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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 21:08
LOI TRAVAIL, 49.3 -- JEUDI : ON ARRÊTE TOUT - Pyb

LOI TRAVAIL, 49.3 -- JEUDI : ON ARRÊTE TOUT - Pyb

Rubrique Nécrologie - Blog de Nuit Debout

Rubrique Nécrologie - Blog de Nuit Debout

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 19:00

Le 49.3 est un déni de démocratie parfaitement légal...Comment expliquer aux enfants ce genre d'oxymore politique ?!

Le 49.3 est un déni de démocratie parfaitement légal. Comment expliquer aux enfants ce genre d'oxymore politique ?! Détournement Catherine Gheselle

Le 49.3 est un déni de démocratie parfaitement légal. Comment expliquer aux enfants ce genre d'oxymore politique ?! Détournement Catherine Gheselle

Retrouvez ce billet et d'autres cris de colères et d'espoir sur Gazette Debout, le journal indépendant de la Nuit Debout :

https://gazettedebout.org/

https://gazettedebout.org/2016/05/24/dessins-debout-expliquer-larticle-49-3-aux-enfants/

Photo Nuit Debout - Gazette Debout (DR).

Photo Nuit Debout - Gazette Debout (DR).

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 21:44

Voici à présent le n°3 de ces petits fascicules des États Généraux du cinéma de Mai 1968 ! Je n'en possède hélas plus d'autres.

Partageons, partageons, des idées nouvelles viendront :)
J'ai recopié tel quel en respectant au mieux la mise en page et les choix d'édition des auteurs.
J'ai recopié aussi les quelques fautes et coquilles.

J'ai pu moi-même produire quelques fautes de frappe, n'hésitez pas à me le signaler.


Voir également :

Le cinéma s'insurge - États généraux du cinéma n°1 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/04/le-cinema-s-insurge-n-1-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma s'insurge n°2 - états généraux du cinéma
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-s-insurge-n-2-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma au service de la révolution - Etats Généraux du Cinéma n°3

Le cinéma au service de la révolution - Etats Généraux du Cinéma n°3

Etats généraux du cinéma

 

BULLETIN N°3

 

 

                       HISTORIQUE


La répression
Les Etats Généraux depuis Mai


______________________________________________________________________________

 

                        METHODE ET POLITIQUE

Pour un cinéma militant
Expérience d'une diffusion politique
Paris-Mexico : un même combat


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                       INTERNATIONALISME

Le Festival « révolutionnaire » de Leipzig
Belgique : la ligne générale, groupe d'action cinématographique


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                       LES FILMS

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                        Directeur de la publication : Jean-Louis Pays

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                                                 Editions du Terrain Vague
                                                     14-16, rue de Verneuil
                                                          75 - Paris (7°)

LA REPRESSION

 

    Il y a une « logique » de la répression bourgeoise. Après un retour à l'ordre, justifié en apparence par l'électoralisme, il s'agit pour le Pouvoir Gaulliste d'éteindre ce qu'il ne veut considérer que comme les dernières flammèches d'un incendie alors qu'il sait très bien qu'il lutte contre la menace d'un nouvel embrasement. La dissolution des « groupuscules », les entraves systématiques apportées à la diffusion des journaux issus de Mai, les arrestations et les condamnations arbitraires sont les méthodes successives ou simultannées de ses attaques. C'est aujourd'hui le tour du cinéma militant.

    Le 23 novembre, c'est l'épisode de Feldkirsch (Haut-Rhin). D'importantes forces de Gendarmerie Mobile cernent la Maison des Jeunes et de la Culture où doivent être projetés quatre films dont deux sur les évènements de Mai. Les films sont saisis, les identités des spectateurs vérifiées. On arrête le directeur de la Maison. Il sera libéré peu après mais démis de ses fonctions. Ce directeur est aussi instituteur, aussi deux jours plus tard, trois memebres du Comité d'Action Civique local iront trouver le député de l'endroit pour demander qu'une sanction administrative soit prise conter lui et qu'il soit déplacé. Bien entendu la presse locale réagit dans le sens du courant, en déformant plus ou moins les faits. Une pétition en faveur de l'instituteur fera hésiter le député. Il cherchera plutôt à étouffer l'affaire, avant qu'elle ne vienne en justice, encore que les motifs de l'inculpation soient mal définis. Après Feldkirsh ce sera Maubert. Une provocation est montée lors d'une réunion du Comité d'Action. Puis Sartrouville, où un investissement policier de la salle de projection échoue de peu.

    Le CAL du Lycée Chaptal demande l'autorisation d'organiser une projection de films. Le Conseil d'Administration la lui refuse, sous le prétexte qu'il s'agit de cinéma politique. Le 7 décembre, des élèves demandent les motifs de cette interdiction au Proviseur qui fait appel à la police. Plusieurs dizainesde lycéens sont arrêtés. Edgar Faure ferme le Lycée et, malgré un recul de dernière minute (les élèves du Second Cycle devaient à nouveau solliciter leur inscription, ce qui aurait permis d'éliminer les trublions) laisse encore planer la menace de sanctions disciplinaires.

    Le 17 décembre, c'est le tour de Toulouse. Une lettre écrite par une étudiante de Première année, le 18, raconte l'opération. « Hier soir, une projection de films sur Mai a été interdite et les lumières coupées à la Fac. Nous étions environ 800 réunis dans la cour, devant un amphi (celui qui nous avait été refusé). Une délégation a été voir le Doyen mais celui-ci a refusé de les recevoir et de rétablir les lumières. Et puis, tout à coup, les flics sont arrivés (il y avait environ 20 cars autour de la Fac mais personne ne croyait qu'ils interviendraient ainsi). On a essayé de rester calme et de s'asseoir par terre, mais ils ont chargé et jeté des grenades au chlore ! Ça a été la panique, parce que nous étions coincés dans la Fac. Nous avions très peur au début (je n'avais jamais eu aussi peur de ma vie) quand nous avons vu ces rangées de flics casqués avancer vers nous et matraquer les gens.»

    «Nous sommes partis en courant, mais nous étions coincés dans un coin de la Fac. Et avec les grenades nous pleurions et nou toussions affreusement. Le service d'ordre était débordé et ça allait mal mais soudain, on nous a dit que les flics nous laissaient sortir. Et on a dû sortir entre deux rangées de flics ricanants et menaçants. Il y avait un dispositif terrible et on nous a guidé à travers les rues pour nous disperser. Mais une partie des étudiants a été prise entre deux cordons de flics et le matraquage a continué, dans la rue puis Place du Capitole. Les filles et moi nous nous sommes enfuies par des petites rues mais il nous a été impossible de rentrer chez nous...»

    « Il y eut peu de blessés mais nous avons vu des filles par terre et une qui a été emmenée à l'Hôpital (une grenade l'a blessée)...

    J'ai eu peur mais je suis très heureuse d'y être allée parce que maintenant je comprends mieux ce que ressentent les étudiants et je suis encore plus décidé à « continuer le combat ». Quant aux flics, je n'avais jamais encore vu ni ressenti quelque chose d'aussi horrible. Voir de ses propres yeux un flic matraquer une fille ! ... Presse et radio ont étouffé cet «le plus possible...»

    Trois leçons peuvent être tirées. La première est que la disproportion apparente des moyens mis en oeuvre et du but visé (deux cent gendarmes à Feldkirsh, vingt cars de police à Toulouse pour empêcher une projection de films) ne fait que souligner l'efficacité du cinéma militant. L'Etat bourgeois connaît parfaitement l'importance de ce qu'il combat. La seconde est que, loin d'intimider, ce déploiement de force, puis de violence, a un effet mobilisateur. La troisième est, par ailleurs, son inefficacité complète. La fluidité de la diffusion, parce qu'elle est l'affaire des militants eux-mêmes et non d'une organisation bureaucratique et centralisée, ridiculise les invasions de flics casqués. Il y a, certes, une « logique » de la Répression mais qui va à l'inverse des résultats qu'elle veut obtenir puisqu'elle multiplie et renforce ce qu'elle veut étouffer.

LES ETATS GENERAUX DEPUIS MAI

 

    Les Etats Généraux du Cinéma, nés le 19 mai 1968, ont rassemblé pendant quelques semaines 1 500 personnes environ, cinéastes ou non, entraînés par le mouvement. Ces Etats Généraux réunissaient les tendances les plus diverses : opportunistes de droite, sociaux-démocrates, révisionnistes et révolutionnaires étiquetés plus tard gauchistes. Cet amalgame douteux aura pour sonséquences diverses aventures parallèles et successives des Etats Généraux, dont il serait difficile de chercher l'unité de sens politique.

    1. -- Les premières actions sont :
   --  Mot d'ordre de grève illimitée pour toute la profession cinématographique.
   --  Tournage de documents sur les évènements.
    Mais dès le premier soir, le P.C.F. et la C.G.T. éludent la proposition d'une grève active au service du mouvement pour se contenter d'un mot d'ordre de grève passive, classique, non politique, qui se limitera rapidement à de simples revendications salariales.
    La grève des laboratoires français étant totale, les documents filmés ne pourront être développés dans les délais qui auraient permis de substituer à l'information tronquée de la télévision, de la radio et de la presse, une information politisée et vivante au bénéfice du mouvement.

    2. -- D'autre part, la pression, sous prétexte d'urgence, des modérés de tous poils engage les Etats Généraux dans la voie des réformes des structures du cinéma, préoccupations toutes corporatistes visant à aménager un rouage du système capitaliste sans l'abattre dans son ensemble. Les Etats Généraux se fourvoient dans de longues et infructueuses palabres aboutissant à 19 projets de réforme, puis à 4 (dont 3 réformistes et un plus audacieux qui fut taxé d'utopisme), le tout se terminant par une simple motion d'orientation. Les projets de Suresnes sont un fiasco pour les opportunistes de la révolution et un fructeux exemple d'erreur politique pour les autres.

   3. -- A l'issue du mois de juin, les rangs des E.G. s'amenuisent. On s'interroge sur leur avenir. Pour s'organiser efficacement, ils se constituent en association légale et adoptent comme préambule à leurs statuts la motion de Suresnes.
   Soutenir les films de Mai devient une préoccupation essentielle.
   Les E.G. ne sont plus dès lors la réunion de tous les gens que le cinéma concerne mais l'organe de lutte de tous ceux qui voient dans le cinéma une arme du combat révolutionnaire.

   4. -- Pendant tout l'été, l'orientation politique des E.G. se précise; l'essentiel du travail politique des E.G. se concentre sur la diffusion des films tournés en Mai.

   5. -- Décembre 68 : En Assemblée Générale, l'Association fait le bilan et trace les grandes lignes de son action future. Elle y fait ratifier des rapports d'activité dont la plupart constituent le fond de cette revue.

POUR UN CINEMA MILITANT

 

     Résolument engagés aux côtés du prolétariat et de ses alliés dans leur lutte anti-capitaliste et anti-impérialiste, les Etats Généraux du Cinéma se sont concrètement posé le problème de la fonction du cinéma dans notre société.
   
    Voici les premières réponses qu'ils sont en mesure d'apporter :

    La dictature bourgeoise sévit à tous les niveaux. Le cinéma, la télévision, industries et spectacles, ne sont pas seulement une source de profit pour quelques-uns, mais ils constituent aussi une arme idéologique aux mains de la classe au pouvoir. Aussi les capitalistes tiennent-ils à ce que le cinéma reste, comme toutes les branches de l'activité sociale, un de leurs monopoles. Ils ont à cet effet installé un système qui s'exerce comme contrainte pour les travailleurs de la profession comme orientation idéologique pour le public.

CE SYSTEME COMPORTE DEUX ASPECTS :

    L'un est répressif :

-- censure gouvernementale entraînant l'auto-censure,

 

-- cloisonnement sociaux, économiques, idéologiques dans la production et dans la distribution.

    L'autre libéral mais en réalité destiné à renforcer leur emprise :

 

-- mascarade des soi-disants professionnels de la critique qui ne sont rien de plus que des publicistes défendant ou attaquant des produits concurrentiels,

-- mascarade d'une prétendue intelligentsia en réalité frange d'esthètes coupés de la réalité sociale.

    Les festivals qui se rattachent à l'aspect libéral du système par leur masque d'effervescence culturelle sont en fait des foires commerciales. Quant à leur prétendue signification culturelle, elle se réduit par le jeu des prix et des campagnes de presse à des tentatives d'intégration d'oeuvres qui choquent momentanément les valeurs admises.

