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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:09
#NONALABANDON - Photo Catherine Gheselle

#NONALABANDON - Photo Catherine Gheselle

Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle - dans Création plastique et multimédia
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 15:33

Je me propose de prendre un peu de temps pour partager ce petit bijou ! Il y a 3 livrets, cela prendra un peu de temps. À suivre donc...

Et paf, prends ça dans ta poire, cinéma 2016 !

Le cinéma s'insurge - n°1 - états généraux du cinéma by Le Terrain Vague 1968

Le cinéma s'insurge - n°1 - états généraux du cinéma by Le Terrain Vague 1968

Le cinéma s'insurge - N°1 - états généraux du cinéma - Eric Losfeld éditeur - Le Terrain Vague 1968

Le cinéma s'insurge - N°1 - états généraux du cinéma - Eric Losfeld éditeur - Le Terrain Vague 1968

 ÉDITORIAL

 

 

Le cinéma s'insurge n°1 - États généraux du cinéma - 1968


(page 1)

Depuis le vendredi 3 mai 1968 -- la police y aidant -- s'insurger est devenu obligatoire.

LE CINEMA S'INSURGE.

CES TEXTES DOIVENT NOUS SERVIR À PRESERVER DANS LE CINEMA LE SENS DU MOT INSURRECTION.

Contre quoi ?

L'appauvrissement du cinéma français, de ses moyens techniques et financiers, de ses facultés de création, de son public, le sous-emploi de ses travailleurs : ce n'est qu'un seul problème qui appelle des solutions globales.
La recherche de la solution impose un
bouleversement de l'idée que nous nous faisons du cinéma et de sa profession...

LE CINEMA DOIT APPARTENIR AU PUBLIC.

 

...un bouleversement de ses rapports avec le public.
D'ou
UNE RESTRUCTURATION COMPLETE DE SES MOYENS DE PRODUCTION ET DE DIFFUSION.


(page 2)


LE CINEMA DOIT ETRE PRODUIT ET DIFFUSE PAR SES TRAVAILLEURS.
Aujourd'hui, 25 mai, les usines sont occupées; au Quartier Latin, des barricades brûlent toutes les nuits; Lyon, Strasbourg et Nantes sont en émeutes.

TOUT LE CINEMA : LES ETATS GENERAUX.

Depuis le 17 mai, les cinéastes (ouvriers, techniciens, auteurs, producteurs, acteurs, musiciens, journalistes, public, etc.) sans distinction d'emploi ou d'appartenance syndicale, sont réunis en Etats Généraux. Le cinéma se livre à l'éblouissement de la contestation et aux impatiences de la reconstruction. Le cinéma vit dans la fièvre et l'inconfort inévitables et indispensables de cette contradiction.
NOUS AFFIRMONS que toute seolution qui ne tient pas compte de toutes les contradictions inhérentes à l'exercice du cinéma ne peut déboucher que sur la dictature d'une fraction ou l'immobilisme d'une bureaucratie irresponsable.
CES TEXTES SERONT LE TEMOIGNAGE POSITIF DES CONTRADICTIONS QUE NOUS DEVONS INTEGRER pour que se définissent et s'instaurent les conditions d'exaltation de tout de qui fait le cinéma :
TRAVAILLEURS, MOYENS TECHNIQUES ET FINANCIERS, FORCE CREATRICE, PUBLIC.

PLEIN EMPLOI PAR LA PROFUSION ET LA LIBERTE DU TRAVAIL ET DE L'EXPRESSION.

Nous avons assez de confiance dans la communication pour savoir que la libre expression détruit la culture bourgeoise.
Aujourd'hui, 25 mai, nous nous devons de définir les débuts d'un combat.


(page 3)


CE N'EST QU'UN DEBUT, CONTINUONS LE COMBAT.

Sous les faits, nous chercherons la règle. Dans le désordre fécond des confrontations, nous nous sommes engagés vers l'exploration du fond des problèmes. Nous la poursuivrons dans le calme et au-delà du calme.

Aujourd'hui, 25 mai, récit d'un combat.

Le prochain cahier (de revendications) sera consacré aux débats sur les projets de réforme de structures présentés le 26 mai à l'Assemblée générale extraordinaire des Etats Généraux du Cinéma Français.

