intéressent ni aux Réformes ni à la Participation.


    Ils sont ouverts à TOUS ceux pour qui le cinéma n'est pas seulement un pur objet de consommation               esthétique mais une arme.

   Ils ont besoin de TOUS ceux pour qui le cinéma ne doit pas rester enfermé dans le ghetto culturel de

   la classe au pouvoir mais participer au combat révolutionnaire.

   Ils peuvent fournir aux militants des moyens de réflexion et d'action politique.

   Vous pouvez nous aider et nous pouvons vous aider.


 

   Ecrivez-nous aux :

                                           ETATS GENERAUX
DU CINEMA
                                           B.P. 11009 75-Paris (9e)

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 17:13

Continuons avec le n°2 de ces petits fascicules des États Généraux du cinéma de Mai 1968 !
Partageons, partageons, des idées nouvelles viendront :)


J'ai recopié tel quel en respectant au mieux la mise en page et les choix d'édition des auteurs.
J'ai recopié aussi les quelques fautes et coquilles.
J'ai pu moi-même produire quelques fautes de frappe, n'hésitez pas à me le signaler.

Voir également :
Le cinéma s'insurge - États généraux du cinéma n°1 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/04/le-cinema-s-insurge-n-1-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma au service de la révolution - États généraux du cinéma n°3 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-au-service-de-la-revolution-etats-generaux-du-cinema-n-3-mai-1968.html
 

Le cinéma s'insurge n°2 - États généraux du cinéma - Mai 68

Le cinéma s'insurge n°2 - États généraux du cinéma - Mai 68

LES SIX POINTS DE SURESNES

Les Etats Généraux du Cinéma sont nés d'un mouvement popilaire de contestation et de lutte contre l'ordre économique, social et idéologique existant, celui du capital, protégé par l'appareil de l'Etat.

Les Etats Généraux ont pour objectif de faire de la vie culturelle et donc du cinéma, essentiel à la vie de la nation, un service public.

 

  1. Destruction des monopoles, création d'un organisme national et unique de diffusion et d'exploitation des films, avec perception directe dans les salles. Création d'un organisme national des moyens  techniques (laboratoires, studio, pellicule, etc.).
  2. L'autogestion afin de lutter contre le mandarinat, la sclérose et la bureaucratie. Les responsables à tous les échelons seront élus pour un temps limité, contrôlés et révocables par les instances qui les auraient élus.
  3. Création de groupes de production autogérés qui ne seront pas soumis à la loi du profit capitaliste.
  4. Abolition de la censure
  5. Intégration de l'enseignement de l'audiovisuel dans le cadre général de l'enseignement rénové : autogestion par les enseignants et les étudiants, ouverture à toutes les classes sociales.
  6. Union étroite du cinéma avec une télévision autogérée indépendante du pouvoir et de l'argent.
     

POUR UNE POLITIQUE DES ÉTATS GÉNÉRAUX

Quand on abat la forêt, les branches tombent.

LÉNINE

    Au bout de plusieurs mois, après un reflux et des élections qu'il importe de bien considérer comme une trahison, certes, mais aussi sur le plan secondaire du sondage et de l'escarmouche tactique, comme une défaite, tandis que renait une lutte encore indécise et dont il serait difficile et périlleux de prévoir la forme exacte, bien qu'il ne lui soit guère possible d'échapper à l'affrontement et à la violence, il n'est que temps de se livrer à une estimation provisoire des possibilités, des acquis et du rôle des États Généraux du Cinéma. Il faut aussi ne pas oublier, pour se garder du quelconque réformisme corporatiste auquel pourrait inciter leur adaptation finale à la légalité, que ces États Généraux sont les fils directs du Mouvement de Mai et que par conséquent, leurs principes et leur action doivent se définir politiquement, je précise : par rapport au rang qu'ils ont à tenir dans un combat révolutionnaire.
    Une fois mis entre parenthèses des fluctuations, un désordre apparent et quelques renoncements, trois éléments riches en possibilités raisonnables, ce qui ne veut pas dire qu'elles soient timides, sont à mettre au profit d'une courte histoire. Ces trois données sont, dans l'ordre chronologique : la mise en question du C.N.C., les «Points» de Suresnes et enfin les films de la Commission de Réalisation. La première était une base de départ, la «possibilité d'un commencement», la seconde indique assez bien ce que pourrait être, comme fin, le cinéma organisé par ceux qui le font et le regardent, et la troisième est un moyen, un instrument et un sujet d'analyse et de réflexion politique.

1. LA MISE EN QUESTION DU C.N.C.
    Lorsque le 21 mai, après un débat passablement exalté, les États Généraux proclamèrent la déchéance morale du C.N.C., leur motion, bien qu'elle ait été en peu de jours approuvée par plus de cinq cents signatures, n'allait pas sans ambiguïtés ni sans soulever des réticences qui n'étaient pas toutes dues à la seule crainte ni même au seul calcul égoïste.
    Il fut aisé, en effet, de rappeler une règle souvent -- comme ce fut le cas -- déformée dans le sens de l'opportunisme social-démocrate, de La Maladie infantile et qui veut que la Révolution conserve au moins provisoirement le squelette des organisations administratives bourgeoises afin d'avoir sous la main un instrument immédiat de gestion et de lutte. Malgré ses faiblesses et ses défauts, le Centre, de ce point de vue, restait un outil indispensable et qui, on se plaisait à le rappeler, avait dans le passé heureux de la Convention Collective, permis d'assurer la défense de la Profession contre les monopoles capitalistes. Il fallait donc en protéger pieusement l'intégrité.
    Deux réponses symétriques sont nécessaires à ces objections. La première est que, dans une perspective léniniste, le choix ne se pose pas entre le refus et le désir de conserver un organisme déterminé mais, après avoir «brisé» l'État, entre son délaissement et une occupation suivie de prise en main, de contrôle et de remise en route, même provisoire, dans une direction autre. L'investissement du Centre fut envisagé mais pour diverses raisons, toutes déplorables, les États Généraux reculèrent devant une action qu'ils jugeaient trop extrême alors qu'elle était parfaitement normale, possible et efficace. Dès lors le refus moral, presque symbolique, était une forme de pis-aller, de demi-mesure. Il n'avait pas cependant la gratuité pure d'une incantation magique puisque, s'il avait été effectivement assumé, suivi jusque dans ses conséquences, par ses signataires, il aurait abouti et aboutirait encore à la paralysie de ce qu'il repoussait, à son arrêt faute de combustible, à sa mise dans l'impossibilité d'assurer sa fonction d'instrument d'un État au service du capitalisme.

    Le second argument est que les objectifs aussi bien que le mode de fonctionnement du Centre, dans la forme qu'il avait en 1968, le rendaient inutilisable à l'avance. Il faut se garder de toute interprétation sommaire d'un léninisme réduit à une analyse scolaire et superficielle. La théorie de la conservation provisoire d'un «état bourgeois sans bourgeoisie», si elle est dans une certaine mesure indispensable à la dictature du prolétariat qui précède l'extinction de l'état, ne doit pas servir d'excuse, ainsi que cela arrive trop souvent, aux velléités conservatrices. Il est au contraire nécessaire, et L'état et la Révolution le montre assez, une fois assurée la prise de pouvoir au prix de la destruction de l'état bourgeois, de simplifier, de réorganiser et de réorienter, bref de bouleverser totalement les mécanismes administratifs les plus réactionnaires sous peine, et l'on sait trop que le péril n'est presque jamais évité, alors qu'il pourrait parfaitement l'être, de voir se monter ou se perfectionner les pièges de la bureaucratie. Le Centre est un très bon exemple de ce que Guevara nommait les «péchés originels» des régimes bourgeois, ces legs empoisonnés qu'ils font à la Révolution. Le Centre ne ressemble en rien aux P. et T. ni à la S.N.C.F. Il n'est rien d'autre que la Police du cinéma français et, comme tel, il devait et doit encore être radicalement révoqué en doute, faute de mieux, pour laisser la place au projet d'un organisme de contrôle entièrement nouveau, de simple gestion, qui ne serait plus complice -- ce fut l'erreur de la Convention Collective -- d'un corporatisme syndical de type américain, qui ne serait plus l'instrument  servile de la grosse production et des banques, qui ne se ferait plus de sa Loi d'Aide l'alibi «culturel» de sa compromission fondamentale et qui enfin n'aiderait plus à l'oppresion de la Censure.

Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2

Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2

    Aussi l'acte de révolte que constitue la mise en question du Centre était-il plus que justifiable. Il était indispensable et salutaire parce qu'il accusait, s'en prenait directement à ce qui est, pour le cinéma, l'instrument le plus dangereux, économiquement et esthétiquement, de l'aliénation gaulliste. Il permettait également un premier regroupement et un premier dénombrement, même si d'aucuns hésitèrent à le signer pour des raisons qui n'étaient pas toutes méprisables, refusant par exemple, alors qu'ils venaient d'obtenir ou attendaient l'Avance qui allait leur permettre de faire enfin leur film, de jouer un double jeu auquel d'autres se livrèrent et se livrent encore sans le moindre scrupule. Ils ne virent en effet dans l'affaire qu'un acte de pure forme, qui engageait assez peu et permettait de se placer au vent sans trop de risque. Ils savaient combien doux sont les accents du repentir à l'oreille du Pouvoir et que les Fils Prodigues sont toujours mieux accueillis que les fidèles de toujours. Ces signataires opportunistes hantent aujourd'hui les couloirs et les bureaux de ce Centre qu'ils niaient hier, à la recherche de la chère Avance. Les mouvements révolutionnaires n'ont pas seulement leurs traîtres, ils traînent aussi une poussière de défectionnaires inconséquents.

2. LES SIX POINTS DE SURESNES.
    Croire, comme le firent les sages, que les Points de Suresnes sont le constat d'un échec, qu'ils marquent un recul par rapport aux Projets présentés et surtout qu'ils sont un affront méprisable lancé par d'éternels mécontentements aux travailleurs acharnés de dix-neuf plans savamment ordonnés, une victoire de la destruction sur les bâtisseurs et du désordre sur les raisonnables, c'est se méprendre totalement sur le sens de trois semaines de discussion aussi bien que sur le rôle que devaient jouer, et jouèrent malgré eux les projets en question dans une dialectique multiforme. La première erreur fut claire dès le premier soir. Il était impossible de s'en tenir aussi vite à une réorganisation préétablie, abstraite et adoptée après vote parmi dix-neuf autres. C'était une manière définitive de scléroser tout mouvement, toute critique d'annuler dès le départ tout examen conditionnel, bref une bonne façon de préparer l'entrée en force du dogmatisme. Une fois constaté le danger, une seconde erreur fut commise lorsqu'on crut qu'il était possible de combattre ce dogmatisme par la mixture, d'établir à partir des trois premiers projets classés un amalgame en supposant qu'il serait satisfaisant pour un large électorat et qu'il recueillerait une majorité écrasante, plus «démocratique» donc, alors qu'il ne pouvait être qu'un compromis monstrueux.
   Ces erreurs n'étaient pas surprenantes. Elles provenaient de la fonction même que l'on attribue à ces esquisses. Elles furent présentées comme des chartres à adopter, comme une législation tandis qu'elles n'étaient, ne pouvaient être que des bases de la discussion, des «projets» au sens propre, ce qu'elles furent en fait mais dans un climat faussé par la croyance de leurs auteurs qu'ils avaient édicté les statuts du cinéma tel qu'en une nuit les Etats Généraux allaient le reconstruire, mieux : le recréer. Dans cette perspective analytique et critique qui se substitua non sans mal ni sans «désordre» à la prétention légiférante, le Projet 4, paradoxalement, de par son outrecuidance même, fut de loin le plus fécond, puisque l'extrémisme de ses propositions fit apparaître dans le sérieux factice de ses rivaux des fissures que l'on n'eut pas devinées sans lui.
    Les Six Points sont le résultat d'une réflexion collective qui, si elle ne s'est pas toujours déroulée dans le calme de l'utopie, n'en avoutit pas moins à un résidu rigoureux, fruit d'une décantation dont l'effervescence même était l'indice inévitable. Ils peuvent servir de base à et nourrir tout à la fois un travail futur, de construction cette fois, mais qui ne pourra être que long, concret, étroitement dépendant de la pratique et qui surtout ne devra pas, comme c'était manifestement trop souvent le cas des projets du mois de mai progresser à l'écart d'une lutte révolutionnaire plus générale. Ils ne sacrifient pas au préjugé habituel de l'intellectualisme petit-bourgeois qui s'épouvante du tumulte et où se réfugient les craintifs dont Fidel Castro dit qu'ils sont «habitués à tenir leurs idées dans leurs têtes aussi bien rangées que leurs vêtements dans l'armoire de leur maison». Ils soulignent quelques positions de combat importantes parce que, pris dans leur ensemble, ils sont inconcevables rationnellement sans un bouleversement complet de leur environnement social et sans que ce bouleversement soit effectué d'abord. Ils mettent enfin sur un même plan de leurs préoccupations la forme économique d'un cinéma futur et les présuppositions qu'implique la liberté de son contenu idéologique et de son esthétique, dans une série d'oppostions rigoureuses et fertiles.

C comme Capital. - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

C comme Capital. - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

    Car ils définissent une centralisation publique limitée et précisecomme une conséquence de la destruction des monopoles (point 1) tandis qu'ils prônent l'autogestion et, sur le modèle de la Commune de Paris, l'élection et la révocabilité des responsables, bien qu'ils soient imprécis sur la nature des «instances» électriques, comme remèdes aux dangers bureaucratiques de cette centralisation (point 2). Ils établissent à tous les degrès l'indépendance du cinéma à l'égard du profit (point 1 et 3) mais également vis-à-vis de la censure (point 4). Dans un même ordre d'idées, ils se gardent bien de définir aucune régle formelle, et surtout un réaliseme vieux ou nouveau, socialiste ou non, mais ils se préoccupent au contraire de prévoir un enseignement dont l'autogestion encore et aussi l'ouverture à toutes les classes sociales, s'il en reste, fermerait la porte non seulement à tout asservissement économique mais aussi à tout sectarisme, qu'il s'agisse du sectarisme cynique d'une esthétique d'Etat et du sectarisme plus hypocrite mais tout aussi nuisible d'un intellectualisme de classe (point 5). Enfin si le domaine, plus directement informatif ou immédiat, de la télévision pose des problèmes distincts, il était utile de rappeler d'une part les noeuds serrés qui la lient au cinéma et aussi de déclamer sa propre indépendance vis-à-vis de tout autoritarisme (point 6).

    S'il doit tenir compte des monopoles puissants et organisés que sont les laboratoires, les banques, certains circuits ou certaines compagnies, rares mais d'autant plus forts et menaçants, le cinéma, au moins à l'échelon de la production, est d'une fragilité économique si grande qu'elle n'a d'équivalent dabs aucun autre secteur du capîtal. Cette faiblesse peut permettre un bouleversement dont la rapidité, l'absence d'état transitoire et le caractère radical sont presque paradoxaux. Elle explique en tous cas que les Six Points peuvent se donner pour horizon la réalisation presque directe du propos célèbre de Engels, en remplaçant «l'administration des personnes par l'administration des choses»et en montrant comment la gestion matérielle peut d'elle-même préserver l'indépendance des individus. Il n'en faut pas moins bien voir aussi que ce retournement de la logique productive n'est possible, qu'elle que soit sa promptitude, que comme conséquence d'un bouleversement global de la société. Croire qu'il serait possible de modifier une unique enclave économique où le cinéma se trouverait parqué comme un indigène dans une réserve, estimer que les monopoles capitalistes et leurs alliès réformistes voudraient bien, au nom d'un vague «amour du cinéma», céder d'une façon autre que symbolique sur cet unique point «culturel» est une illusion dangereuse. Un changement partiel est peut-être réalisable temporairement, localement, à la faveur d'un de ces reculs tactiques que les Sociétés Capitalistes Complexes savent effectuer pour opprimer plus à l'aise ce qu'elles font mine de libérer mais cette mutation est condamnée à s'étouffer d'elle-même si une Révolution totale ne vient lui apporter l'oxygène nécessaire.

3. LA COMMISSION DE RÉALISATION.

    En attendant, les Etats Généraux ont montré que leur cinéma n'était pas seulement une fin perdue dans un futur encore indistinct mais également un moyen d'y parvenir et, mieux encore, de contribuer à son éclosion. La Commission de Réalisation et son travail, quelques critiques de détail que l'on puisse lui faire, constitue la participation concrète des Etats Généraux à un mouvement révolutionnaire qui est, quoiqu'on puisse penser, encore «en cours». Pour cette lutte, ils se sont appliqués à forger leur fer de lance, leurs films et des leçons utiles peuvent être tirées de leur expérience.