    Il découle de cela que tout film qui ne se situe pas intégralement et de la façon la plus claire et la plus précise sur les positions de lutte du prolétariat est inéluctablement récupéré par la bourgeoisie.

    Pour réaliser cette rupture idéologique nous nous prononçons pour l'utilisation du film comme arme de lutte politique.

 

COMMENT LE FILM PEUT-IL ETRE UNE ARME DE LUTTE POLITIQUE ?

--   Il peut donner des informations que la presse bourgeoise, ecrite et parlée, ignore délibérément (grèves locales, licenciements, lutte révolutionnaire de tous pays).

-- Il peut aider à analyser les mécanismes du système capitaliste afin d'en révéler les contradictions et par-là, aider à les combattre.

-- Il peut servir à populariser, à comprendre, à tirer des enseignements de toutes les formes de luttes révolutionnaires, remplissant dans tous ces cas une fonction critique et mobilisatrice.
Dès lors, il est nécessaire de lier le plus possible, en fonction des situations objectives et des possibilités d'action qu'elles impliquent, cette rupture idéologique à une pratique militante.


C'EST POURQUOI NOUS DEFENDONS :

    1.  l'utilisation des films comme arme de lutte politique telle que nous l'avons définie plus haut et sur lesquels tous les militants concernés par ce film exercent un contrôle politique aussi bien dans la réalisation que dans la diffusion.

    2.  l'utilisation de films comme base d'échanges d'expériences politiques, d'où nécessité de faire suivre chaque film de débats à partir des problèmes concrets qui l'ont suscité. Cette méthode doit permettre aux travailleurs d'orienter d'autres réalisations selon les nécessités de la lutte et permettre d'y inclure les solutions qu'ils proposent.

    3. 
l'utilisation et la réalisation des films en liaison avec des actions politiques (meetings, manifestations, grèves, etc.).

    4. la diffusion parallèlement à ces films d'une information qui les explique, les complète ou les provoque.

    Il est bien évident que la nécessité pour les travailleurs de la profession de continuer à travailler dans le système afin de gagner leurs moyens de subsistance, ne serait-ce que pour se permettre par ailleurs une vie militante, n'est pas remise en cause.

    La définition du cinéma militant tel que nous le proposons, n'exclut en rien la lutte syndicale dans la profession au contraire, surtout dans le contexte actuel où la bourgeoisie déclenche une attaque générale contre le mouvement ouvrier.

    Toutes les attaques que nous avons portées contre les chiens de garde du système seront plus amplement développées par des analyses diffusées dans nos divers moyens d'information.

 

EXPERIENCE D'UNE DIFFUSION POLITIQUE

 

CRITERES DE LA DIFFUSION.


    La réalisation de films tournés en Mai et par la suite dans la même ligne a été un engagement politique des équipes qui ont travaillé dans le cadre des Etats Généraux.
    Le terme «équipe» englobe aussi bien les techniciens de cinéma que les travailleurs, étudiants, protagonistes qui ont permis la réalisation de ces films, à un titre ou à un autre.
    La diffusion de ces documents ne peut et ne doit être que le prolongement de cet engagement politique.
    Qu'entendons nous par «diffusion politique » ?
    Le film politique est une arme de combat utilisée par les militants d'avant-garde dans leur travail d'information et d'agitation.
    Il est, par son contenu et par les débats qu'il suscite, une source d'arguments politiques, tant pour les militants qui le diffusent que pour ceux qui le reçoivent.
    En conséquence, nous considérons que le diffuseur est nécessairement un militant politique qui utilise le film comme un outil politique et jamais comme un objet de spectacle à quelque niveau de diffusion que ce soit.
    Cette définition de la diffusion est valable aussi bien pour la France que dans tous les pays où se développent les luttes révolutionnaires.
    Ce principe de diffusion est établi en plein accord avec toutes les équipes de réalisation, françaises et étrangères, qui nous ont confié leurs films.



ANALYSE DE LA DIFFUSION -- CHRONOLOGIE
 

    Une semaine après l'élection du Conseil Permanent au cours de l'Assemblée Générale du 29 Juin, c'est-à-dire le 6 juillet, s'est créée une Commission Diffusion qui a assuré immédiatement la projection des films terminés.
    Dès ce moment, grâce aux discussions qui se sont engagées, au cours des projections de travail entre les différents participants de chaque équipe : travailleurs, étudiants, cinéastes, chacun a pris conscience de l'importance de ces films comme arme idéologique et en a parlé autour de lui.
    Il s'est ainsi manifesté très vite un intérêt qui a suscité le besoin de nouvelles projections. Au cours de chacune de ces projections, le même processus s'est répété.
   Très vite, tous les groupes qui ont participé aux luttes de Mai ont compris l'importance de ces films pour expliquer et prolonger leur combat.

    Dès la fin du mois de Juillet, après une projection de coordination des Comités d'Action, des militants, soit par groupes, soit individuellement, ont pris l'initiative de diffuser des films pour faire de l'information en province.
    Ainsi ont été établis les premiers contacts pendant la période des vacances.
    Pendant, cette même période, des projections ont été organisées dans les Universités Populaires de Grenoble, Montpellier, de la Butte aux Cailles.

    Début septembre -- le 4 au C.H.U. Pitié et le 5 à l'occasion de la réouverture de la Faculté de Médecine -- deux projections ont rassemblé deux milliers de personnes.
    Ces projections ont été déterminantes car de nombreux militants ont alors pris contact pour assurer des diffusions, dont ils ont été peu à peu amenés à prendre totalement en charge l'organisation matérielle.
    Pour ces militants, la diffusion n'est évidemment pas le fait de projeter simplement un film en tant que tel mais de l'utiliser comme arme de combat, particulièrement à l'occasion des débats et discussions entraînés par la projection.
    A la même époque, les Comités d'Action qui reprennent leur activité, utilisent des films pour renouer leurs contacts avec les travailleurs des entreprises de leurs quartiers.
    Toujours pendant la même période, des militants de province, par l'intermédiaire de l'U.N.E.F. et du SNE-Sup entrent en contact avec la Commission Diffusion pour assurer des projections dans leur région.

    En octobre -- parallèlement à la diffusion parisienne qui se poursuit et s'intensifie -- commencent à s'organiser dans certaines villes de province des réseaux de diffusion autonomes : les militants disposent d'un certain nombre de copies de façon permanente et prennent en charge la diffusion dans leur région, soit directement, soit avec le concours et par l'intermédiaire d'autres militants.
    C'est cette forme de diffusion que nous essayons de généraliser. Elle permet en effet de répondre à des besoins que nous connaissons mal, grâce à des camarades qui sont mieux à même de donner aux films toute leur efficacité. En même temps, les films rendant compte de certaines expériences « du dehors » par rapport à la région intéressée, sont pour ces militants une arme précieuse qui leur permet de faire avancer le niveau de conscience politique des camarades auxquels ils s'adressent.
    Enfin et surtout, à partir de ces expériences, les militants nous informent de ce qu'ont été les projections, des discussions qu'elles ont suscitées, des luttes menées dans leur région ainsi que de l'opportunité de réaliser sur place un ou plusieurs documents nécessaires à leur action.

    En novembre, la situation se présente ainsi :
-- extension des réseaux de diffusion en province ;
-- continuation des projections des comités d'action de la région parisienne dans les quartiers et en direction des comités de base d'entreprises ;
-- des projections suivies de débats ont lieu régulièrement à la Sorbonne, depuis sa réouverture;
-- la Commission Centrale de la Faculté des Sciences met à profit l'octroi de libertés politiques à l'intérieur de l'Université pour organiser des débats sur l'auto-gestion, au cours desquels est présenté le film Nantes.
-- depuis peu, les CAL organisent des projections à l'intérieur des lycées.

 

DIFFUSION A L'ETRANGER.


     La  Commission Diffusion a décidé que la diffusion à l'étranger serait faite uniquement par des militants menant une lutte semblable à la nôtre, estimant que la vente des films sans contrôle politique, serait dangereuse bien que financièrement rentable.

    Il est à noter que les « juifs allemands » de tous les pays qui ont voulu entreprendre cette diffusion dans leurs pays respectifs ont su trouver l'adresse de la Commission Diffusion.

    Les premières diffusions ont lieu tout naturellement à l'initiative des camarades étrangers expulsés de France.

    C'est le cas, par exemple, pour l'Italie où ces camarades ont constitué les éléments de base d'une équipe qui a ensuite regroupé d'autres militants qui avaient pris des initiatives individuelles. Cette équipe dispose, depuis le mois de juillet, de l'ensemble des films et assure de façon autonome, en Italie, une diffusion semblable à la nôtre.

    En Belgique, la diffusion est assuré par un groupe politique, « La Ligne Générale », composé essentiellement d'ex-élèves de l'INSAS. D'autre part, une interview concernant l'activité des Etats-Généraux doit passer prochainement sur la troisième chaîne de la RTB.

    Les films sont également diffusés en Hollande, en Suède, en Suisse, en Finlande et en Allemagne. Un groupe de diffusion est en cours de constitution en Angleterre.

    Au Canada, des camarades ont organisé une semaine du film politique au cours duquel ils ont présenté un certain nombre de ces films. Ils ont proposé un de leurs films pour diffusion éventuelle en France.

   En Amérique Latine, les films sont diffusés officiellement à Cuba, clandestinement au Mexique, au Vénézuela, au Brésil, en Colombie, en Uruguay. En échange, sont diffusés déjà un film mexicain et un film dominicain et, bientôt, un film brésilien, un film colombien et un film argentin.


    Enfin, des films ont été envoyés au Festival Mondial de la Jeunesse à Sofia, mais y ont été interdits. Ils sont, par contre, diffusés en Yougoslavie.

    En conclusion, les militants ont à leur disposition plus d'une centaine de copies. Ils ont assuré, entre le 5 septembre et le 19 novembre, près de 200 projections.



PERSPECTIVES
 

    Cette expérience, menée pendant une période de quelques mois seulement, prouve les possibilités d'existence et de développement d'un cinéma politique militant, qui n'avait jamais encore été tenté à cette échelle et en pose les bases -- bien qu'encore modestement et imparfaitement.

    Il est certain que le fait d'atteindre une quinzaine de pays étrangers, avec échange de diffusion entre les deux pays, constitue un résultat inespéré et encourageant.

    Cette expérience prouve, entre autres choses, que la diffusion ne peut pas être envisagée de façon globale et systématique. Il est évident que chaque ville de province, chaque pays étranger, pose un cas particulier dont il faut étudier les meilleures possibilités.

    D'autre part, la diffusion débouche souvent sur des possibilités nouvelles. Elle entraîne souvent le tournage de séquences nouvelles (réflexions, mises au point) de la part des protagonistes d'un film déjà terminé et diffusé, plusieurs mois après le tournage initial et quelquefois le tournage de films tout-à-fait nouveaux.

    Deux exemples précis ouvrent des perspectives nouvelles et un champ d'action encore inexploré et même encore jamais entrevu jusqu'à présent :

-- une ville de France où l'effort de diffusion a entraîné la possibilité de tourner de nouveaux films témognant de la continuation des luttes ouvrières;
-- une ville d'un pays étranger où la diffusion a amené la création d'un atelier populaire du cinéma.

    Ce sont des exemples qui doivent nous inciter à faire preuve d'imagination pour mettre encore plus largement et sous les formes les plus diverses le cinéma au service des luttes révolutionnaires.

    L'essentiel devient donc de militer, par le biais du film, utilisé le plus efficacement possible. Il ne s'agit plus de témoigner, mais de participer d'une façon militante et de provoquer des actions.

 

PARIS-MEXICO, UN MÊME COMBAT

    Octobre 68. A la volonté des étudiants et des professeurs de poursuivre avec détermination leur mouvement de revendication, le gouvernement Diaz Ordaz, garant des intérêts de nombreux organismes exclusivement préoccupées de la rentabilité de leurs investissements dans les Jeux Olymbiques, répond en ordonnant délibérément le massacre de la place des Trois Cultures, mettant en évidence le caractère fasciste latent du régime.

    Beaucoup de mexicains doivent fuir à l'étranger.

    A Paris, quelques membres du Conseil National de Grève se retrouvent et prennent contact avec différents organismes.



PREPARATION.
 

     Après plusieurs réunions auxquelles participent des membres du SNE-Sup, de l'UNEF, des CAL, des Etats-Généraux du Cinéma, de l'Atelier Populaire des ex-Beaux-Arts, du comité de rédaction du journal Action (pour un numéro spécial sur le Mexique), le principe d'une manifestation est retenu pour le 5 novembre, date correspondant à la rentrée universitaire au Mexique.