Ces cahiers s'adressent aux cinéastes (ouvriers, techniciens, auteurs, producteurs, acteurs, musiciens, journalistes, public, etc.). Ils sont ouverts à tous ceux auxquels ils s'adressent.

Ce sont des cahiers de la liberté qui ne s'interdisent que de s'adonner à des polémiques artistiques et de tomber sous le joug d'une fraction.

Que ceux qui veulent que nous poursuivions notre lutte et le récit de nos luttes communes écrivent à


                                                "LE CINEMA S'INSURGE"
                                             Editions "Le Terrain Vague"
                                                    14-16, rue de Verneuil
                                                              PARIS-7e

(Page 4)

                                                  Le début d'un combat

LUNDI 13 MAI

Après plus d'une semaine de révolte étudiante et les barricades de la rue Gay-Lussac, près d'un millon de manifestants défilent de la République à Denfert-Rochereau.
MERCREDI 15 MAI
Création, par 4 jeunes techniciens, de la Commission Cinéma dans le cadre des Comités d'Action de la Sorbonne.
LE CINEMA EST UNE ARME
Depuis le 14 mai, la commission inter-facultés s'attache à assurer des projections. Une cinquantaine de films circulent d'une façon régulière dans quatre centres importants : Sorbonne, Censier, Jussieu, Nanterre. Des projections sont organisées dans différents lycées de Paris et de province, ainsi que dans quelques usines. Les filmsdont nous disposons sont aussi bien des classiques que des films de combat qui n'ont pas toujours un visa de censure.
JEUDI 16 MAI
Les élèves acceptent que l'école devienne le quartier général d'une information permanente par le cinéma, à court et à long terme. Installation d'une salle de projection à l'amphithéâtre annexe de la Sorbonne. Début d'un mouvement de diffusion dans les facultés, les lycées et les usines de Nantes fait démarrer le mouvement de grève. Les directeurs et les cadres sont prisonniers de l'usine. Solidarité étudiants et ouvriers.

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Le cinéma, désormais, est dans la rue
 

(Page 5)

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

LE CINEMA, DESORMAIS, EST DANS LA RUE.

VENDREDI 17 MAI,12 HEURES.
Le bureau du Syndicat des techniciens de la production cinématographique C.G.T. réunit des réalisateurs, des techniciens, des membres du Syndicat français des acteurs, des élèves de l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques et de l'Ecole Nationale de Photographie et de Cinématographie. C'était un bureau syndical élargi. Ceux-ci demandent la participation de professionnels, syndiqués iu non, à une réunion d'information et d'action dans les locaux de leur école de la rue de Vaugirard investie. L'idée s'élargit à la dimension d'une assemblée générale des cinéastes qui sont convoqués à l'E.N.P.C. pour marquer leur solidarité avec les luttes étudiantes et ouvrières, protester contre la répression policière, proposer une action d'ensemble de la profession.
Dans l'après-midi, une autre réunion a lieu au siège du syndicat des techniciens, avec des critiques des «Cahiers du Cinéma», qui sont à l'origine du Comité d'Action Révolutionnaire Cinéma-Télévision. Une décision est prise de fondre les deux mouvements en un seul, de ne pas limiter cette assemblée à une simple consultation des cinéastes mais d'en faire le point de départ d'un véritable mouvement de contestation du pouvoir gaulliste et par là-même des structures actuelles du cinéma français. Les rédacteurs des «Cahiers» proposent alors la dénomination d' «ETATS GENERAUX DU CINEMA FRANÇAIS».

 

                                                COMMUNIQUÉ

I   Le Bureau du Syndicat des Techniciens de la production cinématographique C.G.T. convoque tous les cinéastes et tous les collaborateurs de la profession cinématographique à participer ce soir, à 21 heures, à l'ouverture des assises permanentes du Cinéma, dans les locaux de l'E.N.P.C., 85, rue de Vaugirard, Paris-6°, occupés depuis mercredi 18 heures, par les élèves.
Paris, 17 mai 1968, 14 heures.