    Ces films, tout d'abord, furent conçus pour la pratique immédiate, comme des instruments et non comme des «oeuvres». Ils n'ont pa eu d'autre part la prétention condescendante de se mettre à un «service du peuple» paternaliste, mais de se faire, à tous les degrés, du projet à la projection, avec le mouvement ouvrier et étudiant dans ce qu'il a de plus nettement révolutionnaire. Ce travail en commun s'est organisé au stade de la conception lorsqu'il a été demandé aux travailleurs de définir ce qu'ils voulaient exprimer. Il s'est développé pendant la mise en chantier même des films. Le dialogue entre l'équipe de réalisation et les intéressés -- le «sujet» -- s'est poursuivi lors du tournage, du montage et de la rédaction du commentaire. Il s'est épanoui enfin de par la méthode même de la diffusion. Les films, en effet, ne sont aucunement considérés comme des produits achevés, refermés sur la plénitude de leur forme et sur la suffisance de leur contenu, capables de dispenser à la fois les faits et leurs enseignements. Ils sont au contraire les pièces d'un débat, un apport ouvert que les spectateurs doivent eux-mêmes discuter et compléter. Sans qu'il y ait rien là d'autre qu'une coïncidence, les Etats Généraux poursuivent un essai identique à celui de La Hora de los Hornos de l'argentin Fernando Solanas, qui ne veut être qu'un moyen d'excitation et de provocation.


    Le caractère collectif de ce cinéma entraîne un anonymat inéluctable et peut-être le travail de Solanas et de son équipe aurait-il échappé à certaines insuffisances, dont rend compte, par exemple, Piera Arlorio dans le numéro 97 de Positif, s'il avait obéi à cette règle. Que l'on m'entende bien. Il ne s'agit aucunement de refuser la création individuelle ni de vouloir brimer l'indépendance de l'artiste ou de l'intellectuel et l'on peut, à ce sujet, renvoyer facilement aux Paroles aux intellectuels de Fidel Castro. Il s'agit, dans la stricte perspective révolutionnaire, de poser en précepte que la création et l'analyse sont l'affaire, mieux : le devoir de tous, que leur pleine efficacité ne peut être atteinte que par un travail commun. Cela ne veut pas dire non plus, inversement, qu'une oeuvre individuelle qoit, à priori, dépourvue de tout prix révolutionnaire. L'histoire du cinéma est heureusement fertile en preuves du contraire. Cela veut dire qu'un cinéma de lutte quotidienne soit, s'il veut être autre chose qu'un moyen de diffuser la bonne conscience, rompre momentanément avec les prérogatives de l'auteur. Lorque Guevara assurait que l'intellectuel ne pouvait être un véritable révolutionnaire qu'au prix de l'abandon de ses privilèges d'intellectuel, lorque Fidel Castro, encore, dans son discours de 1961, affirmait que «l'artiste le plus révolutionnaire serait celui qui serait prêt à sacrifier sa propre vocation artistique pour la Révolution», ils soulignent l'un et l'autre que l'action et l'agitation doivent faire oublier pour un temps les soucis de l'oeuvre et de son auteur considérés de façon traditionnelle.

    Encore une fois il ne s'agit pas de lancer des anathèmes. Il n'est pas interdit de croire, une fois établie leur distinction, que le cinéma disons de création et le cinéma de combat puissent se compléter et se vivifier, que les expériences nouvelles de l'un puissent profiter à l'autre, et vice versa. D'autre part le terme d'anonymat doit être dépouillé de toute ambiguïté. Il n'est absolument pas question d'une dépersonnalisation perpétrée au profit d'un sectarisme centralisateur de type jdanovien, qui dicterait les stéréotypes des idées et de la forme, mais de la conséquence logique du travail collectif, d'une confrontation permanente cintinuée aussi bien au sein de l'équipe technique qu'avec le sujet et le spectateur. Autant il est périlleux de vouloir dans l'absolu faire du cinéma un art «populaire», autant il est profitable, indispensable même, dans le cas précis et délimité d'un cinéma de témognage et de réflexion révolutionnaire, de rechercher constamment l'appui et le contact de l'avant-garde des masses. C'est aussi, probablement, le seul moyen d'échapper à la récupération marcusienne et, là encore, les Etats Généraux ont su comprendre que la pratique devait précéder la théorie.

    D'autres films sur les «évènements» fr Mai ont été réalisés en-dehors des Etats Généraux et, même si l'on doit regretter que leurs réalisateurs n'aient pas rejoint les équipes de la Commission de Réalisateurs, il serait maladroit et vain d'en faire le procès au nom d'une exclusivité morale ou politique  de ces Etats. Plus grave est la naissance d'une Coopérative née, en fait, d'une véritable scission. D'un point de vue simplement moral, cette fraction, qui prit pour prétexte de son départ un manque de sérieux et d'efficacité de la Commission est déjà déplorable puisque ses constituants, pour une large part, n'ont pu tourner que grâce aux Etats et parce que le matériel, image et son, dont ils ont décidé qu'il leur appartenait en vertu de leur droit «d'auteurs» et qu'ils ont emporté dans leurs bagages, fait aujourd'hui gravement défaut au «film de synthèse» qui est actuellement en chantier, mais elle est encore plus fâcheuse du point de vue politique. Vouloir créer un groupe de production indépendant où des acteurs divers mettraient leurs talents au service de divers mouvements ou partis plus ou moins «de gauche» et se feraient ainsi interprètes de la F.D.G.S., du P.S.U. ou du P.C., au choix, ne peut aboutir qu'à la confusion et à une mésestimation complète du rang que peut aujourd'hui tenir un cinéma militant. C'est substituer une quelconque publicité électorale, donc mystificatrice, à ce qui est et doit demeurer une méthode d'agitation permanente (1).

4. POUR CONCLURE.

    Certes les eforts des Etats Généraux peuvent encore paraître incertains, certes aussi a-t-on pu, dans le meilleur des cas, les taxer de «pagaille sympathique» (Cinéma 68), certes, enfin, quelques unes de leurs décisions et de leurs contributions ont pu sembler illusoires sinon purement négatives mais, si leur action n'a pas été sans faiblesses, sans hésitations ni sans fourvoiements, il semble bien qu'en allant dans le sens d'un durcissement croissant, leur engagement ne soit pas sans avoir apporté quelques résultats ni sans avoir permis de tirer quelques leçons et qui dépassent heureusement le domaine du cinéma. La négativité, la méfiance vis-à-vis de toute mise en place trop rapide sont parfaitement normales. Alors qu'il serait dangereux d'organiser trop hâtivement une révolution effective que dire des bureaucrates qui veulent ordonner une révolution qui n'existe pas encore et dont la voie même n'a eu ni le temps ni la possibilité de se définir pleinement. Car la Révolution que nous voulons ne se reconnaît ni exemple ni modèle, des principes sans doute et quelques points de départ précis mais rien de plus. A cette attente, à cette longue et indispensable éclosion de la théorie dans la pratique, le cinéma peut contribuer et les Etats Généraux l'y aider. En fait, ils l'aident déjà, en réalisant leur révolution pour, par et dans la Révolution.

                                                                                                                    Louis SEGUIN
____


    (1). Fin Mai, trois Commissions furent mises en place : Réalisation, Matériel et Diffusion. Ces trois instruments avaient le même but d'assurer, face à la propagande mensongère des organismes encore, et toujours, aux mains de la bourgeoisie (journaux, radios, télévision, etc.) une information qui rétablisse la réalité des faits et des idées et permette la mobilisation des masses populaires.
    Ces intentions restèrent lettre morte, pour une seule raison. La G.G.T. et le P.C. refusèrent qu'un seul laboratoire fasse une grève active. Ils prétendaient que la grève des laboratoires avait été très difficile à obtenir et que briser l'unité de la grève entraînerait les autres laboratoires à reprendre le travail. Bien entendu ces propos furent tenus avant les accords de Grenelle.
    D'où l'incohérence de l'action. Les équipes de réalisation, très nombreuses, tournaient sans très savoir pour qui, pour quoi et comment. La Commission Matériel, très vite, ne fit plus qu'un travail de régie élémentaire et d'une remarquable inefficacité. Elle était aux mains du P.C. Il fallut plus de deux semaines avant d'arriver à faire admettre l'idée, qu'avaient eue d'autres équipes qui travaillaient par exemple pour la SNEsup, d'utiliser les laboratoires étrangers.
    De son côté La Commission de Diffusion ne pouvait que projeter un matériel ancien ( à de rares exceptions près extrait du catalogue des Fédérations de Ciné Clubs) dans les lieux de travail occupés, lorsqu'elle le pouvait.
    A mesure que le mouvement s'amollissait, que les grèves finissaient et que se précisait le «retour à la normale», les équipes de réalisation se mirent à oublier les notions d'anonymat, de films d'informations et de combat. Dans ce contexte quelques opportunistes malins proposèrent de fonder une Coopérative qui regrouperait les équipes et permettrait la finition de films. Cette intention, louable en théorie, se révéla être une simple récupération financière et électorale des documents.
    Devenus association légale, les Etats Généraux essayèrent de négocier avec cette coopérative mais il n'y eut aucun terrain d'entente, pas même au sujet des négatifs qui appartiennent de fait et de droit aux Etats Généraux. Ils créèrent alors une société de production afin d'accueillir les équipes pour qui la fin des grèves ne signifie pas la fin du combat.
    Depuis, non seulement les Etats Généraux ont assuré la finition des films qui leur ont été confiés mais encore, depuis juillet 1968, ils en ont assuré la diffusion d'une façon efficace.