      Pour nous, qui considérons le cinéma comme une arme de combat, la question était de savoir ce que nous devions, ce que nous pouvions faire, comment nous insérer dans une action, à la fois sur le plan de l'organisation, en tant que militants, et sur le plan audiovisuel, en tant que cinéastes.

    Les camarades mexicains ont proposé différents thèmes de débats :
    -- « De la démocratie bourgeoise à la répression.»
   
-- « Les différentes formes de la lutte populaire
    -- « Les étudiants dans la lutte
    -- « Les luttes mexicaines dans les luttes anti-impérialistes , etc...

    Nous nous sommes alors rendu compte que la situation historique, politique, économique du Mexique était mal connue des masses, et que pour étayer les débats sur des notions justes, il fallait d'abord effectuer un travail d'information sur cette situation, bien différente de l'imagerie traditionnelle d'un Mexique folklorique, soi-disant exclusivement préoccupé de tourisme et de Jeux Olympiques.

    Pour cette contre-information, les Mexicains avaient mis à notre disposition un grand nombre de documents, d'articles, de diapositives, de fac-similés de procès-verbaux, de lettres d'emprisonnés...

    La communication au public de tous ces éléments pouvait se faire de différentes manières. La plus efficace était la réalisation d'un document filmé.


REALISATION.

    
Un collectif fut immédiatement constitué, qui trouva un mode de travail approprié pour fournir une information rapide.

    Les camarades mexicains établissaient un schéma directeur, avec la mise en relief de trois évènements importants de l'histoire du Mexique moderne:
    1910, soulèvement paysan sous l'égide d'Emiliano Zapata,
    1959, soulèvement ouvrier. Grande grève des cheminots avec occupation et manifestations suivies d'une répression meurtrière,
    1968, soulèvement étudiant avec constitution d'un organisme original, le Comité National de Grèvé.

    Simultanément, un membre des Ateliers Populaires dessinait les illustrations nécessaires, qui, avec les documents fournis par les Mexicains, étaient aussitôt filmées

    De cette manière était constitué un schéma informatif d'introduction destiné à être projeté dès le début de la manifestation. Ce document était complété par un reportage venu du Mexique, témoignant de la lutte étudiante en Juillet. Enfin, un tournage fut effectué à la Mutualité, pendant la manifestation et les débats.

    Ainsi étaient réuni un ensemble d'éléments de contre-information, d'actualité sur un évènement.

 

ANALYSE CRITIQUE.

   
A la suite de cette manifestaion, les militants se sont réunis pour en analyser le déroulement et la portée, et en tirer un certain nombre d'enseignements sur les points suivants :

    -- Un document filmé de 15 minutes ne pouvait traiter les problèmes qu'en raccourci et, par conséquent, l'ordonnance, la coordination des débats devaient être prises en charge par les différents organismes et dirigées dans le sens d'un complément dynamique. A ce niveau, la préparation par et entre les groupes participants n'a pas été assumée qu maximum des possibilités.

    -- Il faut reconnaître l'efficacité réelle d'une manifestation limitée à la Mutualité, lieu où se sont cristallisées toutes les forces, au détriment d'une décentralisation en banlieue et en province, où un travail d'information et d'agitation politique auprès des lycéens, des étudiants, des travailleurs aurait pu être fait avant, pendant, et après la manifestation (projections, débats, revues, affiches, tracts....).

    Pourtant « Le Mexique d'Octobre 68 » s'est avéré être un élément mobilisateur, compte tenu du fait qu'il s'agissait d'une des premières manifestations importantes depuis Mai et compte tenu des thèmes qui étaient :

    -- L'internationalisme des luttes des jeunes dans le Monde.
    -- La bourgeoisie et son appareil répressif.
    -- L'impérialisme yankee et ses alliés.

    Cinq mille personnes sont venues manifester leur solidarité envers les emprisonnés, le Conseil National de Grève et ses militants toujours en lutte.

 

LE FESTIVAL « REVOLUTIONNAIRE » DE LEIPZIG

 

 

    Le Festival du film documentaire de Leipzig est un festival annuel situé dans un pays socialiste et dont le mot d'ordre est : Films du Monde pour la Paix du Monde.

    A sa création, il montrait des films anti-fascistes, anti-colonialistes, et principalement la production des pays de l'Europe orientale. On peut dire que dans ces premières années tout film interdit dans un pays capitaliste pour des raisons politiques pouvait être projeté au Festival de Leipzig.

    Aujourd'hui, l'accélération de la dégénérescence des pays socialistes européens dans le domaine idéologique et culturel se retrouve dans l'évolution du Festival de Leipzig, particulièrement en ce qui concerne les films produits par les pays de l'Europe de l'Est : films soviétiques sur les mouettes, sur les pingouins, sur la réfection des palais des Tsars, films polonais à la gloire du néo-colionnalisme en Afrique : ainsi que dans le choix des films occidentaux : en effet, cohabitent des films sur la Colombie produits par la Banque du Café de Colombie avec des films sur la Guérilla en Comobie, des films produits par la Shell sur le Vénézuéla avec des films sur les bidonvilles de Caracas. Tel film français fut refusé en 1966 par la commission de sélection parce qu'il donnait une idée trop pessimiste de la société capitaliste. Un autre exemple est significatif : en 1964, il a fallu mener une énorme bataille, avec menace de quitter le festival pour imposer à la direction le premier film réalisé par le FNL du Sud-Vietnam.

    L'éclectisme le plus complet et un opportunisme suivant les nécessités des « relations internationales » tiennent loeu de ligne politique. Cette dégénérescence se manifeste non seulement au niveau du choix des films mais aussi au niveau de la conception du Festival. Il n'est en rien un échange d'expérience de cinéastes militants. Il est un festival bourgeois à l'image de tous les festivals On y traite des affaires, on y organise des rencontres mondaines et des réceptions. Un exemple de l'esprit de ce festival : des spectateurs pleurèrent à chaudes larmes en voyant la mort de Kennedy, particulièrement les délégations européennes des pays de l'est.

    A l'occasion de ce festival, un certain nombre de militants cinéastes de divers pays occidentaux et d'Amérique latine s'y trouvent réunis ; il a semblé utile, cette année, aux Etats Généraux du Cinéma d'y présenter des films sur Mai pour les montrer à ces cinéastes. Il faut savoir que le mouvement de Mai est tabou dans tous les pays révisionnistes. En effet, on s'en tient à l'analyse du P.C. français, en la minimisant au besoin : on n'y voit qu'une lutte de type revendicatif troublée par des provocateurs anarcho-trotsko-maoïstes.

    Ainsi le peuple de la RDA en fut informé en trois lignes, et si on parle du mouvement de Mai, on s'aperçoit de l'ignorance totale dans laquelle sont les gens des pays socialistes.

    Les films furent soumis à la commission de sélection le deuxième jour de l'ouverture du Festival, non pas pour qu'ils concourent, mais en vue d'être projetés dans la section informative. Deux jours plus tard il fut répondu qu'on ne pouvait les projeter car la « commission de sélection était dissoute », alors qu'elle existait en fait lorsqu'on avait donné les films. Après beaucoup de complications, les films furent projetés en projection privée quasiment clandestine, 200 personnes étaient présentes à cette projection qui eut un énorme succès et un énorme retentissement dans le festival.

    Cette projection a fait éclater les contradictions, une ligne de démarcation s'est faite; deux groupes se sont formés : d'un côté les révisionnistes officiels de tous les pays et la direction du festival, de l'autre les latino-américains, les cubains, les étudiants allemands de l'ouest, des étudiants de l'Allemagne de l'Est, des français, suisses, belges, etc.

    Très vite le problème des films proprement dits était dépassé (à noter que d'autres films, notamment mexicains, argentins, cubains, etc., étaient dans la même situation que les films de Mai), et fut posé celui du festival.

    Une motion fut votée qui demandait :

    1. - possibilité d'information et de discussion permanente pour tous les participants du Festival sur tous les problèmes de mouvements révolutionnaires.

    2. - projection de tous les films sur les luttes révolutionnaires écartés par la direction du Festival.

    A partir de la projection des films présentés par les Etats Généraux, une lutte s'est engagée. La direction du Festival, les révisionnistes ont été démasqués. Acculés, pour riposter ils eurent recours comme à leur habitude à la calomnie et à l'insulte d'abord : « Qui vous a acheté ? » -- « Vous faites le jeu de l'impérialisme.» -- « C'est une provocation anarcho-trotsko-maoïstes.»-- A la répression ensuite : les étudiants de la RDA qui avaient assisté à la projection furent renvoyés de leur université : un ministre fit la reflexion suivante : « On a le pouvoir on le gardera ! », et le directeur du festival hurla : « Ici il n'y a pas de démocratie, si vous n'êtes pas contents, foutez le camp «.

    A noter l'attitude du P.C. de l'Allemagne de l'Ouest, attaquant les étudiants de la SDS, les accusant de saboter le rapprochement Est-Ouest.

    Quant aux révisionnistes français, ils se placèrent évidemment du côté de la direction du festival, sans être pour autant payés de retour, étant donné leur prise de position à propos de la Tchécoslovaquie.

    Le festival de Leipzig a montré son  vrai visage : un festival dégénéré aux méthodes de type fascistes. Une grande partie des participants en ont pris conscience. Le festival ne peut même plus se donner un masque de « gauche »;  il ne peut plus désormais avoir la caution des militants révolutionnaires. Dorénavant, il se repliera complètement sur lui-même, ne rassemblant que des cinéastes à la solde des révisionnistes, de plus en plus isolés.

(à suivre, saisie en cours)

 

 

 

BELGIQUE : LA LIGNE GENERALE, GROUPE D'ACTION CINEMATOGRAPHIQUE

 

 

    La Ligne Générale, en rupture avec un monde de minoritées privilégiées et d'irresponsables sociaux, veut pratiquer un cinéma conscient de son rôle social, c'est-à-dire un cinéma de combat révolutionnaire.

    Pour être cohérente et efficace dans sa démarche politique, elle doit s'appuyer sur une analyse du contexte dans lequel elle travaille.

    La Belgique, actuellement, est confrontée aux mêmes contradictions économiques que ses voisins capitalistes.

    Le capitalisme libéral, représentant les intérêts de la vieille bourgeoisie locale, concentrée essentiellement dans le bassin industriel wallon entre en conflit avec le néo-capitalisme de la bourgeoisie technocratique naissante, s'implantant surtout en Flandre, et cautionnant l'impérialisme américain.

    Le nationnalisme petit-bourgeois clérical et fascisant de la Flandre rurale d'il y a quelques années, était une réaction à l'hégémonie de la traditionnelle bourgeoisie libérale francophone, tandis que dans la Wallonie industrielle, l'opposition s'était développée sur le terrain de la lutte des classes. Bruxelles était la place forte de la haute-bourgeoisie (francophone et unitaire) entourée de son personnel administratif.

    Le progressif vieillissement des structures industrielles ( charbonnages, sidérurgie) de la Wallonie, s'est trouvé confronté à la vigoureuse expansion de la Flandre. Cette situation fut encore exacerbée par la liquidation (?) du Congo. En automne 1960, le gouvernement de centre droit impose une série de mesures d'austérité à caractère nettement antisocial réunies dans le projet de la LOI UNIQUE. Le mécontentement latent éclate violemment dans dans l'ensemble du pays. La classe ouvrière, appuyée par la petite bourgeoisie et débordant les cadres syndicaux (chrétiens et socialistes) se mettent en grève. Pendant plus de 4 semaines, le pays sera paralysé par ce que l'on appellera « la grève du siècle ». Le prolétariat affirme sa volonté révolutionnaire : le mot d'ordre : « Marche sur Bruxelles » est lancé.

 

    A ce moment précis l'aile gauche dy syndicat social-démocrate (F.G.T.B.) (1) reprenant la grève à son compte, la divise et la récupère, lançant en Wallonie le mot d'ordre de fédéralisme. La classe ouvrière wallone sort décapitée de cette grande grèvé 60-61 (la bataille du charbon est définitivement perdue, les appareils syndicaux en accord avec le patronat vont briser toute possibilité de revendication politique).

    La gauche réformiste est déconsidérée, la gauche révolutionnaire est quasi inexistante. La droite technocratique s'implantant en Flandre va soutenir le flamingantisme. Les Wallons abusés, désabusés setont détournés vers les revendications régionalistes. La vie politique belge sera désormais dominée par la « question linguistique ». De stériles et passionnels affrontements micro-nationalistes vont masquer pour quelques années le conditions économiques fondamentales.