II  Considérant qu'un Cinéma et une Télévision libres n'existent pas dans l'état actuel, considérant qu'une infime minorité d'auteurs et techniciens ont accès aux moyens de production et d'expression.,
considérant qu'à tous les niveaux et que pour toutes les catégories professionnelles du Ciném des changements décisifs s'imposent,
considérant qu'aujourd'hui le cinéma a une mission capitale à remplir et qu'il est baillonné à tous les niveaux dans le système actuel,
les réalisateurs, techniciens, acteurs, producteurs, distributeurs, critiques de Cinéma et de Télévision, résolusà mettre fin à l'état des choses présent, ont décidé de convoquer les Etats Généraux du Cinéma français.
Nous vous invitions tous à participer à ces Etats Généraux dont la date sera précisée ultérieurement.

Le Comité Révolutionnaire Cinéma - Télévision.

Le soir même plus de mille personnes se réunissent à l'E.N.P.C. Comité d'Action Révolutionnaire, C.G.T., jeunes et anciens techniciens incontrôlés, Cinéma, Télévision, techniciens, réalisateurs, vieux routiers, jeunes enragés, des critiques, des jeunes producteurs, personne ne représente personne, chacun à sa voix, égale à toute autre. on en attend l'éclatement des structures sclérosées du cinéma.

(Page 8)
VENDREDI 17 MAI -- (Suite).
Film tourné par les ouvriers de Renault dans les usines de Boulogne-Billancourt.
Puisque les étudiants et les ouvriers savent que le cinéma est une arme.
Très violemment, dès les dix premières minutes de la première séance de la première assemblée générale, la contradiction fondamentale qui caractérise la situation actuelle (image et tactique de la révolution) s'est révélée en plein cinéma. En même temps, l'impatience de l'action immédiate s'imposait.
Formés à réfléchir avant d'agir nous découvrions comment l'action et la réflexion se nourrissaient l'un l'autre par une confrontation dialectique immédiate. Le cinéma entre dans le MOUVEMENT.

1° PROPOSITION CONFORME A LA LOGIQUE DE LA SITUATION
-- Vote du principe d'une grève pour investir les moyens de production. Désir d'étendre l'action aux ouvriers du cinéma. Arrêt immédiat dans certains studios.

2° PROPOSITION CONFORME A LA DYNAMIQUE DE LA SITUATION
-- Investissement du C.N.C., considéré comme un point de non-retour.
Cet investissement du C.N.C. se présentait à beaucoup comme une opération folle et exemplaire, semblable à la «prise de l'Odéon» par les étudiants de Censier.
Cette proposition n'a pas été retenue, mais depuis le 17 mai, cet acte refoulé, qu'on en parle ou qu'on le taise, va souvent perturber la conscience des Assemblées Générales.

3° PREMIERE ACTION DIRECTE :
                                             L'AFFAIRE DE CANNES;

I. -  «L'Assemblée d'information et d'action du cinéma français, rassemblant le 17 mai 1968 plus de mille professionnels, réunis à l'Ecole Nationale de Phototgraphie et de Cinématographie de la rue Vaugirard, investie par ses élèves depuis le 15 mai, demande à tous les réalisateurs, producteurs, distributeurs, acteurs, journalistes, membres du jury, présents à Cannes, de s'opposer, en collaboration avec leurs homologues étrangers et par les moyens qui leur sont propres, à la continuation du Festival afin de montrer leur solidarité avec les travailleurs et les étudiants en grève, de protester contre la répression policière et d'exprimer par là leur volonté de contester le pouvoir gaulliste et les structures actuelles de l'industrie cinématographique» (17 mai, 22h).
II. -  «Le Festival de Cannes est arrêté. Le cinéma entre en lutte contre le pouvoir gaulliste. En signe de solidarité avec les mouvements étudiants et ouvriers, le cinéma a réuni ses Etats Généraux depuis le 17 mai et a déclaré par voie de presse son intention de déclencher une grève générale pour toute la production cinématographique. Les cinéastes, journalistes, producteurs qui se trouvent à Cannes retirent leur participation au Festival. Nous refusons d'être les moyens d'un abrutissement général au service d'une société capitaliste que nous remettons en question. Nos objectifs sont ceux de tous les travailleurs actuellement en lutte. Nous voulons la réorganisation des moyens de production et de distribution, la suppression des censures; nous voulons faire le cinéma libre d'un peuple libre».