 

O comme ORTF - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

O comme ORTF - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

LE FILM DE SYNTHÈSE

    L'un des premiers objectifs d'un Comité de Réalisation issu de la Commission de Diffusion est aujourd'hui la mise en oeuvre d'un «film de synthèse» qui, après quelques mois, fasse un bilan des «évènements» de Mai-Juin et soit une base d'appréciation, de discussion et de combat. Cette mise au point ne saurait se faire sans que soient, au préalable, formulées le plus clairement possible un certain nombre de coordonnées politiques.  Les notes qui suivent résument ces formulations qui, elles-mêmes, ne veulent être ni un commentaire de film ni un synopsis mais un plan de travail idéologique.

1. LA FIN DE LA GRÈVE.


    Tout en brandissant la menace de la guerre civile, De Gaulle propose des élections «démago-démocratiques». Cette manoeuvre est rendue possible par l'assentiment du P.C. et de la F.G.D.S. qui ne veulent ni ne peuvent s'emparer d'un pouvoir pourtant violemment ébranlé par dix millions de grévistes.
    Les états-majors des Partis de Gauche et des syndicats ne portent la lutte que sur le terrain des revendications partielles et de la légalité parlementaire de la bourgeoisie, malgré un fort mouvement ouvrier réclamant «le pouvoir populaire». Tous leurs efforts porteront sur la cessation des grèves, la propagande en vue d'élections perdues d'avance et la chasse aux «gauchistes». Waldeck-Rochet surenchérit sur Pompidou et réclame pour son parti l'avant-garde de cette chasse. Les revendications immédiates mêmes sont bradées par la C.G.T. et en lieu et place de la «Reprise victorieuse du travail» annoncée dans un grand titre de L'Humanité, c'est un flot d'amertume et de colère rentrée qui, à contre-coeur, passe les portes des usines réouvertes. Cette trahison des bureaucrates ne démobilise pas pour autant les plus combatifs. Ils sont décidés à prendre en main leur propre sort et à continuer le combat...

2. PAR LA RÉPRESSION QUOTIDIENNE ET CACHÉE PUIS PAR LA VIOLENCE POLICIÈRE L'ÉTAT BOURGEOIS CONCRÉTISE LA LUTTE DES CLASSES.

   
Les gouvernements des pays industrialisés (société de classe des démocraties bourgeoises ou société bureaucratisée des démocraties populaires) possèdent des moyens d'intégration (consommation, industrialisation, partis, etc.) et des moyens de répression suffisamment efficaces pour n'avoir recours à la brutalité que dans les cas exceptionnels où leur existence même est en péril, lorsque les formes habituelles d'oppression et de répression (travail à la chaîne, parcellisation, surexploitation des travailleurs émigrés, chômage, chantage, monopole de l'information) deviennent insuffisantes.
    Dans cet état de crise où le pouvoir de la bourgeoisie apparaît sous son véritable jour, la lutte des classes devient évidente pour tous et participe à la prise de conscience des masses et à l'élévation de leur niveau politique. Les grèves de Redon ou de la Rhodiaceta, les barrages de routes et la destruction de leurs produits par les paysans témoignent des extremités où la violence de l'exploitation bourgeoise les accule. Cette lutte a commencé bien avant le mois de Mai et a emporté l'adhésion de certaines couches de la petite bourgeoisie. Les étudiants y ont participé de façon ouverte à partir du 22 mars. A Nanterre un vent révolutionnaire a soufflé à l'intérieur même de la Faculté et ce combat s'est soudé de façon étroite au combat général. Nanterre, Redon, Rhodiaceta furent les répétitions générales qui préfigurent les occupations d'usine et de facultés de mai.  

3. UN RÉVOLUTIONNAIRE, DANS UNE «SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION» EST FORCÉMENT UN PROVOCATEUR.

    A la répression policière il oppose la légitime violence révolutionnaire imposée par les circonstances. L'action exemplaire des étudiants sur les barricades provoque l'unification des luttes étudiantes et ouvrières.
    S'installer dans la salle du Conseil des professeurs pour y saucissonner apparaît comme un acte de transgression scandaleux et anticonformiste. Encore plus provocatrices et scandaleuses sont les constructions de barricades face aux flics, l'utilisation des voitures, sexes de rechange et symboles de la société de consommation. Les flics font mal mais ils ont cessé d'être invulnérables. Au fur et à mesure que la répression s'intensifie, la capacité de résistance des révoltés grandit. Jeunes, apprentis, lycéens, travailleurs, étudiants et marginaux vont spontanément aux barricades pour épancher leur soif de révolution.
    L'origine étudiante du mouvement en limitant aux matraques et aux gaz de combat la sauvagerie policière favorise les premiers développements de la lutte de tous.

4. LA LIBERTÉ SUR LES MURS, LE POUVOIR DANS LA RUE.
 

    La liberté d'expression, de comportement s'est installée d'abord où étaient les étudiants. Les barricades de la rue Gay-Lussac, la «grande fête» de mai délimitaient les frontières d'un territoire libéré qui s'étendit par la suite aux facultés et aux usines.
    Bien souvent les occupations se sont réalisées après une bataille politique à l'intérieur des facultés pendant qu'à l'extérieur une action se menait en direction des travailleurs.
    Les occupations dans les secteurs les plus combatifs des usines (électronique, chimie, métallurgie) sont le fait d'un nombre élevé de grévistes -- l'occupation est politique, fruit d'analyses et de discussions -- syndiqués et non syndiqués sont au coude à coude, ils accueillent les étudiants, parlent avec eux. Dans d'autres secteurs au contraire, la bureaucratie prend le dessus, le comité de grève est manipulé, les non syndiqués sont écartés.
    Contrairement aux entreprises, un début d'auto-gestion a vu le jour dans les universités.

    Notons que le mouvement de mai a suscité :

1°)  un mouvement ouvrier efficace et dynamique qui s'est déclenché en marge des directives syndicalistes,

2°)  un premier pas vers le décloisonnement entre différentes catégories professionnelles, ouvriers et paysans, travailleurs et étudiants.

3°) le remplacement momentané du monopole de l'information des organisations en place (syndicats, ORTF, presse) par la mise en place des moyuens d'informations directs (tracts, affiches, journal, slogans muraux) conçues et réalisées par les militants eux-mêmes,

4)° la liberté d'expression imposée par les enseignés aux enseignants, par les ouvriers aux patrons et à leurs dirigeants.

5. CE N'EST QU'UN DÉBUT,...MAIS C'EST DEJA PAS MAL.

    L'expérience de mai a permis de prendre conscience :

1°) que la direction politique est l'afaire des militants et non celle des fonctionnaires des appareils intégrés ;
 

2°) que le problème de l'organisation de la classe ouvrière et de la direction politique des luttes est posé, compte tenu des différents courants qui animent l'idéologie révolutionnaire mondiale.
 

L'I.D.H.E.C. ET LA POLITIQUE

M A I - J U I N

    Une analyse politique de l'occupation de l'IDHEC aux mois de Mai et Juin montre la situation particulière de cette école vis-à-vis des autres facultés, des usines occupées, et de la profession. L'IDHEC est au carrefour de ces trois directions.

    Quels sont les éléments de base de cette situation complexe ?

-- Comme dans une petite entreprise, l'IDHEC était dirigé par un «patron» qui pouvait contrôler tous les travaux des étudiants et les suivre en permanence. Par sa personnalité même, le directeur était assimilable à un contremaître, ou à un garde-chiourme paternaliste («On peut tout régler en venant me parler dans mon burau»). Cette autorité patronale n'avait devant elle aucune organisation syndicale constituée. L'Amicale des élèves organisait les bals et recueillait des places gratuites dans les cinémas.