    Il faudra attendre 1968 pour assister à un premier mouvement révolutionnaire qui nait cette fois en milieu étudiant et en Flandre (Louvain) sous l'impulsion du S.V.B. (Studenten Vaksbeweging).

    La lutte des étudiants flamands contre la section francophone de l'université catholique (implantée en Flandre) se transforme très rapidement en lutte politique et sociétale : le « Walen bulten » = « Wallons dehors ! » devient : « ourgeois bulten ». La grande presse unanimement va isoler, dénaturer le mouvement en le réduisant à un affrontement uniquement linguistique. Louvain s'inscrit dans l'agitation étudiante internationale qui se développe à ce moment-là.

    Les évènements de Mai en France impulsent le mouvement étudiant francophone. L'université libre de Bruxelles (U.L.B.) manifeste à partir du 13 Mai sa solidarité avec le mouvement révolutionnaire des étudiants et des travailleurs français, et rapidement en arrive à contester ses propres autorités académiques (mise en cause du conseil d'administration, occupation des locaux). La contestation gagnera différentes écoles supérieures et lyvées du pays. Participant activement à l'occupation des locaux, à la liaison avec les travailleurs, aux différentes assemblées libres, et au travail des commissions, les étudiants des arts et du spectacle remettent en cause leur fonction dans le système capitaliste. Rejetant l'art actuel, véhicule de l'idéologie dominante, ilas adoptent comme principe de le transformer en outil de combat révolutionnaire. Ils sentent la nécessité d'établir un réseau d'information cohérent s'opposant à celui de la bourgeoisie. Après le reflux, le noyau militant crée la Ligne Générale.

LA LIGNE GENERALE

    Se proposant de faire un cinéma didactique et militant, le groupe en contact avec les Etats Généraux assure la diffusion de documents révolutionnaires de Mai. Cette diffusion se fait principalement dans les écoles, les maisons de jeunes, et, malgré le manque de liaison effective, sporadiquement devant les travailleurs.

    Chaque diffusion est assurée jusqu'au bout par un groupe de travail : de l'organisation de la projection et du débat jusqu'aux enseignements politiques qui peuvent être retirés. Les films diffusés étant des matériaux propres à la politisation, généralement, le public aborde ses problèmes spécifiques. Cette démarche est double : le contact permanent à la base est l'unique moyen d'établir un véritable échange d'éléments de politisation.

    Cette meilleure connaissance réciproque enrichit les prochaines diffusions et peut déboucher sur un travail suivi qui aboutirait à des possibilités réelles de réalisations collectives.

    En outre, notre passage dans des milieux très diversifiés a permis de mettre en contact un certain nombre de groupes ou personnes organisées politiquement ou non.


    On doit pouvoir à plus ou moins longue échéance s'appuyer sur les militants les plus dynamiques des endroits touchés, qui assumeraient eux-mêmes l'information-diffusion « parallèle ».

    Ainsi à Gand, Louvain, Liège, se sont déjà constitués les premiers noyaux actifs d'un réseau.


PREMIERES EXPIENCES

    Nous avions envisagé la réalisation d'un ciné-tract sur la grève des mineurs à José Battice (région liégoise). Aucun membre de la L.G. n'était en contact préalablement avec ces travailleurs ; très normalement nous n'avons pas été « acceptés », nous leur apparaissions à juste titre comme des journalistes, donc des « traitres en puissance ».

    Cet échec nous a permis de comprendre que nous ne pourrons valablement mettre le cinéma au service des luttes révolutionnaires que si nous sommes partie prenante de ces luttes.

    Nous nous sommes donc intégrés aux liaisons étudiants-travailleurs de l'U.L.B. et du S.V.B. qui commencent à fonctionner à Charleroi, Liège et Gand : à la liaison avec les élèves du secondaire (C.A.L., nés de la contestation de Mai), à des comités de base de quartiers (Comité anti-impérialistes).

    Actuellement, selon les principes déjà définis, deux groupes de travail préparent deux réalisations sur des secteurs où les contradictions du capital commencent à être ressenties socialement : en Flandre, une usine américaine caractéristique du néo-capitalisme, en Wallonie, une vieille entreprise sidérurgique confrontée aux problèmes de la reconversion.

TRAVAIL DANS LE COURS D'UNE LUTTE : Décembre 68 à l'U.L.B.

    Début décembre, les étudiants entreprennent à l'U.L.B. une lutte sur le droit à l'information dans leur université. A leurs questions, les autorités académiques répondent par l'appel aux forces de l'ordre; les étudiants construisent la première barricade...et déclenchent un mouvement de grève. Notre présence à l'université nous a permis d'être intégrés dés le début de la lutte, d'avoir la confiance des étudiants et de mener à bien en liaison avec le comité central de grève, un travail de contre-information face à la campagne hystérique de la presse contre le mouvement. Les enregistrements des événements allaient fournir aux étudiants matière à de nombreux tracts, les photos furent mises à la disposition des étudiants en lutte; enfin, sur la base de nos documents, de tracts, de coupures de presse, nous avons réalisé un « journal parallèle » qui fut conçu, non pas à destination de l'université, mais à destination de l'extérieur : les écoles de la ville, la province, notamment les différents endroits où la Ligne Générale avait diffusé les films de Mai.

    Le mouvement de décembre fut important dans la mesure où il révélait que le président du Conseil d'Administration, le député socialiste Simonet, entendait s'imposer, par le terrain de l'université, comme l'homme providence dont la bourgeoisie aurait besoin pour diriger ce qu'elle prépare : l'Etat fort. C'est la raison pour laquelle, la presse devait de soutenir son action répressive et c'est pourquoi la contre-information prenait ici, plus que partout ailleurs, toute son importance.

    La lutte continue !

 

 

 

 

AIX : LA MAISON OU LA CULTURE

 

    Les 6, 7 et 8 décembre, « l'Action Culturelle du Sud-Est » inscrivait dans son programme un « week-end Godard » selon une tradition bien établie : présentation de films suivies de discussions animées par un créateur du 7e art. Il est clair qu'une semblable manifestation ne débouche sur rien d'autre que la consommation par un public privilégié des valeurs culturelles définies et admises par les bourgeois.

    Jean-Luc Godard, engagé dans l'action militante des Etats-Généraux, ne pouvaient dès lors se prêter à cette parade culturelle. Pour les E.G., cependant, il semblait y avoir là des conditions d'une action intéressante.

    Il fut donc décodé que deux militants des E.G. se rendraient à Aix, sans Jean-Luc Godard, afin que sa présence ne puisse donner lieu à aucune tentative de récupération. Sur place, les E.G. proposent à Antoine Bourseiller directeur de « l'Action Culturelle » les bases d'action suivantes :


  -- Dans un premier temps, explication politique de l'absence de J.L. Godard, et réflexion        collective sur ce que pourrait être un cinéma politique engagé dans la lutte de classes : ceci en opposition critique avec les conceptions « d'actions culturelle » qui présidaient au « week-end Godard » initialement prévu.

  -- Dans un deuxième temps, projection éventuelle de films militants réalisés en mai, en tant qu'exemples non limitatifs et soumis à une critique collective.

  Ces propositions furent réalisées par « l'Action Culturelle du Sud-Est », en fonction de deux arguments essentiels :


  -- Risques de répression.
  -- L'absence de Godard, rompant un engagement, était un préjudice aux intérêts du « centre d'action culturelle » et surtout forçait la main à ses responsables, portant atteinte à leur « liberté d'expression ».

  Il est évident que ces arguments restent pour nous sans valeur :


  -- Le but de la répression policière est de tenter de décourager toute action militante: la seule réponse possible est donc l'intensification de ces actions et leur succès (garantis par une analyse correcte des conditions des rapports de force et la prise des mesures de sécurité nécessaires).
-- Quant aux concepts tels que l'engagement moral de J.L. Godard ou la liberté d'expression de A. Bourseiller, ils restent utilisés au niveau de notions subjectives qui ne tiennent pas devant la définition d'une attitude politique. (Il ne faut absolument pas laisser poser les problèmes politiques sous la forme d'alternatives morales formulées par l'idéologie bourgeoise. Dans une action dite de « de gauche », « révolutionnaire de la culture »..., au sein d'une société de classe, il arrive nécessairement le moment où le problème se pose concrètement de choisir son camp : ou bien se laisser récupérer une fois de plus, ou bien quitter le système et ses régles du jeu, se mettre radicalement aux côtés du prolétariat, en assumant les risques que cette lutte comporte nécéssairement : c'était la véritable alternative proposée à « l'Action Culturelle du Sud-est ».

 

    Finalement on remboursa les places. Les films qui étaient programmés furent projetés gratuitement, après qu'A. Bourseiller eût exposé publiquement la proposition des E.G., et les raisons pour lesquelles il ne pouvait l'accepter. (« Je ne suis pas un militant politique »).

    Pendant ce temps, des contacts avaient été pris à la faculté des lettres, afin d'organiser une action pour le lendemain. Dès la fin de la matinée, J.L. Godard nous ayant rejoint, nous pouvions provoquer une première discussion à la fin de la projection gratuite d'un film programmé à « l'Action Culturelle ».

    Puis l'après-midi, les débats s'engagèrent dans un amphi à la faculté des lettres, suivis par la projection de quelques films de mai.

    Cette projection fut retardée par le refus des autorités universitaires d'autoriser l'utilisation du matériel de projection de l'amphi. Bien qu'un courant assez fort se dessina dans ce sens parmi l'assistance, l'ensemble des étudiants présents ne trouvèrent pas la résolution suffisante pour s'approprier ces moyens techniques défendus par une simple porte fermée.

    Cette réunion ne fut d'ailleurs qu'un demi-succès, car si l'assistance était nombreuse, la discussion resta assez terne. Il y a à cela un certain nombre d'explications dont nous pouvons tirer des leçons pour l'avenir.

   -- Caractères particuliers à Aix-en-Provence, ville très bourgeoise à fortes implantations réactionnaires, où de plus le samedi, la plupart des étudiants avait quitté la fac et la ville, et n'étaient plus mobilisables.
  -- Mais surtout, on doit incriminer le manque de préparation politique d'une action « parachutée » de Paris, et complètement improvisée. Le travail de préparation, de propagande et de mobilisation fait par les militants sur place, en fonction de leur analyse de la situation reste indispensable.

    C'est là également la condition pour que la projection des films ne reste pas un accident, un pavé lancé au hasard, mais s'inscrive dans la poursuite du travail d'agitation et de propagande, par les discussions et actions qu'ils suscitent; les militants sur place, là encore, sont seuls à pouvoir les diriger, les organiser et les développer.


 

LES FILMS

 

    Nous présentons une liste des films utilisés ou devant être utilisés par les militants révolutionnaires. Nous avons vu ces films et ne pouvons que conseiller d'en faire le plus large emploi possible...

FILMS DEJA EN CIRCULATION

LES CHEMINOTS - Les nouvelles communications (fait en mai 68) - (20 mn).
Un cheminot CFDT rentre pour la première fois de sa vie dans la Sorbonne.

LES CHEMINOTS (fait en mai 68) - (30 mn).
Dans le dépôt des trains immobilisés, discussion entre un délégué CGT, un militant CFDT et un jeune travailleur non syndiqué. Les conditions de travail. L'avilissement par la conduite automatique. Les salaires. Les jeunes cheminots commencent les revendications syndicales avec les étudiants.

CE N'EST QU'UN DEBUT (fait en avril-mai 68) - Collectif de réalisation - (10 mn.).
Comment à la suite de grèves sauvages de Caen, de Redon et des actions des étudiants de Nanterre, une explosion politique a secoué la France et mis la révolution à l'ordre du jour.

NANTES - SUD AVIATION (fait en mai 68 - Collectif de réalisation - (40 mn.).
Sud-Aviation à Nantes, première usine occupée en France au mois de Mai 68. Le directeur sequestré, l'occupation de l'usine. Perspectives du mouvement de Mai.

 

LE JOLI MOIS DE MAI (fait en mai-juin 68) Collectif de réalisation (50 mn.).
Le pouvoir est dans la rue. Où le rôle de la violence révolutionnaire est clairement démontré. Le film illustre le mouvement étudiant, la faillite des structures, la vacance du pouvoir, la reprise en main du gouvernement 'manifestation gaulliste aux Champs-Elysées)...Mais ce n'est qu'un début...