(Page 10)
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                                      Flashback à propos de Cannes

13 MAI.
A la demande de la majorité des critiques présents, le Festival s'arrête pour vingt-quatre heures. Dans la matinée, des étudiants et lycées cannois et niçois encadrés par des responsables de l'U.N.E.F. se réunissent devant le Palais. L'après-midi, un producteur, des metteurs en scène et journalistes participent à la manifestation de Nice. Quelques autres sont restés pour participer à celle de Cannes.
16 MAI.
Convoqués par Jean-Louis Bory, des journalistes se réunissent pour adopter une ligne de conduite face aux évènements. On discenerne déjà les tendances qui s'affronteront : quitter le Festival ou le réformer. Une troisième tente de se dessiner : donner son sang pour les blessés.
18 MAI.
Le malaise, entre-temps, s'est aggravé. Les films, exception faite de la Semaine de la Critique, sont projetés dans l'indifférence. A dix heures trente, dans la petite salle Jean-Cocteau doit se tenir une réunion du Comité de Défense de la Cinémathèque. En fait, et normalement, l'Affaire Langlois cède le pas à une actualité plus pressante (dont par certains côtés elle a été le prélude). François Truffaut dit son étonnement de voir en d'aussi graves circonstances le Festival continuer comme si de rien n'était et c'est le Festival lui-même qui est mis en cause. Si l'avis général est à peu près unanime (il faut arrêter le cours normal du Festival), l'opposition continue de se préciser enctre ceux qui veulent purement et simplement arrêter et ceux qui, les uns sincèrement, les autres plus ou moins hypocritement, rêvent d'un transformisme plus ou moins révisionniste.
A midi, Jean-Luc Godard propose que l'on occupe la grande salle, ce qui est fait. Au fur et à mesure que la salle se remplit, on vit dans l'attente de deux nouvelles qui seront déterminantes pour le cours ultérieur de l'action entreprise. La première est la décision du Jury qui délibère sur son retrait éventuel. Au terme de cette délibération, Louis Malle annonce que lui-même, Monica Vitti, Roman Polanski et Terence Young ont démissionné. La seconde est le retrait des films par leurs metteurs en scène et producteurs : Carlos Saura, Alain Resnais, Jan Nemec, Milos Forman, Claude Lelouch (deux films), Salvatore Samperi, Richard Lester et, dans la foulée, Mai Zetterling. Cette attente est meublée par un certain nombre d'interventions plus ou moins violentes (avec ou sans micro). Certains pensent en toute bonne foi mais un peu utopiquement qu'il serait possible de transformer cette salle en un équivalent de la Sorbonne ou de l'Odéon. D'autres veulent s'en tenir à des réformettes du genre «supprimons les noeuds papillons» -- bon prétexte pour continuer à faire des affaires. Aux deux extremités on trouve :
1° Le point de vue révolutionnaire de M. Thévenet, déguisé en enragé, et qui veut assurer contre la montée du «fasisme» la continuation d'un Festival à grenouillage libre. Il sera épaulé dans son action par M. Cosne avec lequel il tentera de former une Section Spéciale pour éliminer les agitateurs. MM. Weil-Lorac et Bercholz les rejoindront.
2° Le point de vue de ceux qui pensent que, quoi qu'il en soit ultérieurement, rien ne sera possible tant qu'un coup d'arrêt ne sera d'abord donné : la fermeture pure et simple du Festival. Sur ces entrefaites, une première déclaration de Favre-Lebret qui apparaît sur la scène : le Jury s'étant reconnu, suite aux démissions, dans l'incapacité de remplir ses fonctions, le Festival, désormais, cesse d'être compétitif.
Le public, qui a continué d'entrer dans la salle, réclame la projection prévue (Peppermint frappé, de Carlos Saura, avec Géraldine Chaplin). L'atmosphère devient houleuse. Les opoosants continuent de se regrouper sur la scène. Un mot d'ordre : empêcher la projection. Une bousculade violente se produit. Godard perd une fois de plus ses lunettes. Le film commence. Tous s'accrochent au rideau. Quelqu'un dans les coulisses, arrache les fils du son. Géraldine Chaplin se débat durement et sainement contre un contradicteur qui l'insulte. La projection doit s'arrêter. La lumière se rallume.