-- Comme toutes les productions professionnelles, l'école avait à sa disposition certains moyens (caméra, montage, etc).

-- Par son statut, l'IDHEC était un établissement d'enseignement supérieur, dépendant du ministère des Affaires Culturelles, et apparenté à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.
Aussi l'occupation de cette école s'est-elle déroulée comme l'occupation d'une petite entreprise où les ouvriers auraient adopté le principe de la grève active.

    Un certain nombre d'étudiants de l'IDHEC ont participé aux manifestations, combats de rues, meetings de la première quinzaine de Mai. Mais jusqu'à la dernière minute, ils ont estimé que l'occupation de leur école était inutile. Le combat des étudiants parisiens les concernait par solidarité, mais n'était pas leur combat. En ce sens, leur participation aux barricades est plus à rapprocher de celle des jeunes ouvriers que des étudiants.

    Les studios de l'IDHEC furent occupés le 17 Mai. C'est à dire avec les dernières facultés et les premières usines. Cette occupation fut d'abord un geste de solidarité, avent de devenir une action militante cohérente.

 

    À cet égard, le problème de l'utilisation des moyens de production fut décisif. Comme dans les entreprises, l'IDHEC possédait, on l'a vu, des moyens de production. Comme dans un faible nombre d'entreprises, les étudiants pouvaient assurer la marche de l'établissement sans le patron (le directeur) et sans les cadres (les professeurs. La décision de sortir et d'utiliser le matériel provoqua la rupture immédiate avec les enseignants, sauf deux ou trois. Cette déciszion entraîna cinq jours plus tard l'adoption en assemblée générale du principe de l'école autogérée et de la grève active. C'était en même temps un choix moral important : ses étudiants et leur matériel devenaient une arme de combat au service des militants.

    Ce principe de l'autogestion décida de toute la vie de l'école pendant deux mois (organisation des tournages, rotation dumatériel, entretien, etc.) et aussi définit les bases de la gestion et de la pédagogie : les étudiants sont responsables de toute la vie de l'école.

 

    L'évacuation même de l'école le 10 juillet rappelle la fin de la grève dans une usine. Les studios furent évacués sans incident en échange d'avantages matériels, comparables aux aux augmentations de salaires des ouvriers :

--  Prêt de matériel de tournage pendant deux mois à l'Association des étudiants.

--  Budget de 1500 F par mois pendant deux mois pour les tournage des étudiants.

    Avant même d'avoir à négocier une réforme, de tels avantages avaient été consentis. Ces questions matérielles ne sont pas négligeables pour un cinéma militant.

Pendant ces deux mois, les étudiants ont dissocié deux plans :

--  Activité militante par leurs tournages dans les rues, les usines, les facultés.

-- Activité réformiste par leurs commissions sur la pédagogie et la gestion dans l'école.

    Ils n'ont jamais confondu les deux activités (bien que ce soient les mêmes étudiants qui s'en occupent). Ils n'ont jamais adopté l'attitude corporatiste des Etats Généraux, lorsqu'à Vaugirard ils pensaient faire la révolution dans le cinéma avant d'aider concrètement la lutte des ouvriers en grève et des étudiants de la Sorbonne.

PERSPECTIVES ACTUELLES

    La situation est maintenant éclaircie : les étudiants ont distinqué trois niveaux pour l'action qu'ils mènent :

-- Utilisation des moyens de production.
-- Pratique syndicale liée à celle de la profession et à celle de l'UNEF.
-- Pratique politique liée aux groupes révolutionnaires.

   Comme dans toutes les analyses politiques classiques, les étudiants les plus conscients politiquement doivent se placer à l'avant-garde du mouvement syndical. Les deux pratiques ne sont pas concevables séparément.. L'avant-garde, formée politiquement, doit entraîner dans sa lutte la masse des étudiants.
    Sur le plan de l'organisation, on distingue maintenant deux structures :

A. L'Association Générale de l'IDHEC qui constitue le syndicat des étudiants, regroupe actuellement la totalité des étudiants. L'AGIDHEC a adopté les réformes sur la gestion qui ont été acceptées par Malraux et qui doivent être rapidement mises en place. L'autorité patronale définie hier soir par une seule personne est remplacée aujourd'hui par une direction collégiale de 6 personnes (2 professionnels, 2 professeurs, 2 étudiants), dont le directeur ne doit être que l'exécutif. Le directeur doit être élu par le nouveau conseil d'administration de 20 personnes (5 membres nommés par l'Etat, 5 professeurs, 5 professionnels, 5 étudiants). La nouvelle pédagogie élimine les cours théoriques, les professeurs permanents, et les chaires. Tout le travail est accompli en ateliers, par cycles d'études, sous la direction de psychopédagogues et de professionnels. Ces solutions sont actuellement étudiées par un bureau provisoire (1 producteur, 1 réalisateur, 1 technicien, 1 professeur, 1 étudiant et Marcel Lherbier). Au 30 septembre, beaucoup d'espoirs sont permis pour la nouvelle année.

B. Le groupe d'action cinématographique ou GAC qui regroupe une vingtaine d'étudiants. Il doit assurer un quadruple travail :


-- Mener les luttes syndicales de l'AGIDHEC.
-- Assurer une formation politique à ses militants, par des exposés et des discussions.
-- Assurer le travail d'un Comité d'Action (contact avec les entreprises, collages d'affiches, etc.).
-- Réaliser des films militants avec les militants ouvriers et étudiants.

Tout ce travail doit être mené en liaison avec les organisations existantes, les Comités d'Action, et les groupes de cinéma (ARC, EGC, etc.).

Il est bien évident que, vu le faible nombre d'étudiants (75 au maximum), les deux organisations se superposent. Les militants entraînent la masse vers des objectifs précis. L'Association, par son nombre, et son importance dans la gestion de l'établissement, protège les activités militantes.

                                                                 GROUPE D'ACTION CINEMATOGRAPHIQUE IDHEC.
 

(à suivre)

S comme sauveur - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

S comme sauveur - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

POUR EN FINIR AVEC VENISE

    Venise 1968 inclut dans ses festivités une Table Ronde intitulés : «Cinéma et Politique». Venise annonce la participation des vedettes internationales de la «contestation».

    Mais le S.D.S., l'U.N.E.F., le SNE-Sup, le P.C.I., les Etats Généraux du Cinéma Français invités se récusent. Les Cahiers du Cinéma acceptent de se charger de l'opération.
 
    En Mai 1968, le Festival de Cannes était interrompu par un groupe de cinéastes et de critiques, en accord avec les Etats Généraux du Cinéma. En Septembre la plupart de ces cinéastes et de ces critiques soutiennent le Festival de Venise et s'opposent à la position inchangée des Etats Généraux.

    Il serait inutile de se complaire à des querelles de personnes, et les contradictions révélées, les commentaires incohérents qu'elles ont provoquées, les clivages qui se sont produits n'étaient pas symptomatiques.

    Quelques cinéastes et critiques qui prétendent, ou ont prétendu, vouloir abattre le système de production capitaliste se sont montré ses complices. Quelques journalistes qui affirment leur «amour du cinéma» et leur «libéralisme» n'ont fait que soutenir les puissances qui oppriment le cinéma et la liberté. Tout cela est assez exemplaire pour mériter précision et analyse.

    La position des Etats Généraux, vis-à-vis des Festivals, a été mainte fois réaffirmée :
«Les Etats Généraux ont décidé de ne participer à aucun Festival : ceux-ci étant pour le mieux un processus d'intégration de la culture bourgeoise et au pire une organisation commerciale au service des marchands de films». (Et nous savons combien la récupération profite aux marchands).

   Cette déclaration signifie que les Etats Généraux considèrent comme leur devoir de maintenir des positions politiques intransigeantes pour servir le prolétariat dans sa lutte.

    Il ne pouvait être question pour eux de se désolidariser des mouvements politiques qui en Italie même et ailleurs s'opposaient au Festival. Pour eux comme pour ces mouvements les Festivals sont des «ghettos», les ouvriers et les étudiants sont la réalité.

    Est-il nécessaire de préciser que, dans la situation où nous sommes, de telles positions ne peuvent engager que l'Association et qu'elle ne peut interdire à un réalisateur ou à un technicien de gagner sa vie ? Un syndicaliste révolutionnaire pointe bien, tous les matins, à son usine.