 

REPRISE DU TRAVAIL CHEZ WONDER (fait en juin 68) - (15 mn.).
Une jeune travailleuse contestataire, un étudiant, deux membres de la CGT et le contremaître au moment de la reprise du travail.

 

LE DROIT A LA PAROLE (fait en mai-juin 68) - (10 mn.)
La Sorbonne et les facultés, centres dela parole révolutionnaire. Comment cette prole, prise dans la rue, a déchiré l'ordre bourgeois dans les usines. Les rapports étudiants-ouvriers.

HISTOIRE D'UN CRS (fait en juin 68) - (15 mn.)

La Sorbonne réoccupée par les C.R.S.
La vie, l'act
ion de l'un deux, vues avec la férocité et l'humour.
 

UNIVERSITE CRITIQUE - Berlin - (10 mn.)
Une étudiante allemande fait l'historique et explique le fonctionnement de l'université critique. Illustration par reportage.

MEXICO - Réalisé à Mexico durant l'été 68.
Meetings du Comité National de Grève, manifestations étudiantes, répression sauvage de l'armée.

 

MEXIQUE (fait à Paris en novembre 68) - (13 mn).
Collectif de travail - Paris - Mexico : un même combat.

 

FILMS QUI SERONT DANS UN AVENIR PLUS OU MAINS PROCHE A LA DISPOSITION DES MILITANTS

FLINS
La grève à Flins, l'intervention policière, la répression violente...filmées pendant toute la durée des évènements à Flins.


COMITE D'ACTION (fait en mai-juin 68). Collectif de réalisation (50 mn.).
Un comité d'action pendant la grève. Actions, discussions.


CITROEN (fait en mai-juin 68) - (60 mn)
La grève chez Citroën, à Nanterre. Rapports ouvriers, français-étrangers. Implantation du syndicalisme, lutte de classes chez Citroën.

LES PAYSANS
Les paysans de la région de Rennes posent leurs problèmes.

 

REPRESSION EN NOVEMBRE 68 - (15 mn.)
Malgré les accords de Grenelle garantissant les libertés syndicales un ouvrier de l'industrie automobile est malmené et mis à la porte pour avoir distribué des tracts.

ALPHABET
Dessin animé en couleur - J comme Jaune, P comme participation, etc...

LES C.A.L - (film réalisé par des militants lycéens).
Historique des C.A.L. depuis l'affaire Condorcet en Novembre 67 jusqu'à la «Journée nationale d'action» en novembre 68.

 

SAINT-DOMINGUE - (30 mn.)
Les élections de 1965 en République Dominicaine. Analyse de la situation.

URUGUAY - (15 mn)
Conférence de Punta Del Este à laquelle assistent Johnson, son administration et tous les fantoches d'Amérique du Sud pendant que les étudiants manifestent à Montevideo.

VENEZUELA - (25 mn)
«La ville d'en haut ». La vie dans un bidonville de Caracas. Le sujet se passe de commentaire...

ARGENTINE - (5mn.)
Le «repas» d'une famille de paysans pauvres. Dans leurs yeux, le problème de la faim.

COLOMBIE - (10 mn.)
L'armée nettoie un bidonville pour en faire un terrain de sports. Résultat : une émeute et un mort.

BRESIL - (30mn.)
Un paysan des Terras Secas qui perd sept de ses enfants est réduit à aller mendier à la ville.

MALCOM X - (35 mn.)
Interview du leader noir illustrée (Chine, Vietnam, Angola, Afrique du Sud, Cuba, U.S.A., etc.).

UNIVERSITE DE COLOMBIA
Contestation des étudiants américains dépassant le cadre intellectuel du mouvement Hippie.

BLACK PANTERS
Les noirs américains membres de ce mouvement violent exposent les différents problèmes auxquels ils sont confrontés.

CHICAGO
Les émeutes raciales de Chicago.

CONTRE LE COURANT - ( réalisé en 1936).
Seul historique du mouvement populaire de 1936 existant à notre connaissance.

 Enfin si le mouvement de Mai a relégué à un plan secondaire la lutte contre l'agression américaine au Vietnam, c'est bien parce qu'il en est la prolongation. Les films de la R.D.V.N. et du F.N.L. sont de précieux documents utiles à la lutte anti-impérialiste, indissociables de la lutte anticapitaliste. 

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                                  " Par ailleurs, le Cinéma est une arme..."

     Les ETATS GENERAUX DU CINEMA ne sont pas une association corporatiste.

     Ils ne s'intéressent ni aux Réformes ni à la Participation.


    Ils sont ouverts à TOUS ceux pour qui le cinéma n'est pas seulement un pur objet de consommation               esthétique mais une arme.

   Ils ont besoin de TOUS ceux pour qui le cinéma ne doit pas rester enfermé dans le ghetto culturel de

   la classe au pouvoir mais participer au combat révolutionnaire.

   Ils peuvent fournir aux militants des moyens de réflexion et d'action politique.

   Vous pouvez nous aider et nous pouvons vous aider.


 

   Ecrivez-nous aux :

                                           ETATS GENERAUX
DU CINEMA
                                           B.P. 11009 75-Paris (9e)

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
commenter cet article
11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 17:13

Continuons avec le n°2 de ces petits fascicules des États Généraux du cinéma de Mai 1968 !
Partageons, partageons, des idées nouvelles viendront :)


J'ai recopié tel quel en respectant au mieux la mise en page et les choix d'édition des auteurs.
J'ai recopié aussi les quelques fautes et coquilles.
J'ai pu moi-même produire quelques fautes de frappe, n'hésitez pas à me le signaler.

Voir également :
Le cinéma s'insurge - États généraux du cinéma n°1 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/04/le-cinema-s-insurge-n-1-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma au service de la révolution - États généraux du cinéma n°3 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-au-service-de-la-revolution-etats-generaux-du-cinema-n-3-mai-1968.html
 

Le cinéma s'insurge n°2 - États généraux du cinéma - Mai 68

Le cinéma s'insurge n°2 - États généraux du cinéma - Mai 68

LES SIX POINTS DE SURESNES

Les Etats Généraux du Cinéma sont nés d'un mouvement popilaire de contestation et de lutte contre l'ordre économique, social et idéologique existant, celui du capital, protégé par l'appareil de l'Etat.

Les Etats Généraux ont pour objectif de faire de la vie culturelle et donc du cinéma, essentiel à la vie de la nation, un service public.

 

  1. Destruction des monopoles, création d'un organisme national et unique de diffusion et d'exploitation des films, avec perception directe dans les salles. Création d'un organisme national des moyens  techniques (laboratoires, studio, pellicule, etc.).
  2. L'autogestion afin de lutter contre le mandarinat, la sclérose et la bureaucratie. Les responsables à tous les échelons seront élus pour un temps limité, contrôlés et révocables par les instances qui les auraient élus.
  3. Création de groupes de production autogérés qui ne seront pas soumis à la loi du profit capitaliste.
  4. Abolition de la censure
  5. Intégration de l'enseignement de l'audiovisuel dans le cadre général de l'enseignement rénové : autogestion par les enseignants et les étudiants, ouverture à toutes les classes sociales.
  6. Union étroite du cinéma avec une télévision autogérée indépendante du pouvoir et de l'argent.
     

POUR UNE POLITIQUE DES ÉTATS GÉNÉRAUX

Quand on abat la forêt, les branches tombent.

LÉNINE

    Au bout de plusieurs mois, après un reflux et des élections qu'il importe de bien considérer comme une trahison, certes, mais aussi sur le plan secondaire du sondage et de l'escarmouche tactique, comme une défaite, tandis que renait une lutte encore indécise et dont il serait difficile et périlleux de prévoir la forme exacte, bien qu'il ne lui soit guère possible d'échapper à l'affrontement et à la violence, il n'est que temps de se livrer à une estimation provisoire des possibilités, des acquis et du rôle des États Généraux du Cinéma. Il faut aussi ne pas oublier, pour se garder du quelconque réformisme corporatiste auquel pourrait inciter leur adaptation finale à la légalité, que ces États Généraux sont les fils directs du Mouvement de Mai et que par conséquent, leurs principes et leur action doivent se définir politiquement, je précise : par rapport au rang qu'ils ont à tenir dans un combat révolutionnaire.
    Une fois mis entre parenthèses des fluctuations, un désordre apparent et quelques renoncements, trois éléments riches en possibilités raisonnables, ce qui ne veut pas dire qu'elles soient timides, sont à mettre au profit d'une courte histoire. Ces trois données sont, dans l'ordre chronologique : la mise en question du C.N.C., les «Points» de Suresnes et enfin les films de la Commission de Réalisation. La première était une base de départ, la «possibilité d'un commencement», la seconde indique assez bien ce que pourrait être, comme fin, le cinéma organisé par ceux qui le font et le regardent, et la troisième est un moyen, un instrument et un sujet d'analyse et de réflexion politique.

1. LA MISE EN QUESTION DU C.N.C.
    Lorsque le 21 mai, après un débat passablement exalté, les États Généraux proclamèrent la déchéance morale du C.N.C., leur motion, bien qu'elle ait été en peu de jours approuvée par plus de cinq cents signatures, n'allait pas sans ambiguïtés ni sans soulever des réticences qui n'étaient pas toutes dues à la seule crainte ni même au seul calcul égoïste.
    Il fut aisé, en effet, de rappeler une règle souvent -- comme ce fut le cas -- déformée dans le sens de l'opportunisme social-démocrate, de La Maladie infantile et qui veut que la Révolution conserve au moins provisoirement le squelette des organisations administratives bourgeoises afin d'avoir sous la main un instrument immédiat de gestion et de lutte. Malgré ses faiblesses et ses défauts, le Centre, de ce point de vue, restait un outil indispensable et qui, on se plaisait à le rappeler, avait dans le passé heureux de la Convention Collective, permis d'assurer la défense de la Profession contre les monopoles capitalistes. Il fallait donc en protéger pieusement l'intégrité.
    Deux réponses symétriques sont nécessaires à ces objections. La première est que, dans une perspective léniniste, le choix ne se pose pas entre le refus et le désir de conserver un organisme déterminé mais, après avoir «brisé» l'État, entre son délaissement et une occupation suivie de prise en main, de contrôle et de remise en route, même provisoire, dans une direction autre. L'investissement du Centre fut envisagé mais pour diverses raisons, toutes déplorables, les États Généraux reculèrent devant une action qu'ils jugeaient trop extrême alors qu'elle était parfaitement normale, possible et efficace. Dès lors le refus moral, presque symbolique, était une forme de pis-aller, de demi-mesure. Il n'avait pas cependant la gratuité pure d'une incantation magique puisque, s'il avait été effectivement assumé, suivi jusque dans ses conséquences, par ses signataires, il aurait abouti et aboutirait encore à la paralysie de ce qu'il repoussait, à son arrêt faute de combustible, à sa mise dans l'impossibilité d'assurer sa fonction d'instrument d'un État au service du capitalisme.

    Le second argument est que les objectifs aussi bien que le mode de fonctionnement du Centre, dans la forme qu'il avait en 1968, le rendaient inutilisable à l'avance. Il faut se garder de toute interprétation sommaire d'un léninisme réduit à une analyse scolaire et superficielle. La théorie de la conservation provisoire d'un «état bourgeois sans bourgeoisie», si elle est dans une certaine mesure indispensable à la dictature du prolétariat qui précède l'extinction de l'état, ne doit pas servir d'excuse, ainsi que cela arrive trop souvent, aux velléités conservatrices. Il est au contraire nécessaire, et L'état et la Révolution le montre assez, une fois assurée la prise de pouvoir au prix de la destruction de l'état bourgeois, de simplifier, de réorganiser et de réorienter, bref de bouleverser totalement les mécanismes administratifs les plus réactionnaires sous peine, et l'on sait trop que le péril n'est presque jamais évité, alors qu'il pourrait parfaitement l'être, de voir se monter ou se perfectionner les pièges de la bureaucratie. Le Centre est un très bon exemple de ce que Guevara nommait les «péchés originels» des régimes bourgeois, ces legs empoisonnés qu'ils font à la Révolution. Le Centre ne ressemble en rien aux P. et T. ni à la S.N.C.F. Il n'est rien d'autre que la Police du cinéma français et, comme tel, il devait et doit encore être radicalement révoqué en doute, faute de mieux, pour laisser la place au projet d'un organisme de contrôle entièrement nouveau, de simple gestion, qui ne serait plus complice -- ce fut l'erreur de la Convention Collective -- d'un corporatisme syndical de type américain, qui ne serait plus l'instrument  servile de la grosse production et des banques, qui ne se ferait plus de sa Loi d'Aide l'alibi «culturel» de sa compromission fondamentale et qui enfin n'aiderait plus à l'oppresion de la Censure.

Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2

Le cinéma s'insurge - états généraux du cinéma - n°2

    Aussi l'acte de révolte que constitue la mise en question du Centre était-il plus que justifiable. Il était indispensable et salutaire parce qu'il accusait, s'en prenait directement à ce qui est, pour le cinéma, l'instrument le plus dangereux, économiquement et esthétiquement, de l'aliénation gaulliste. Il permettait également un premier regroupement et un premier dénombrement, même si d'aucuns hésitèrent à le signer pour des raisons qui n'étaient pas toutes méprisables, refusant par exemple, alors qu'ils venaient d'obtenir ou attendaient l'Avance qui allait leur permettre de faire enfin leur film, de jouer un double jeu auquel d'autres se livrèrent et se livrent encore sans le moindre scrupule. Ils ne virent en effet dans l'affaire qu'un acte de pure forme, qui engageait assez peu et permettait de se placer au vent sans trop de risque. Ils savaient combien doux sont les accents du repentir à l'oreille du Pouvoir et que les Fils Prodigues sont toujours mieux accueillis que les fidèles de toujours. Ces signataires opportunistes hantent aujourd'hui les couloirs et les bureaux de ce Centre qu'ils niaient hier, à la recherche de la chère Avance. Les mouvements révolutionnaires n'ont pas seulement leurs traîtres, ils traînent aussi une poussière de défectionnaires inconséquents.

2. LES SIX POINTS DE SURESNES.
    Croire, comme le firent les sages, que les Points de Suresnes sont le constat d'un échec, qu'ils marquent un recul par rapport aux Projets présentés et surtout qu'ils sont un affront méprisable lancé par d'éternels mécontentements aux travailleurs acharnés de dix-neuf plans savamment ordonnés, une victoire de la destruction sur les bâtisseurs et du désordre sur les raisonnables, c'est se méprendre totalement sur le sens de trois semaines de discussion aussi bien que sur le rôle que devaient jouer, et jouèrent malgré eux les projets en question dans une dialectique multiforme. La première erreur fut claire dès le premier soir. Il était impossible de s'en tenir aussi vite à une réorganisation préétablie, abstraite et adoptée après vote parmi dix-neuf autres. C'était une manière définitive de scléroser tout mouvement, toute critique d'annuler dès le départ tout examen conditionnel, bref une bonne façon de préparer l'entrée en force du dogmatisme. Une fois constaté le danger, une seconde erreur fut commise lorsqu'on crut qu'il était possible de combattre ce dogmatisme par la mixture, d'établir à partir des trois premiers projets classés un amalgame en supposant qu'il serait satisfaisant pour un large électorat et qu'il recueillerait une majorité écrasante, plus «démocratique» donc, alors qu'il ne pouvait être qu'un compromis monstrueux.
   Ces erreurs n'étaient pas surprenantes. Elles provenaient de la fonction même que l'on attribue à ces esquisses. Elles furent présentées comme des chartres à adopter, comme une législation tandis qu'elles n'étaient, ne pouvaient être que des bases de la discussion, des «projets» au sens propre, ce qu'elles furent en fait mais dans un climat faussé par la croyance de leurs auteurs qu'ils avaient édicté les statuts du cinéma tel qu'en une nuit les Etats Généraux allaient le reconstruire, mieux : le recréer. Dans cette perspective analytique et critique qui se substitua non sans mal ni sans «désordre» à la prétention légiférante, le Projet 4, paradoxalement, de par son outrecuidance même, fut de loin le plus fécond, puisque l'extrémisme de ses propositions fit apparaître dans le sérieux factice de ses rivaux des fissures que l'on n'eut pas devinées sans lui.
    Les Six Points sont le résultat d'une réflexion collective qui, si elle ne s'est pas toujours déroulée dans le calme de l'utopie, n'en avoutit pas moins à un résidu rigoureux, fruit d'une décantation dont l'effervescence même était l'indice inévitable. Ils peuvent servir de base à et nourrir tout à la fois un travail futur, de construction cette fois, mais qui ne pourra être que long, concret, étroitement dépendant de la pratique et qui surtout ne devra pas, comme c'était manifestement trop souvent le cas des projets du mois de mai progresser à l'écart d'une lutte révolutionnaire plus générale. Ils ne sacrifient pas au préjugé habituel de l'intellectualisme petit-bourgeois qui s'épouvante du tumulte et où se réfugient les craintifs dont Fidel Castro dit qu'ils sont «habitués à tenir leurs idées dans leurs têtes aussi bien rangées que leurs vêtements dans l'armoire de leur maison». Ils soulignent quelques positions de combat importantes parce que, pris dans leur ensemble, ils sont inconcevables rationnellement sans un bouleversement complet de leur environnement social et sans que ce bouleversement soit effectué d'abord. Ils mettent enfin sur un même plan de leurs préoccupations la forme économique d'un cinéma futur et les présuppositions qu'implique la liberté de son contenu idéologique et de son esthétique, dans une série d'oppostions rigoureuses et fertiles.

C comme Capital. - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

C comme Capital. - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

    Car ils définissent une centralisation publique limitée et précisecomme une conséquence de la destruction des monopoles (point 1) tandis qu'ils prônent l'autogestion et, sur le modèle de la Commune de Paris, l'élection et la révocabilité des responsables, bien qu'ils soient imprécis sur la nature des «instances» électriques, comme remèdes aux dangers bureaucratiques de cette centralisation (point 2). Ils établissent à tous les degrès l'indépendance du cinéma à l'égard du profit (point 1 et 3) mais également vis-à-vis de la censure (point 4). Dans un même ordre d'idées, ils se gardent bien de définir aucune régle formelle, et surtout un réaliseme vieux ou nouveau, socialiste ou non, mais ils se préoccupent au contraire de prévoir un enseignement dont l'autogestion encore et aussi l'ouverture à toutes les classes sociales, s'il en reste, fermerait la porte non seulement à tout asservissement économique mais aussi à tout sectarisme, qu'il s'agisse du sectarisme cynique d'une esthétique d'Etat et du sectarisme plus hypocrite mais tout aussi nuisible d'un intellectualisme de classe (point 5). Enfin si le domaine, plus directement informatif ou immédiat, de la télévision pose des problèmes distincts, il était utile de rappeler d'une part les noeuds serrés qui la lient au cinéma et aussi de déclamer sa propre indépendance vis-à-vis de tout autoritarisme (point 6).

    S'il doit tenir compte des monopoles puissants et organisés que sont les laboratoires, les banques, certains circuits ou certaines compagnies, rares mais d'autant plus forts et menaçants, le cinéma, au moins à l'échelon de la production, est d'une fragilité économique si grande qu'elle n'a d'équivalent dabs aucun autre secteur du capîtal. Cette faiblesse peut permettre un bouleversement dont la rapidité, l'absence d'état transitoire et le caractère radical sont presque paradoxaux. Elle explique en tous cas que les Six Points peuvent se donner pour horizon la réalisation presque directe du propos célèbre de Engels, en remplaçant «l'administration des personnes par l'administration des choses»et en montrant comment la gestion matérielle peut d'elle-même préserver l'indépendance des individus. Il n'en faut pas moins bien voir aussi que ce retournement de la logique productive n'est possible, qu'elle que soit sa promptitude, que comme conséquence d'un bouleversement global de la société. Croire qu'il serait possible de modifier une unique enclave économique où le cinéma se trouverait parqué comme un indigène dans une réserve, estimer que les monopoles capitalistes et leurs alliès réformistes voudraient bien, au nom d'un vague «amour du cinéma», céder d'une façon autre que symbolique sur cet unique point «culturel» est une illusion dangereuse. Un changement partiel est peut-être réalisable temporairement, localement, à la faveur d'un de ces reculs tactiques que les Sociétés Capitalistes Complexes savent effectuer pour opprimer plus à l'aise ce qu'elles font mine de libérer mais cette mutation est condamnée à s'étouffer d'elle-même si une Révolution totale ne vient lui apporter l'oxygène nécessaire.

3. LA COMMISSION DE RÉALISATION.

    En attendant, les Etats Généraux ont montré que leur cinéma n'était pas seulement une fin perdue dans un futur encore indistinct mais également un moyen d'y parvenir et, mieux encore, de contribuer à son éclosion. La Commission de Réalisation et son travail, quelques critiques de détail que l'on puisse lui faire, constitue la participation concrète des Etats Généraux à un mouvement révolutionnaire qui est, quoiqu'on puisse penser, encore «en cours». Pour cette lutte, ils se sont appliqués à forger leur fer de lance, leurs films et des leçons utiles peuvent être tirées de leur expérience.


    Ces films, tout d'abord, furent conçus pour la pratique immédiate, comme des instruments et non comme des «oeuvres». Ils n'ont pa eu d'autre part la prétention condescendante de se mettre à un «service du peuple» paternaliste, mais de se faire, à tous les degrés, du projet à la projection, avec le mouvement ouvrier et étudiant dans ce qu'il a de plus nettement révolutionnaire. Ce travail en commun s'est organisé au stade de la conception lorsqu'il a été demandé aux travailleurs de définir ce qu'ils voulaient exprimer. Il s'est développé pendant la mise en chantier même des films. Le dialogue entre l'équipe de réalisation et les intéressés -- le «sujet» -- s'est poursuivi lors du tournage, du montage et de la rédaction du commentaire. Il s'est épanoui enfin de par la méthode même de la diffusion. Les films, en effet, ne sont aucunement considérés comme des produits achevés, refermés sur la plénitude de leur forme et sur la suffisance de leur contenu, capables de dispenser à la fois les faits et leurs enseignements. Ils sont au contraire les pièces d'un débat, un apport ouvert que les spectateurs doivent eux-mêmes discuter et compléter. Sans qu'il y ait rien là d'autre qu'une coïncidence, les Etats Généraux poursuivent un essai identique à celui de La Hora de los Hornos de l'argentin Fernando Solanas, qui ne veut être qu'un moyen d'excitation et de provocation.


    Le caractère collectif de ce cinéma entraîne un anonymat inéluctable et peut-être le travail de Solanas et de son équipe aurait-il échappé à certaines insuffisances, dont rend compte, par exemple, Piera Arlorio dans le numéro 97 de Positif, s'il avait obéi à cette règle. Que l'on m'entende bien. Il ne s'agit aucunement de refuser la création individuelle ni de vouloir brimer l'indépendance de l'artiste ou de l'intellectuel et l'on peut, à ce sujet, renvoyer facilement aux Paroles aux intellectuels de Fidel Castro. Il s'agit, dans la stricte perspective révolutionnaire, de poser en précepte que la création et l'analyse sont l'affaire, mieux : le devoir de tous, que leur pleine efficacité ne peut être atteinte que par un travail commun. Cela ne veut pas dire non plus, inversement, qu'une oeuvre individuelle qoit, à priori, dépourvue de tout prix révolutionnaire. L'histoire du cinéma est heureusement fertile en preuves du contraire. Cela veut dire qu'un cinéma de lutte quotidienne soit, s'il veut être autre chose qu'un moyen de diffuser la bonne conscience, rompre momentanément avec les prérogatives de l'auteur. Lorque Guevara assurait que l'intellectuel ne pouvait être un véritable révolutionnaire qu'au prix de l'abandon de ses privilèges d'intellectuel, lorque Fidel Castro, encore, dans son discours de 1961, affirmait que «l'artiste le plus révolutionnaire serait celui qui serait prêt à sacrifier sa propre vocation artistique pour la Révolution», ils soulignent l'un et l'autre que l'action et l'agitation doivent faire oublier pour un temps les soucis de l'oeuvre et de son auteur considérés de façon traditionnelle.