Favre-Lebret, peu après, vient faire une seconde déclaration. Les projectionsde l'après-midi et de la soirée n'auront pas lieu. Les manifestants des deux bords évacuent la salle avec plus ou moins de bonne volonté. La discussion reprend dans la salle Jean Cocteau.
Au cours de celle-ci, les tendances s'affrontent avec plus de vigueur que jamais, car Favre-Lebret a indiqué que l'interruption n'était que momentanée et que les projections reprendraient le lendemain, sur la base de la non-compétition, et dans la mesure où les producteurs n'interdiraient pas la projection de leurs films.
Une arme est périodiquement brandie par les partisans d'une continuation plus ou moins hypocrite du Festival, et cette arme, c'est le respect que nous devons à nos amis étrangers invités par la France à la manifestation. En fait, il s'agit d'une manoeuvre désespérée des producteurs (appuyés par certains critiques) pour projeter leurs films, quoiqu'il arrive, et continuer leurs affaires. Il se trouve que cette arme est régulièrement désamorcée par un certain nombre de ces mêmes amis étrangers qui, critiques ou réalisateurs, se joignent très volontiers au mouvement de protestation (et certains, dont Carlos Saura, de façon particulièrement méritoire). Sans parler des délégations venues là au titre de la Semaine de la Critique et dont aucune ne manquera de prendre une position saine.
Cette semaine de la critique pose d'ailleurs un cas, dans la mesure où son action, purement désintéressée, marginale et éducative, pourrait être par certains dissociée du mouvement général de grève et de protestation pour des raisons apparemment (ou réellement) généreuses, mais qui n'en représentent pas moins un grave danger, car la moindre faille dans le mouvement risque de stopper celui-ci (et de laisser, même par la bande, le champ libre à un certain commerce).
Vers 19h30, la séance est interrompue pour des raisons nutritives. Au cours de cette interruption, deux événements essentiels. Une délégation conduite par Henri Chapier se rend auprès du secrétariat général pour imposer la transformation de la salle en enclave libre de discussion. Ceci est paternellement octroyé par m. Favre-Lebret qui, plus malin que le recteur Roche, sait céder sur certains points (fût-ce pour des raisons douteuses) afin de ne point provoquer d'explosion. Une seconde délégation, formée de trois producteurs, vient de son côté, faire machine arrière. Reniant les engagements pris dans l'après-midi, ils donnent à nouveau leur autorisation de producteurs pour que les films soient projetés.
La séance reprend à 21 heures. Le ton bientôt monte encore. Le débat se centre rapidement autour de deux positions, avec l'inévitable intermède de la défense de nos amis étrangers. Cela ira si loin dans le ridicule que (outre l'intervention de critiques étrangers qui devront remanifester leur solidarité avec nous) Carlos Saura devra intervenir de nouveau pour demander avec beaucoup d'humour qu'on ne fasse pas de lui un martyr.
Notre position (celle de la grève totale)voit le nombre de ses partisans s'amenuiser. La vigueur de leurs interventions n'en est pas moins efficace.
La seconde position est un appel doucereux à la «raison». Il se trouve des critiques syndiqués qui veulent bien faire grève à condition de travailler et qui veulent bien arrêter le Festival à condition de voir leurs films.
Après des heures de ce genre d'affrontement, un groupe se réunit pour essayer de concilier les deux points de vue. Il n'en sortira qu'une vague motion de solidarité qui ne satisfera personne.
19 MAI
Le matin, nouvelle réunion dans la petite salle. L'atmosphère est au désarroi, car les fanatiques de la continuation se rendent compte, que déjà, tout est en train de s'arrêter.
Dernières interventions de quelques critiques et réalisateurs présents.
A midi, suite à une dernière déclaration de Favre-Lebret qui s'estime dans l'incapacité de poursuivre le Festival, celui-ci est clos.
Sur la terrasse, on commence à descendre les drapeaux.
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REVUE DE PRESSE :
«LE FIGARO» (sic).