    Mais les Etats Généraux, en tant qu'Association, ont été invités à présenter leurs films à cette fameuse Table Ronde qui devait donner sa caution politique au Festival de Venise. C'est cette caution qu'ils ont refusé de donner et c'est ce refus que l'on a essayé de contourner et de dénaturer.

    Les arguments des partisans et de la participation à Venise étaient :

--  L'Italie n'est pas la France, Septembre n'est pas Mai et Venise n'est pas Cannes.
-- Venise est «un Festival artistiquement audacieux»
-- La Fédération Internationale des Producteurs de Films s'oppose au «courage» de Chiarini. Si on ne défend pas ce «héros» on pactise avec l'ennemi.
-- C'est un acte d'efficacité politique que de présenter les Films des Etats Généraux dans les salles du Festival.
-- Enfin, cette année; Venise est, plus que jamais, un «Festival de gauche».

De tels arguments sont insoutenables :
-- Si en Mai, en France, il a fallu 10 millions de grévistes pour donner aux gens du Cinéma la force de contester leur asservissement, ils doivent se souvenir que les principes qu'ils ont découverts grâce aux étudiants et aux ouvriers n'ont pas perdu de leur valeur maintenant que la répression bourgeoise a pris momentanément le dessus. Et que, tous comptes faits, la foire de Cannes est plus franche que la récupération de Venise.
-- Les films des Etats Généraux sont des films politiques t ne peuvent être confondus avec des «objets culturels offerts aux jugements ésthétiques de la «culturocratie». Ce n'est pas qu'ils craignent ces jugements, mais qu'essentiellement ils les récusent. Ils n'admettent pas qu'au nom de valeurs mondaines la société les digère en les privant de leur sens et de leur fonction.
Jamais pour les Etats Généraux «la beauté du cinéma n'éclipsera la contestation».
-- Le confort commercial des marchands peut être gêné par la publicité que les Prix du Festival accordent à des oeuvres «d'Art et d'Essai». Il faut bien que le commerce paye de quelqu'inconfort la satisfaction de ses vanités et la tranquilité de sa conscience ! C'est là une contradiction inhérente au système et les Etats Généraux n'ont pas à la prendre en considération. Prétendre justifier la participation au Festival par les critiques que les marchands lui font (cf. l'article de J.L. Comollo dans Le Monde) c'est sous le couvert d'un faux dilemme confirmer des privilèges de classe. Cette opposition n'est pas qu'une querelle de famille. Comment séparer Chiarini et ses supporters des capitalistes qui finissent toujours par monnayer les Prix et les applaudissements ?
-- Quant à l'efficacité politique de la présentation des films dans les salles du festival...Soyons sérieux. Que peut pour la lutte des classes une Table Ronde de critiques, de mondains et de quelques otages pris aux pièges de leur sentimentalité.
-- Et nous arrivons à cette fameuse teinture de gauche qui devrait nous inspirer le respect. Sur la façade du Palais du Festival un énorme portrait du «Che» décorait l'entrée des vedettes. Etait-ce pour que nous nous agenouillions devant la «Mostra» ? Le «Che» était là  avec la bénédiction de l'archevêque de Venise.

    Soyons sérieux : il y a une réalité de l'exploitation et de l'oppression, nous avons à la comprendre et à la détruire dans un même mouvement. Séparer l'idée de l'acte pour en jouir comme d'une manifestation esthétique et culturelle ne peut que rendre cette réalité inoffensive en la transformant en un objet de luxe et de consommation.

    Soyons sérieux : à un certain niveau, il ne peut pas y avoir de différence entre un film de combat et la présence sur une barricade. Cela devrait être clair pour ceux, qui comme J.L. Comolli, ont tenté au mois de Mai de libérer le cinéma de son corporatisme pour offrir son contrôle à «tous ceux que le cinéma concerne». Est-ce pour le livrer à l'Association des critiques et à l'oecuménisme des chapelles ?

    La position des Etats Généraux n'a pas changé, elle n'a fait que se définir et s'affirmer. Il est grave que la présence de certains membres de l'Association à la Table Ronde de Venise ait pu la dénaturer.

    Que dire des journalistes qui avaient applaudi Mai et qui se sont choqués des troubles de Venise ? Rien ! Sinon que leur souhaiter de comprendre un jour que s'il peut être flatteur d'applaudir la révolte il faut en admettre les conséquences même si cela doit déranger leur confort intellectuel.

    Leurs humeurs auraient peu d'importance, si elles ne faisaient le jeu du pouvoir et de tous ceux qui ont intérêt à ce que l'on pense «normal, national et régulier».
 

DOCUMENTS POUR L'AFFAIRE DE LA MOSTRA

    Nous avons pensé qu'il serait utile, afin que chacun puisse en juger, de publier certaines pièces du dossier, communiqués, télégrammes, lettres et réponses aux journaux. Cette publication devrait préciser au moins chronologiquement le sens de certaines positions et dissiper aussi quelques ambiguïtés. Sauf indication contraire, les documents élanent des Etats Généraux.

    L'UNEF et le SNE-Sup refusèrent immédiatement l'invitation qui leur fut faite de participer officiellement à la Mostra.

-- Communiqué du S.D.S. (Mouvement des Etudiants Socialistes allemands) :
    Le Festival du Cinéma de Venise n'est autre qu'une institution autoritaire tout entière dans les mains d'un petit groupe pour diriger et monopiliser la culture. Par leur habile action de paternalisme les gérants du Festival ont un seul but, celui de vider de toute charge démystificatrice et politique les quelques oeuvres vives qui réussissent à parvenir sur les écrans du Lido. Ils s'en servent pour fournir un alibi et justifier à gauche le système.

    Le S.D.S. fait appel à tous ceux qui pourraient être utilisés comme instruments dans c"ette opération d'intégration afin qu'ils ne se prêtent pas à cette manoeuvre et refusent leur collaboration et leur participation à la farce de la culture mystifiée, qui ne sert qu'à maintenir l'équilibre du système. Le S.D.S. invite à lutter contre ce Festival.


Communiqué envoyé le 22 août au Monde, à Combat, à Miciché, directeur du Festival de Pesaro, et à l'A.F.P. :
    L'association des Etats Généraux a reçu une invitation à participer au Festival de Venise. Elle rappelle qu'elle est issue d'un mouvement de contestation des structures capitalistes de la société. En conséquence, elle a décidé de ne participer à aucun Festival. Ceux-ci étant au mieux un processus d'intégration de la culture par la bourgeoisie et au pire une organisation commerciale au service des marchands de films.

-- Télégramme envoyé le 30 août à Chiarini :
    Afin d'éviter ambiguïté positions personnelles, réaffirmons notre position sur festivals. Désavouons toute participation à une pseudo table ronde politique. Tout adhérent des Etats Généraux y participant ne peut engager que lui-même. Seules deux personnes porteuses d'un mandat spécial pour la diffusion peuvent si besoin est réexpliquer notre position.

-- Télégramme envoyé le 30 août à l'A.N.A.C. :

         Approuvons tous vos efforts en vue affirmer vos positions révolutionnaires. Réaffirmons notre position sur Festivals. Désavouons toute participation à une pseudo table ronde politique. Tout adhérent des Etats Généraux y participant ne peut engager que lui-même. Seules deux personnes porteuses d'un mandat spécial pour la diffusion peuvent, si besoin est, réexpliquer notre position. Amitiés.

-- Aux Diffuseurs (même télélgramme qu'à Chiarini) plus :
      Se mettre en contact avec Karmitz et donner le télégramme à la presse.

 

-- Télégramme envoyé le 2 septembre par le S.N.E.-Sup à Chiarini :

    Interdiction formelle de projeter film au nom du SNE-Sup. Motchane (1) arrive mardi. Hertzberg, Secrétaire général du S.N.E.-SUP


(1) Membre du Bureau National du SNE sup, chargé des relations culturelles.

 

Tract distribué à Venise - Nessuno alla mostra fascista ! (Personne à la Mostra Fasciste !) Qui ira ce soir au Palais du Cinéma assister au spectacle cinématographique offert par la Police, par Chiarini et par le gouverneur Leone ? Les billets d'entrée se retirent au commissariat, à la CIGA, au siège social du MSI et auprès du Gazzetino (quotidien de Venise, nuance Figaro.NDLR).-------------------------COMITE DE COORDINATION POUR LE BOYCOTTAGE DE LA MOSTRA CINEMATOGRAFICA.