    Encore une fois il ne s'agit pas de lancer des anathèmes. Il n'est pas interdit de croire, une fois établie leur distinction, que le cinéma disons de création et le cinéma de combat puissent se compléter et se vivifier, que les expériences nouvelles de l'un puissent profiter à l'autre, et vice versa. D'autre part le terme d'anonymat doit être dépouillé de toute ambiguïté. Il n'est absolument pas question d'une dépersonnalisation perpétrée au profit d'un sectarisme centralisateur de type jdanovien, qui dicterait les stéréotypes des idées et de la forme, mais de la conséquence logique du travail collectif, d'une confrontation permanente cintinuée aussi bien au sein de l'équipe technique qu'avec le sujet et le spectateur. Autant il est périlleux de vouloir dans l'absolu faire du cinéma un art «populaire», autant il est profitable, indispensable même, dans le cas précis et délimité d'un cinéma de témognage et de réflexion révolutionnaire, de rechercher constamment l'appui et le contact de l'avant-garde des masses. C'est aussi, probablement, le seul moyen d'échapper à la récupération marcusienne et, là encore, les Etats Généraux ont su comprendre que la pratique devait précéder la théorie.

    D'autres films sur les «évènements» fr Mai ont été réalisés en-dehors des Etats Généraux et, même si l'on doit regretter que leurs réalisateurs n'aient pas rejoint les équipes de la Commission de Réalisateurs, il serait maladroit et vain d'en faire le procès au nom d'une exclusivité morale ou politique  de ces Etats. Plus grave est la naissance d'une Coopérative née, en fait, d'une véritable scission. D'un point de vue simplement moral, cette fraction, qui prit pour prétexte de son départ un manque de sérieux et d'efficacité de la Commission est déjà déplorable puisque ses constituants, pour une large part, n'ont pu tourner que grâce aux Etats et parce que le matériel, image et son, dont ils ont décidé qu'il leur appartenait en vertu de leur droit «d'auteurs» et qu'ils ont emporté dans leurs bagages, fait aujourd'hui gravement défaut au «film de synthèse» qui est actuellement en chantier, mais elle est encore plus fâcheuse du point de vue politique. Vouloir créer un groupe de production indépendant où des acteurs divers mettraient leurs talents au service de divers mouvements ou partis plus ou moins «de gauche» et se feraient ainsi interprètes de la F.D.G.S., du P.S.U. ou du P.C., au choix, ne peut aboutir qu'à la confusion et à une mésestimation complète du rang que peut aujourd'hui tenir un cinéma militant. C'est substituer une quelconque publicité électorale, donc mystificatrice, à ce qui est et doit demeurer une méthode d'agitation permanente (1).

4. POUR CONCLURE.

    Certes les eforts des Etats Généraux peuvent encore paraître incertains, certes aussi a-t-on pu, dans le meilleur des cas, les taxer de «pagaille sympathique» (Cinéma 68), certes, enfin, quelques unes de leurs décisions et de leurs contributions ont pu sembler illusoires sinon purement négatives mais, si leur action n'a pas été sans faiblesses, sans hésitations ni sans fourvoiements, il semble bien qu'en allant dans le sens d'un durcissement croissant, leur engagement ne soit pas sans avoir apporté quelques résultats ni sans avoir permis de tirer quelques leçons et qui dépassent heureusement le domaine du cinéma. La négativité, la méfiance vis-à-vis de toute mise en place trop rapide sont parfaitement normales. Alors qu'il serait dangereux d'organiser trop hâtivement une révolution effective que dire des bureaucrates qui veulent ordonner une révolution qui n'existe pas encore et dont la voie même n'a eu ni le temps ni la possibilité de se définir pleinement. Car la Révolution que nous voulons ne se reconnaît ni exemple ni modèle, des principes sans doute et quelques points de départ précis mais rien de plus. A cette attente, à cette longue et indispensable éclosion de la théorie dans la pratique, le cinéma peut contribuer et les Etats Généraux l'y aider. En fait, ils l'aident déjà, en réalisant leur révolution pour, par et dans la Révolution.

                                                                                                                    Louis SEGUIN
____


    (1). Fin Mai, trois Commissions furent mises en place : Réalisation, Matériel et Diffusion. Ces trois instruments avaient le même but d'assurer, face à la propagande mensongère des organismes encore, et toujours, aux mains de la bourgeoisie (journaux, radios, télévision, etc.) une information qui rétablisse la réalité des faits et des idées et permette la mobilisation des masses populaires.
    Ces intentions restèrent lettre morte, pour une seule raison. La G.G.T. et le P.C. refusèrent qu'un seul laboratoire fasse une grève active. Ils prétendaient que la grève des laboratoires avait été très difficile à obtenir et que briser l'unité de la grève entraînerait les autres laboratoires à reprendre le travail. Bien entendu ces propos furent tenus avant les accords de Grenelle.
    D'où l'incohérence de l'action. Les équipes de réalisation, très nombreuses, tournaient sans très savoir pour qui, pour quoi et comment. La Commission Matériel, très vite, ne fit plus qu'un travail de régie élémentaire et d'une remarquable inefficacité. Elle était aux mains du P.C. Il fallut plus de deux semaines avant d'arriver à faire admettre l'idée, qu'avaient eue d'autres équipes qui travaillaient par exemple pour la SNEsup, d'utiliser les laboratoires étrangers.
    De son côté La Commission de Diffusion ne pouvait que projeter un matériel ancien ( à de rares exceptions près extrait du catalogue des Fédérations de Ciné Clubs) dans les lieux de travail occupés, lorsqu'elle le pouvait.
    A mesure que le mouvement s'amollissait, que les grèves finissaient et que se précisait le «retour à la normale», les équipes de réalisation se mirent à oublier les notions d'anonymat, de films d'informations et de combat. Dans ce contexte quelques opportunistes malins proposèrent de fonder une Coopérative qui regrouperait les équipes et permettrait la finition de films. Cette intention, louable en théorie, se révéla être une simple récupération financière et électorale des documents.
    Devenus association légale, les Etats Généraux essayèrent de négocier avec cette coopérative mais il n'y eut aucun terrain d'entente, pas même au sujet des négatifs qui appartiennent de fait et de droit aux Etats Généraux. Ils créèrent alors une société de production afin d'accueillir les équipes pour qui la fin des grèves ne signifie pas la fin du combat.
    Depuis, non seulement les Etats Généraux ont assuré la finition des films qui leur ont été confiés mais encore, depuis juillet 1968, ils en ont assuré la diffusion d'une façon efficace.

 

O comme ORTF - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

O comme ORTF - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

LE FILM DE SYNTHÈSE

    L'un des premiers objectifs d'un Comité de Réalisation issu de la Commission de Diffusion est aujourd'hui la mise en oeuvre d'un «film de synthèse» qui, après quelques mois, fasse un bilan des «évènements» de Mai-Juin et soit une base d'appréciation, de discussion et de combat. Cette mise au point ne saurait se faire sans que soient, au préalable, formulées le plus clairement possible un certain nombre de coordonnées politiques.  Les notes qui suivent résument ces formulations qui, elles-mêmes, ne veulent être ni un commentaire de film ni un synopsis mais un plan de travail idéologique.

1. LA FIN DE LA GRÈVE.


    Tout en brandissant la menace de la guerre civile, De Gaulle propose des élections «démago-démocratiques». Cette manoeuvre est rendue possible par l'assentiment du P.C. et de la F.G.D.S. qui ne veulent ni ne peuvent s'emparer d'un pouvoir pourtant violemment ébranlé par dix millions de grévistes.
    Les états-majors des Partis de Gauche et des syndicats ne portent la lutte que sur le terrain des revendications partielles et de la légalité parlementaire de la bourgeoisie, malgré un fort mouvement ouvrier réclamant «le pouvoir populaire». Tous leurs efforts porteront sur la cessation des grèves, la propagande en vue d'élections perdues d'avance et la chasse aux «gauchistes». Waldeck-Rochet surenchérit sur Pompidou et réclame pour son parti l'avant-garde de cette chasse. Les revendications immédiates mêmes sont bradées par la C.G.T. et en lieu et place de la «Reprise victorieuse du travail» annoncée dans un grand titre de L'Humanité, c'est un flot d'amertume et de colère rentrée qui, à contre-coeur, passe les portes des usines réouvertes. Cette trahison des bureaucrates ne démobilise pas pour autant les plus combatifs. Ils sont décidés à prendre en main leur propre sort et à continuer le combat...

2. PAR LA RÉPRESSION QUOTIDIENNE ET CACHÉE PUIS PAR LA VIOLENCE POLICIÈRE L'ÉTAT BOURGEOIS CONCRÉTISE LA LUTTE DES CLASSES.

   
Les gouvernements des pays industrialisés (société de classe des démocraties bourgeoises ou société bureaucratisée des démocraties populaires) possèdent des moyens d'intégration (consommation, industrialisation, partis, etc.) et des moyens de répression suffisamment efficaces pour n'avoir recours à la brutalité que dans les cas exceptionnels où leur existence même est en péril, lorsque les formes habituelles d'oppression et de répression (travail à la chaîne, parcellisation, surexploitation des travailleurs émigrés, chômage, chantage, monopole de l'information) deviennent insuffisantes.
    Dans cet état de crise où le pouvoir de la bourgeoisie apparaît sous son véritable jour, la lutte des classes devient évidente pour tous et participe à la prise de conscience des masses et à l'élévation de leur niveau politique. Les grèves de Redon ou de la Rhodiaceta, les barrages de routes et la destruction de leurs produits par les paysans témoignent des extremités où la violence de l'exploitation bourgeoise les accule. Cette lutte a commencé bien avant le mois de Mai et a emporté l'adhésion de certaines couches de la petite bourgeoisie. Les étudiants y ont participé de façon ouverte à partir du 22 mars. A Nanterre un vent révolutionnaire a soufflé à l'intérieur même de la Faculté et ce combat s'est soudé de façon étroite au combat général. Nanterre, Redon, Rhodiaceta furent les répétitions générales qui préfigurent les occupations d'usine et de facultés de mai.  

3. UN RÉVOLUTIONNAIRE, DANS UNE «SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION» EST FORCÉMENT UN PROVOCATEUR.

    A la répression policière il oppose la légitime violence révolutionnaire imposée par les circonstances. L'action exemplaire des étudiants sur les barricades provoque l'unification des luttes étudiantes et ouvrières.
    S'installer dans la salle du Conseil des professeurs pour y saucissonner apparaît comme un acte de transgression scandaleux et anticonformiste. Encore plus provocatrices et scandaleuses sont les constructions de barricades face aux flics, l'utilisation des voitures, sexes de rechange et symboles de la société de consommation. Les flics font mal mais ils ont cessé d'être invulnérables. Au fur et à mesure que la répression s'intensifie, la capacité de résistance des révoltés grandit. Jeunes, apprentis, lycéens, travailleurs, étudiants et marginaux vont spontanément aux barricades pour épancher leur soif de révolution.
    L'origine étudiante du mouvement en limitant aux matraques et aux gaz de combat la sauvagerie policière favorise les premiers développements de la lutte de tous.

4. LA LIBERTÉ SUR LES MURS, LE POUVOIR DANS LA RUE.
 

    La liberté d'expression, de comportement s'est installée d'abord où étaient les étudiants. Les barricades de la rue Gay-Lussac, la «grande fête» de mai délimitaient les frontières d'un territoire libéré qui s'étendit par la suite aux facultés et aux usines.
    Bien souvent les occupations se sont réalisées après une bataille politique à l'intérieur des facultés pendant qu'à l'extérieur une action se menait en direction des travailleurs.
    Les occupations dans les secteurs les plus combatifs des usines (électronique, chimie, métallurgie) sont le fait d'un nombre élevé de grévistes -- l'occupation est politique, fruit d'analyses et de discussions -- syndiqués et non syndiqués sont au coude à coude, ils accueillent les étudiants, parlent avec eux. Dans d'autres secteurs au contraire, la bureaucratie prend le dessus, le comité de grève est manipulé, les non syndiqués sont écartés.
    Contrairement aux entreprises, un début d'auto-gestion a vu le jour dans les universités.

    Notons que le mouvement de mai a suscité :

1°)  un mouvement ouvrier efficace et dynamique qui s'est déclenché en marge des directives syndicalistes,

2°)  un premier pas vers le décloisonnement entre différentes catégories professionnelles, ouvriers et paysans, travailleurs et étudiants.

3°) le remplacement momentané du monopole de l'information des organisations en place (syndicats, ORTF, presse) par la mise en place des moyuens d'informations directs (tracts, affiches, journal, slogans muraux) conçues et réalisées par les militants eux-mêmes,

4)° la liberté d'expression imposée par les enseignés aux enseignants, par les ouvriers aux patrons et à leurs dirigeants.

5. CE N'EST QU'UN DÉBUT,...MAIS C'EST DEJA PAS MAL.

    L'expérience de mai a permis de prendre conscience :

1°) que la direction politique est l'afaire des militants et non celle des fonctionnaires des appareils intégrés ;
 

2°) que le problème de l'organisation de la classe ouvrière et de la direction politique des luttes est posé, compte tenu des différents courants qui animent l'idéologie révolutionnaire mondiale.
 