«Dans la petite salle baptisée Jean-Cocteau, les Enfants de la Cinémathèque tiennent une séance dont le pretexte officiel est l'examen des problèmes posés à Langlois par le nouveau statut de cet organisme. Ils ne tardent pas à parler d'autre chose. Et décident que le Festival doit prendre fin. Jean-Luc Godard, François Truffaut, et Claude Lelouch sont chargés de transmettre la nouvelle à l'Assemblée des Cinéphiles mondiaux.

Samedi midi.
Le trimuvirat accueilli par un auditoire houleux suggère l'occupation de la grande salle et l'instauration d'un débat permanent. Albicocco et la majorité des personnes présentes semble hostile aux orateurs sans que soit mis en cause le principe envers les revendications populaires.

Midi trente.
La vedette italienne Monica Vitti, que l'on sentait un peu nerveuse, répond à la convocation d'André Chamson, car elle fait partie du Jury. Un peu plus tard, elle se joint à Louis Malle, Roman Polanski et Terence Young, démissionnaires. Le Jury constate alors qu'il n'est plus en état d'exercer ses fonctions. Il en fait part à Robert Favre-Lebret, délégué général.

Quinze heures
Après avoir pris l'avis du conseil d'administration =, Favre-Lebret vient dans la salle et d
emande que l'on considère l'aspect international de la manifestation. Il propose que soient présentées les oeuvres étrangères, sans compétition. Echange d'invectives dans le public. On tente de projeter Peppermint frappé. Godard et Truffaut s'accrochent au rideau pour l'empêcher de s'ouvrir. Le rideau les entraîne. Les plus enragés des Enfants de la Cinémathèque menacent alors de mettre le feu au Palais. Les producteurs, qui étaient restés relativement calmes dans la journée, se mettent en colère.

Dimanche matin.
Tentative des producteurs pour organiser une projection en filtrant les entrées. Les membres les plus éminents de la profession, MM Weill-Lorac, Bercholz, Francis Cosne, assurent eux-mêmes la police et, formés sur deux rangs, vérifient les cartes d'entrées.
Midi
Le comité décide que le Festival est définitivement clos.
Impression finale.
Amertume et rancune chez les industriels du film qui s'estiment trahis par un jeune cinéma dont ils ont fait le succès.» Louis CHAUVET

«JOURNAL DU DIMANCHE»
Article de Michel Aubriant,

«Cette effervescence, il faut bien le reconnaître, ne dépasse jamais le stade du folklore et du chahut de potaches. Les motions de protestation de la «vieille garde" des producteurs,délibérant dans les salons d'un palace, transis de peur à l'idée que de jeunes ogres allaient croquer leurs privilèges, n'apparurent pas plus sérieuses. Les gens de spectacle aiment à se donner en spectacle. Il y avait une part de «cinéma» dans tout cela...»
Par la dérision, l'assimilation aux potins de commères mondaines, M. A. assimile le cinéma à ce qu'il voudrait qu'il soit.
«...Nous avons assisté au dernier des Festivals de Cannes. Balayé par les évènements, le Festival, déjà malade de vieillesse, ne s'en relèvera pas, à moins d'un miracle. Nous avons assité probablement à l'une des dernières compétitions internationales de cinéma. Il y a deux ou trois ans que Venise ne représente plus rien. Berlin n'est pas à l'abri de troubles provoqués par les amis de Rudy le Rouge..."
Dans une contradictoire incohérence, le microbe bourgeois valorise en pleurant ce qu'il tournait en dérision. Il espère par ce tour de bonneteau jouer les accusateurs.
«...Les grands bénéficiaires de la faillite des festivals seront les producteurs américains, qui les ont toujours boudés, se refusant à y envoyer leurs films de prestige. Cannes, en une soirée, avait créé Lelouch et Lester. Les futurs Lelouch et Lester peuvent attendre. Ils sont condamnés désormais à de longues années d'oscurité...»
M.A. par une fausse analyse de la situation, tente d'écraser ses adversaires sous des complexes de culpabilité. On dirait du Pompidou.