Tract distribué à Venise - Nessuno alla mostra fascista ! (Personne à la Mostra Fasciste !) Qui ira ce soir au Palais du Cinéma assister au spectacle cinématographique offert par la Police, par Chiarini et par le gouverneur Leone ? Les billets d'entrée se retirent au commissariat, à la CIGA, au siège social du MSI et auprès du Gazzetino (quotidien de Venise, nuance Figaro.NDLR).-------------------------COMITE DE COORDINATION POUR LE BOYCOTTAGE DE LA MOSTRA CINEMATOGRAFICA.

-- Lettre rendue publique à l'occasion de la projection de quelques films des Etats Généraux à Venise, projection organisée par le Mouvement Etudiant dans le cadre de la rencontre nationale du 2 au 8 septembre. Sur ordre de Chiarini cette lettre n'a pas été diffusée par le service de presse de la Mostra. Néanmoins elle a été lue par les journalistes français :

 

Les Etats Généraux du Cinéma    à J.L. Motchana, Bureau National du SNE-Sup

                                                     Cher Camarade


    Etant donné la confusion qui entoure le Festival, confusion aggravée par les prises de position irresponsables de certains, le Conseil Permanent des Etats Généraux du Cinéma tient à réaffirmer une fois de plus sa position et te mandate expressément pour en faire part publiquement.
    Le Conseil Permanent des Etats Généraux refuse de participer au Festival sous quelque forme que ce soit dans la mesure où la Mostra de Venise constitue comme les autres manifestations de ce genre une entreprise de commercialisation de la culture bourgeoise.
    L'offre faite par les organisateurs du Festival de projeter des films politiques et d'organiser une table ronde ne change rien à la situation. En effet pour qui seront projetés ces films et pour qui se dérouleront les débats ? Certainement pas pour les travailleurs et les étudiants de Venise qui ne participeront en aucune manière à ce Festival, pas plus d'ailleurs que les étudiants et les travailleurs des autres pays. Alors que signifie l'offre des organisateurs du Festival ?
    Rien d'autre qu'une tentative d'intégration et de récupération de l'action politique des Etats Généraux.
    Il se peut que certains camarades aient été abusés par cette pseudo-contestation. Il faut qu'ils s'aperçoivent de leur erreur.
    Nous te demandons par ailleurs de prendre contact avec les organisations d'Etudiants et de Travailleurs de Venise à qui nous avons confié nos films et d'assister aux projections qu'ils consentent d'organiser en dehors du Festival.
Le Conseil Permanent des Etats Généraux : H. ARNAL - S. BARRON - J. CHARVEIN - T. DEROCLES - J. ESPAGNE - W. GLENN - M; HALFORD - J. KEBADIAN - M. KARMITZ - J.P. LETELLIER - A. PETIT - B. VAN GILLANERRE - L. WANJTAL

 

-- Cette lettre était accompagnée d'une déclaration du S.N.E.-Sup :

Le SNE.-Sup s'associe entièrement à la position des Etats Génétaux du Cinéma, et a décidé de ne pas participer aux débats politiques organisés par le Festival de Venise, pas plus qu'au Festival lui-même. Il a confié son film aux associations étudiantes de Venise.

-- A la suite d'un article publié les 9 et 10 septembre par Henry Chapier dans COMBAT, la lettre suivante lui a été adressée par H. Arnal au nom du Conseil Permanent des Etats Généraux avec prière d'insérer. De fait, seules quelques phrases seront citées le 14 septembre par le journaliste :

    Les omissions, fussent-elles à la plus grande glore de la «Beauté du Cinéma», n'éclipsent pas la réalité.
    La falsification et l'omission des faits font peut-être partie de votre conception du journalisme, mais pas de la nôtre.
    Vous renverrons-nous à la lecture de vos confrères italiens qui, contestataires ou non, ont rendu compte des évènements de Venise avec la clarté et l'objectivité quçi conviennent à leur mission d'informateurs.

    Nous sommes donc dans l'obligation de porter à la connaissance de vos lecteurs les faits tels qu'ils se sont déroulés :
    -- Vendredi 8 Août : Réunion du Conseil Permanent des Etas Généraux : rédaction d'une lettre précisant notre position contre les Festivals, en présence d'un représentant du S.N.E.-Sup et de deux représentants des Cahiers du Cinéma, qui participent à la rédaction.
    -- Jeudi 22, le Conseil Permanent, et non «les durs», et toujours en présence de MM. Comolli et Labarthe (Cahiers du Cinéma), reprenant les termes de la lettre du 8 et les renforçant, rédigent un communisqué diffusé par la presse (Cf. Combat 23-8).

    Comment J.L. Comolli, malgré cette position du Conseil Permanent et du S.N.E.-Sup, pouvait-il organiser pour M. Chiarini le programme d'une table ronde politique, incluant des projections de films des Etats-Généraux et du S.N.E-Sup. ?
    Le 2 septembre, par un télégramme à M. Chiarini, nous réaffirmons notre refus de participer à ces manifestations : par la même voie, le Secrétaire Général du S.N.E.-Sup.interdit la projection de leur film La Fleur Carnivore.
    Devant la confusion qui règne à la Mostra, un membre du B.B. du S.N.E.-Sup.et des Etats Généraux, mandaté par ces deux organisations part pour Venise afin de retirer le film La Fleur Carnivore du Festival (film qui a été projeté en dépit de l'interdiction formelle notifiée aux organisateurs, et sans l'accord de ses auteurs). Il doit expliquer notre position et participer à la projection des films des Etats Généraux prévue depuis longtemps et organisée par les Etudiants et Ouvriers de Venise.
    Le 4 Septembre, le réalisateur français Marin Karmitz, à Venise pour y présenter son film : 7 jours ailleurs, devant l'attitude des organisateurs de la Mostra et de ceux de la table ronde politique, envoie cette lettre à M. Chiarini :
    « J'avais décidé de participer au Festival de Venise, parce que comme tout cinéaste travaillant dans la société capitaliste actuelle, j'ai besoin de l'organisation commerciale et publicitaire que constituent les Festivals pour pouvoir continuer à faire des films. «J'appartiens au Conseil Permanent des Etats Généraux du Cinéma qui a pris une position claire contre les Festivals. J'adhère entièrement à cette position qui a été réaffirmée dans une lettre que je viens de signer. Je me rends compte que le fait de présenter mon film à la Mostra alimente la confusion politique autour du Festival, et dessert la position des Etats Généraux, en conséquence, après avoir consulté mes camarades et l'équipe technique du film, je retire le film du Festival.» (M. Karmitz).

    Ce même jour, la projection des films des Etats Généraux est organisée hors Festival avec les étudiants et les ouvriers de Venise; les journalistes, informés, négligent d'y assister (à l'exception de quelques-uns : Positif et des journalistes italiens). Votre attitude concernant ces faits en les escamotant nous semble plus près de jeter de l'huile sur le feu que d'arbitrer ce que vous appelez un conflit. ...« la Mostra, dites-vous, compte plus dans ce qu'elle révèle que dans ce qu'elle couronne.»
    Elle révèle pour nous, si besoin était, la justesse de notre position quant aux Festivals : «ceux-ci étant au mieux un processus d'intégration de la culture par la bourgeoisie et au pire une organisation commerciale au service des marchands de films.»
    Qu'est-ce que cette culture qui va de soi, dans les mains de quelques critiques privilégiés ? A qui est-elle destinée, là où l'on ne réunit que quelques esthètes et les mécènes ? Comment ces critiques peuvent-ils penser combattre aux côtés des milliers de contestataires sur les barricades, si c'est cette culture « sans meeting ni manifeste » qu'ils défendent ? Par contre c'est bien là l'explication des termes insultants qu'ils emploient pour informer de notre participation à des projections organisées par des Ouvriers et Etudiants de Venise.

-- Le 13 septembre, Yvonne Baby, à son tour, mettait en cause dans le Monde, les contestataires vénitiens. Les Etats Généraux et le S.N.E.-Sup envoyèrent au journal, avec prière d'insérer, mais sans résultat, la lettre suivante :

 

Monsieur le Directeur,
  
    A la suite d'un article de votre collaboratrice Yvonne Baby mettant en cause dans LE MONDE du 13 Septembre 1968, d'une part les Etats Généraux du Cinéma et d'autre part le S.N.E.-Sup., nous pensons que les informations suivantes intéresseront voc lecteurs. C'est pourquoi nous vous demandons de bien vouloir publier cette lettre.

    Dans sa réunion du 8 Août 1968, le Conseil Permanent des Etats Généraux et le Bureau National du S.N.E.-Sup. décidaient au nom de leurs organisations de ne pas se faire représenter au Festival de Venise, de n'y envoyer aucun film et de ne pas participer à la table ronde « Cinéma et Politique ». Il n'y a donc pas eu de « représentant des Etats Généraux » à cette table ronde comme l'écrit votre collaboratrice, mais simplement un membre de cette association.