«LE MONDE»
«Cannes, 20 mai. Dimanche, à midi, le vingt-et-unième Festival de Cannes a été officiellement clos. Après vingt-quatre heures de discussions, de controverses, de querelles et même parfois de violences
Depuis le lundi 13 mai, un malaise pesait sur la manifestation cannoise. Ce jour-là, les projections avaient été suspendues à la demande de l'Association française de la Critique, qui s'était solidarisée avec le mouvement universitaire.
Ce malaise allait brusquement s'accentuer dans la matinée du samedi 19 mai, à l'occasion de la conférence de presse donnée par le Comité de Défense de la Cinémathèque. En effet, dès l'ouverture de la séance, certains réalisateurs français parmi lesquels Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Lelouch, Jean-Gabriel Albicocco, Claude Berri, Jean-Louis Richard, faisaient part de la résolution adoptée la veille par les «Etats Généraux» qui avaient rassemblé un millier de professionnels à l'Ecole de Photographie et de Cinématographie de la rue de Vaugirard. Conformément à cet appel, Louis Malle donnait sa démission de membre du Jury. Cette démission était bientôt suivie par celles de Monica Vitti, Roman Polanski, Terence Young et Serge Roullet ( ce dernier, membre du jury des courts-métrages). Peu après, Alain Resnais, Michel Cournot, Dominique Delouche, l'Espagnol Carlos Saura, les Tchèques Milos Forman et Jan Nemec, le Britannique Richard Lester, l'Italien Salvatore Samperi, ainsi que Claude Lelouch et François Reichenbach, dont le long-métrage sur les Jeux Olympiques d'Hiver devait être projeté à la séance de côture, retiraient leurs films du Festival.
Il est évident que, d'une manière ou d'une autre, le Festival de Cannes ne pouvait pas ne pas réagir aux évènements actuels. En définitive, l'essentiel est que les affrontements passés de l'ordre artistique à l'ordre politique n'aient pas été plus graves.
Etant donné les circonstances, ils auraient pu le devenir et c'est pourquoi il fallait interrompre le Festival.» Jean de Baroncelli et Yvonne Baby

 


(ndlr : à suivre, sous peu)

                                                                                                      
 

Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle - dans Média tiques
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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 09:04

Ce matin en lisant mes mails, je trouve une info dans Graphiline qui me met le sourire aux lèvres et en ces temps difficiles, c'est assez rare ! RétroNews, le nouveau site mis en place par la BNF donnerait accès gratuitement à 3 siècles de presse !! Laissant tomber toutes mes petites obligations matinales, je me rue sur le dit site...et m'aperçois très vite que ce n'est pas gratuit du tout...Rétro, c'est trop, publicité dans la cité...

Et voila le coup marketing d'un établissement public qui en passant par une filiale me propose de consulter les archives de MON patrimoine pour un montant de 15 euros par mois si je choisis l'abonnement le moins sophistiqué...Ah ah ! On peut consulter gratuitement jusqu'au...30 avril ! C'est à dire que dans dix jours le même contenu sera bel et bien payant...Je dis, argent trop cher, trop grand...

Zeste ! J'essaie de contacter le journaliste pour lui faire part de mon étonnement quant à la teneur de son article mais pour commenter son papier...il faut que je m'inscrive sur Facebook ! Parlez dans l'hygiaphone...

Partie à la chasse aux infos sur cette affaire que je trouve décidément trop injuste, je tombe sur un excellent article dont je vous indique le lien plus bas et qui m'éclaire sur les procédures utilisées par l'organisme public. Entendons nous : je trouve tout à fait normal par exemple que Gallica tarifie les utilisations de contenus pour les usages commerciaux ou pour l'envoi de reproductions d'images car nous pouvons ainsi contribuer à l'effort de numérisation de notre patrimoine. Mais qu'une société privée s'en empare et nous en interdise l'accès sauf finances me révolte.

Le principe des vases communicants expliqué aux enfants - Image gratuite issue de mon propre fond documentaire :)

Le principe des vases communicants expliqué aux enfants - Image gratuite issue de mon propre fond documentaire :)

L'article dont j'ai parlé plus haut émane visiblement d'un juriste et bibliothécaire. J'ai lu avec intérêt le passage où il indique s'être rendu compte que les contenus de Rétronews (pour l'instant une cinquantaine d'articles) sont actuellement gratuits sur Gallica. Tout à coup je repense à cette bonne vieille expérience faite en classe du principe des vases communicants !!!
Faire passer un contenu liquide d'un récipient à un autre ! Ah la belle opération obtenue grâce à la pression de l'air ! Eh bien elle sera ici exercée par la pression de l'argent et sur des contenus numériques ! Gageons qu'une fois que le contenu de E sera passé complétement dans F, soit de Gallica gratuit à RetroNews payant, il ne sera plus du tout possible de consulter sauf bien sûr à condition de payer...J'enrage ! Car il s'agit bien du même contenu...Mais faudrait pas que j'me laisse aller, faudrait pas que j'me laisse aller ! La bombe humaine c'est toi elle t'appartient, si tu laisses quelqu'un prendre en main ton destin ♫

L'article cité plus haut à lire pour bien comprendre le contexte :
"RetroNews ou la logique du Premium (mal) appliquée au domaine public" par Calimaq
https://scinfolex.com/2016/04/03/retronews-ou-la-logique-du-premium-appliquee-au-domaine-public/


Catherine Gheselle

Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle - dans Média tiques
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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 07:36
Nébuleuses arènes de Nîmes - Catherine Gheselle

Nébuleuses arènes de Nîmes - Catherine Gheselle

Si vous voulez voir mes autres photos, rendez-vous à :
http://gheselle.canalblog.com/


 

Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle - dans Création plastique et multimédia
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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 17:16
Olivier centenaire du Pont du Gard - Catherine Gheselle

Olivier centenaire du Pont du Gard - Catherine Gheselle

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 08:24
Poisson d'avril - Pablo Picasso

Poisson d'avril - Pablo Picasso

Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 21:42
Pétunia - Catherine Gheselle

Pétunia - Catherine Gheselle

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 06:04

Grande journée de manifestation aujourd'hui sur toute la France. Les jeunes seront nombreux dans les rues pour tenter de défendre un avenir meilleur. Tenter, car les chances sont inégales, hélas. À lire dans le Monde diplomatique de ce mois d'Avril 2016, un article de Vanessa Pinto sur cette inégalité : "Deux jeunesses face à la « loi travail »"

http://www.monde-diplomatique.fr/2016/04/PINTO/55207

Avec, comme toujours dans le Monde diplomatique, une superbe illustration.

 Jacques Villeglé. – « Métro Arts-et-Métiers », 1972 Exposition, du 8 avril au 13 mai 2016, à la galerie Vallois, Paris. Galerie Gp & N, Paris - Photo : Serge Veignant

Jacques Villeglé. – « Métro Arts-et-Métiers », 1972 Exposition, du 8 avril au 13 mai 2016, à la galerie Vallois, Paris. Galerie Gp & N, Paris - Photo : Serge Veignant

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 19:44
Image de l'émission "Désintox" sur Arte - Émission 28 Minutes - 29-03-2016

Image de l'émission "Désintox" sur Arte - Émission 28 Minutes - 29-03-2016

Les chiffres de la précarité annoncés par Manuel Valls revus et corrigés par Désintox. Un graphisme excellent qui mêle sobriété et efficacité !

Voir l'émission en entier ("Désintox" sur Arte - Émission 28 Minutes - 29-03-2016)  :
http://www.dailymotion.com/video/x40wqqy_loi-travail-les-chiffres-precarises-de-manuel-valls-desintox-29-03-2016_news

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 07:34

L214 vient à nouveau de diffuser une vidéo sur la souffrance animale dans les abattoirs. Ce n'est pas supportable, il faut agir. La vidéo est très dure. Des agneaux et des veaux sont massacrés, le terme n'est pas trop fort. Leur existence déjà si courte s'est terminée dans l'horreur...

Merci de vous rendre sur le site de L214 pour signer la pétition. Grâce à leur engagement et leur efficacité, une commission d'enquête sur les abattoirs a été validée à l'Assemblée nationale. Il faut continuer à lutter contre la terreur et l'agonie que subissent les animaux.

http://www.l214.com/enquetes/2016/abattoir-made-in-france/mauleon/

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