    Ces décisions ne pouvaient être ignorées des organisateurs du Festival, car certains d'entre eux étaient présents à cette réunion. On s'explique mal dans ces conditions que ceux-ci aient laissé croire à la participation des Etats Généraux au Festival de Venise en rédigeant par exemple un paragraphe en ce sens dans le programme officiel et qu'ils aient organisé le matin du mardi 3 septembre une projection d'une copie d'un film appartenant au S.N.E.-Sup. La Société est une Fleur Carnivore contre l'avis formel de ce syndicat (réaffirmé par un télégramme impératif envoyé le 2 septembre à M. Chiarini) et également contre l'avis de l'équipe qui a réalisé ce film.

    D'autre part, ni le S.N.E.-Sup., ni les Etats Généraux ne sont intervenus à l'intérieur du Festival pour le « contester » ou pour soutenir les essais de boycottage du Festival par les membres de l' A.N.A.C. Nous avons simplement voulu empêcher que les dirigeants peu scrupuleux du Festival se servent du nom et des films des Etats Généraux ou du S.N.E.-Sup., pour donner à la Mostra une teinture « révolutionnaire » fort à la mode en ce moment.

 

    C'est pour appuyer cette action que le réalisateur Marin Karmitz a décidé courageusement de retirer de la « Mostra » son film Sept jours ailleurs.

    Quant à « l'enclave libre » que serait resté malgré tout le Palais du Festival, elle ne comprenait certainement pas le bureau de presse de la « Mostra » dont le responsable, sur l'ordre de M. Chiarini a interdit la distribution aux journalistes du tract des étudiants de Venise. Ce tract publiait d'une part les prises de positions du Conseil Permanent des Etas Généraux du S.N.E.-Sup. et de l'U.N.E.F, et d'autre part annonçait la séance consacrée aux films des Etats Généraux organisée par les Etudiants Italiens le soir du mercredi 4 septembre.

 

    La séance de projection a effectivement eu lieu dans des conditions précaires qui contrastaient singulièrement avec le luxe du Palais du Festival. Mais nous aurions été heureux si malgré ces conditions Yvonne Baby que nous avions spécialement prévenue, avait accepté notre invitation.

    Elle aurait pu y voir non pas La société est une fleur carnivore comme elle l'écrit mais 3 films dont le premier décrit les luttes des travailleurs de l'usine de Sud-Aviation à Nantes, dont le second porte sur le combat des étudiants parisiens au mois de Mai, et dont le troisième montre la reprise du travail dans une usine de la région parisienne.

    En espérant que vous voudrez bien faire connaître à vos lecteurs ces informations que la presse italienne avait pour sa part largement publiés, mais dont la presse française n'a en général pas fait état, nous vous prions, Monsieur le Directeur, de bien vouloir agréer l'expression de nos meilleurs sentiments.


 

états généraux du cinéma

 

Permanence provisoire : 50 rue Saint-Georges 75 - Paris (9e)
 

Frais d'adhésion : 10 francs

(Page 1)

MICHÈLE FIRK

 

    Vers les premiers jours de septembre, Michèle Firk a trouvé la mort au Guatémala. Quelles que soient les circonstances exactes de sa fin, suicide pour ne pas parler sous la torture ou bien assassinat policier, il faut tenir pour acquis que cette mort a marqué le terme du combat révolutionnaire qu'elle menait dans les rangs du F.A.R. contre le gouvernement de Mendez Montenegro et ses maîtres américains.

    Michèle, à ceux qui la connurent, n'offrait rien du portrait classique de l'héroïne. Elle avait trop d'humour pour goûter exagérément loes proclamations et les professions de « foi ». Elle aimait trop la vie pour se complaire dans la fascination de la « pureté » et de la mort. Le parti qu'elle avait pris, depuis longtemps puisque déjà, lors de la Guerre d'Algérie, elle participa aux réseaux d'aide au F.L.N., elle s'y était engagée d'une manière d'autant plus complète que son choix était calme, clair et réfléchi : politique.

    Ancienne élève de l'IDHEC, elle avait fait du cinéma l'une de ses armes. Critique, à Cinéma 6... et à Positif, elle savait relier sa réflexion aux analyses politiques qu'elle donnait, par ailleurs, à Partisan et à La Voie Communiste. Animatrice, elle milita depuis les premières heures pour diffuser les quelques films parallèles qui virent le jour pendant notre dernière guerre coloniale; elle s'occupa aussi activement du Ciné-Club Action. Réalisatrice enfin, elle travailla à Cuba avant de s'en aller rejoindre les F.A.R.

    Si elle en est venue à délaisser le cinéma pour une action non plus réflexive mais directe, ce ne fut ni par l'insatisfaction morale ni par un goût équivoque de l'aventure et de l'absolu mais parce que l'un ne pouvait, pour la logique révolutionnaire qui était la sienne, que conduire tout naturellement à l'autre. En un temps et un lieu où la Révolution est trop souvent l'alibi vaguement romantique du réformisme, des compromissions un peu sordides ou de l'admiration béate de soi-même, Michèle Firk donne une leçon élouvante mais aussi et surtout cinglante. Comme le Che qui, sous Arbenz, avait commencé dans le pays même où elle en a terminz, elle nous dit que, contre l'oppression de la bourgeoisie impérialiste, les demi-mesures et la prudence systématique ne sont guère de saison. Le combat, quel qu'il soit, doit être mené jusqu'au bout.

Le Cinéma s'insurge.

Michèle Firk - Le cinéma s'insurge - Etats Généraux du Cinéma N°2

Michèle Firk - Le cinéma s'insurge - Etats Généraux du Cinéma N°2

Le combat, quel qu'il soit, doit être mené jusqu'au bout.

Le Cinéma s'insurge - - Etats Généraux du Cinéma N°2 - Hommage à Michèle Firk

Directeur de la publication : Eric Losfeld

Imprimerie Lienhart et Cie  /  Aubenas   /Ardèche   / France

Etats Généraux du cinéma - Le cinéma s'insurge N°2 - Sommaire

Etats Généraux du cinéma - Le cinéma s'insurge N°2 - Sommaire

Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 07:49

"Le gouvernement veut imposer la Loi Travail contre l'avis d'une grande majorité des citoyen.ne.s. Demandez à François Hollande de renoncer à ce déni de démocratie sur http://49-3.fr !"

"10 mai 2016 — Le premier ministre a annoncé qu'il allait utiliser le 49.3 pour adopter le texte sans aucun vote des député.e.s. Le gouvernement veut imposer la Loi Travail contre l'avis d'une grande majorité des citoyen.ne.s. Demandez à François Hollande de renoncer à ce déni de démocratie sur http://49-3.fr !

En 2006, François Hollande avait dénoncé l'utilisation du 49-3 par la droite pour faire adopter le CPE. Pourquoi ce qui était vrai en 2006 ne le serait plus aujourd'hui ? Commentez, diffusez et partagez la vidéo créée pour l'occasion : https://www.facebook.com/loitravailnonmerci/videos/1585433271786552/

Quelques personnes, contre l'avis des salarié.e.s, des français.e.s et des député.e.s veulent nous imposer une réforme qui dégradera concrètement nos conditions de travail et de vie à toutes et tous et ne créera aucun emploi. Ce passage en force est un aveu de faiblesse du gouvernement, qui n'a plus de majorité pour faire voter sa réforme.

Retrouvons-nous sur les places ce soir, avec Nuit Debout, pour débattre ensemble des moyens pour faire respecter la démocratie et faire tomber la loi travail.

A Paris, un rassemblement est prévu à 18h devant l'Assemblée Nationale : https://www.facebook.com/events/1041846769235385/

Partout en France, rejoignez les rassemblements prévus par Nuit Debout : https://framacarte.org/fr/map/nuitdebout_2186#5/46.362/10.679

A bientôt !

Les initiateurs et initiatrices de la pétition"

(De la page de Caroline de Haas sur Change.org)

"Le 49.3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie". François Hollande, le 9/2/2006...

"Le 49.3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie". François Hollande, le 9/2/2006...

URGENT : François Hollande, renoncez au 49.3 !

http://49-3.fr
 

#onsensouviendra

 

Et nous ne sommes pas obligés d'utiliser les réseaux sociaux pour nous mobiliser ! À vos blogs, à vos sites, à vos pages, à tous vos espaces numériques ou non !

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