L'I.D.H.E.C. ET LA POLITIQUE

M A I - J U I N

    Une analyse politique de l'occupation de l'IDHEC aux mois de Mai et Juin montre la situation particulière de cette école vis-à-vis des autres facultés, des usines occupées, et de la profession. L'IDHEC est au carrefour de ces trois directions.

    Quels sont les éléments de base de cette situation complexe ?

-- Comme dans une petite entreprise, l'IDHEC était dirigé par un «patron» qui pouvait contrôler tous les travaux des étudiants et les suivre en permanence. Par sa personnalité même, le directeur était assimilable à un contremaître, ou à un garde-chiourme paternaliste («On peut tout régler en venant me parler dans mon burau»). Cette autorité patronale n'avait devant elle aucune organisation syndicale constituée. L'Amicale des élèves organisait les bals et recueillait des places gratuites dans les cinémas.

-- Comme toutes les productions professionnelles, l'école avait à sa disposition certains moyens (caméra, montage, etc).

-- Par son statut, l'IDHEC était un établissement d'enseignement supérieur, dépendant du ministère des Affaires Culturelles, et apparenté à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.
Aussi l'occupation de cette école s'est-elle déroulée comme l'occupation d'une petite entreprise où les ouvriers auraient adopté le principe de la grève active.

    Un certain nombre d'étudiants de l'IDHEC ont participé aux manifestations, combats de rues, meetings de la première quinzaine de Mai. Mais jusqu'à la dernière minute, ils ont estimé que l'occupation de leur école était inutile. Le combat des étudiants parisiens les concernait par solidarité, mais n'était pas leur combat. En ce sens, leur participation aux barricades est plus à rapprocher de celle des jeunes ouvriers que des étudiants.

    Les studios de l'IDHEC furent occupés le 17 Mai. C'est à dire avec les dernières facultés et les premières usines. Cette occupation fut d'abord un geste de solidarité, avent de devenir une action militante cohérente.

 

    À cet égard, le problème de l'utilisation des moyens de production fut décisif. Comme dans les entreprises, l'IDHEC possédait, on l'a vu, des moyens de production. Comme dans un faible nombre d'entreprises, les étudiants pouvaient assurer la marche de l'établissement sans le patron (le directeur) et sans les cadres (les professeurs. La décision de sortir et d'utiliser le matériel provoqua la rupture immédiate avec les enseignants, sauf deux ou trois. Cette déciszion entraîna cinq jours plus tard l'adoption en assemblée générale du principe de l'école autogérée et de la grève active. C'était en même temps un choix moral important : ses étudiants et leur matériel devenaient une arme de combat au service des militants.

    Ce principe de l'autogestion décida de toute la vie de l'école pendant deux mois (organisation des tournages, rotation dumatériel, entretien, etc.) et aussi définit les bases de la gestion et de la pédagogie : les étudiants sont responsables de toute la vie de l'école.

 

    L'évacuation même de l'école le 10 juillet rappelle la fin de la grève dans une usine. Les studios furent évacués sans incident en échange d'avantages matériels, comparables aux aux augmentations de salaires des ouvriers :

--  Prêt de matériel de tournage pendant deux mois à l'Association des étudiants.

--  Budget de 1500 F par mois pendant deux mois pour les tournage des étudiants.

    Avant même d'avoir à négocier une réforme, de tels avantages avaient été consentis. Ces questions matérielles ne sont pas négligeables pour un cinéma militant.

Pendant ces deux mois, les étudiants ont dissocié deux plans :

--  Activité militante par leurs tournages dans les rues, les usines, les facultés.

-- Activité réformiste par leurs commissions sur la pédagogie et la gestion dans l'école.

    Ils n'ont jamais confondu les deux activités (bien que ce soient les mêmes étudiants qui s'en occupent). Ils n'ont jamais adopté l'attitude corporatiste des Etats Généraux, lorsqu'à Vaugirard ils pensaient faire la révolution dans le cinéma avant d'aider concrètement la lutte des ouvriers en grève et des étudiants de la Sorbonne.

PERSPECTIVES ACTUELLES

    La situation est maintenant éclaircie : les étudiants ont distinqué trois niveaux pour l'action qu'ils mènent :

-- Utilisation des moyens de production.
-- Pratique syndicale liée à celle de la profession et à celle de l'UNEF.
-- Pratique politique liée aux groupes révolutionnaires.

   Comme dans toutes les analyses politiques classiques, les étudiants les plus conscients politiquement doivent se placer à l'avant-garde du mouvement syndical. Les deux pratiques ne sont pas concevables séparément.. L'avant-garde, formée politiquement, doit entraîner dans sa lutte la masse des étudiants.
    Sur le plan de l'organisation, on distingue maintenant deux structures :

A. L'Association Générale de l'IDHEC qui constitue le syndicat des étudiants, regroupe actuellement la totalité des étudiants. L'AGIDHEC a adopté les réformes sur la gestion qui ont été acceptées par Malraux et qui doivent être rapidement mises en place. L'autorité patronale définie hier soir par une seule personne est remplacée aujourd'hui par une direction collégiale de 6 personnes (2 professionnels, 2 professeurs, 2 étudiants), dont le directeur ne doit être que l'exécutif. Le directeur doit être élu par le nouveau conseil d'administration de 20 personnes (5 membres nommés par l'Etat, 5 professeurs, 5 professionnels, 5 étudiants). La nouvelle pédagogie élimine les cours théoriques, les professeurs permanents, et les chaires. Tout le travail est accompli en ateliers, par cycles d'études, sous la direction de psychopédagogues et de professionnels. Ces solutions sont actuellement étudiées par un bureau provisoire (1 producteur, 1 réalisateur, 1 technicien, 1 professeur, 1 étudiant et Marcel Lherbier). Au 30 septembre, beaucoup d'espoirs sont permis pour la nouvelle année.

B. Le groupe d'action cinématographique ou GAC qui regroupe une vingtaine d'étudiants. Il doit assurer un quadruple travail :


-- Mener les luttes syndicales de l'AGIDHEC.
-- Assurer une formation politique à ses militants, par des exposés et des discussions.
-- Assurer le travail d'un Comité d'Action (contact avec les entreprises, collages d'affiches, etc.).
-- Réaliser des films militants avec les militants ouvriers et étudiants.

Tout ce travail doit être mené en liaison avec les organisations existantes, les Comités d'Action, et les groupes de cinéma (ARC, EGC, etc.).

Il est bien évident que, vu le faible nombre d'étudiants (75 au maximum), les deux organisations se superposent. Les militants entraînent la masse vers des objectifs précis. L'Association, par son nombre, et son importance dans la gestion de l'établissement, protège les activités militantes.

                                                                 GROUPE D'ACTION CINEMATOGRAPHIQUE IDHEC.
 

(à suivre)

S comme sauveur - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

S comme sauveur - Dessin animé "Alphabet" - États Généraux du Cinéma n°2 - Mai 1968

POUR EN FINIR AVEC VENISE

    Venise 1968 inclut dans ses festivités une Table Ronde intitulés : «Cinéma et Politique». Venise annonce la participation des vedettes internationales de la «contestation».

    Mais le S.D.S., l'U.N.E.F., le SNE-Sup, le P.C.I., les Etats Généraux du Cinéma Français invités se récusent. Les Cahiers du Cinéma acceptent de se charger de l'opération.
 
    En Mai 1968, le Festival de Cannes était interrompu par un groupe de cinéastes et de critiques, en accord avec les Etats Généraux du Cinéma. En Septembre la plupart de ces cinéastes et de ces critiques soutiennent le Festival de Venise et s'opposent à la position inchangée des Etats Généraux.

    Il serait inutile de se complaire à des querelles de personnes, et les contradictions révélées, les commentaires incohérents qu'elles ont provoquées, les clivages qui se sont produits n'étaient pas symptomatiques.

    Quelques cinéastes et critiques qui prétendent, ou ont prétendu, vouloir abattre le système de production capitaliste se sont montré ses complices. Quelques journalistes qui affirment leur «amour du cinéma» et leur «libéralisme» n'ont fait que soutenir les puissances qui oppriment le cinéma et la liberté. Tout cela est assez exemplaire pour mériter précision et analyse.

    La position des Etats Généraux, vis-à-vis des Festivals, a été mainte fois réaffirmée :
«Les Etats Généraux ont décidé de ne participer à aucun Festival : ceux-ci étant pour le mieux un processus d'intégration de la culture bourgeoise et au pire une organisation commerciale au service des marchands de films». (Et nous savons combien la récupération profite aux marchands).

   Cette déclaration signifie que les Etats Généraux considèrent comme leur devoir de maintenir des positions politiques intransigeantes pour servir le prolétariat dans sa lutte.

    Il ne pouvait être question pour eux de se désolidariser des mouvements politiques qui en Italie même et ailleurs s'opposaient au Festival. Pour eux comme pour ces mouvements les Festivals sont des «ghettos», les ouvriers et les étudiants sont la réalité.

    Est-il nécessaire de préciser que, dans la situation où nous sommes, de telles positions ne peuvent engager que l'Association et qu'elle ne peut interdire à un réalisateur ou à un technicien de gagner sa vie ? Un syndicaliste révolutionnaire pointe bien, tous les matins, à son usine.

    Mais les Etats Généraux, en tant qu'Association, ont été invités à présenter leurs films à cette fameuse Table Ronde qui devait donner sa caution politique au Festival de Venise. C'est cette caution qu'ils ont refusé de donner et c'est ce refus que l'on a essayé de contourner et de dénaturer.

    Les arguments des partisans et de la participation à Venise étaient :

--  L'Italie n'est pas la France, Septembre n'est pas Mai et Venise n'est pas Cannes.
-- Venise est «un Festival artistiquement audacieux»
-- La Fédération Internationale des Producteurs de Films s'oppose au «courage» de Chiarini. Si on ne défend pas ce «héros» on pactise avec l'ennemi.
-- C'est un acte d'efficacité politique que de présenter les Films des Etats Généraux dans les salles du Festival.
-- Enfin, cette année; Venise est, plus que jamais, un «Festival de gauche».

De tels arguments sont insoutenables :
-- Si en Mai, en France, il a fallu 10 millions de grévistes pour donner aux gens du Cinéma la force de contester leur asservissement, ils doivent se souvenir que les principes qu'ils ont découverts grâce aux étudiants et aux ouvriers n'ont pas perdu de leur valeur maintenant que la répression bourgeoise a pris momentanément le dessus. Et que, tous comptes faits, la foire de Cannes est plus franche que la récupération de Venise.
-- Les films des Etats Généraux sont des films politiques t ne peuvent être confondus avec des «objets culturels offerts aux jugements ésthétiques de la «culturocratie». Ce n'est pas qu'ils craignent ces jugements, mais qu'essentiellement ils les récusent. Ils n'admettent pas qu'au nom de valeurs mondaines la société les digère en les privant de leur sens et de leur fonction.
Jamais pour les Etats Généraux «la beauté du cinéma n'éclipsera la contestation».
-- Le confort commercial des marchands peut être gêné par la publicité que les Prix du Festival accordent à des oeuvres «d'Art et d'Essai». Il faut bien que le commerce paye de quelqu'inconfort la satisfaction de ses vanités et la tranquilité de sa conscience ! C'est là une contradiction inhérente au système et les Etats Généraux n'ont pas à la prendre en considération. Prétendre justifier la participation au Festival par les critiques que les marchands lui font (cf. l'article de J.L. Comollo dans Le Monde) c'est sous le couvert d'un faux dilemme confirmer des privilèges de classe. Cette opposition n'est pas qu'une querelle de famille. Comment séparer Chiarini et ses supporters des capitalistes qui finissent toujours par monnayer les Prix et les applaudissements ?
-- Quant à l'efficacité politique de la présentation des films dans les salles du festival...Soyons sérieux. Que peut pour la lutte des classes une Table Ronde de critiques, de mondains et de quelques otages pris aux pièges de leur sentimentalité.
-- Et nous arrivons à cette fameuse teinture de gauche qui devrait nous inspirer le respect. Sur la façade du Palais du Festival un énorme portrait du «Che» décorait l'entrée des vedettes. Etait-ce pour que nous nous agenouillions devant la «Mostra» ? Le «Che» était là  avec la bénédiction de l'archevêque de Venise.

    Soyons sérieux : il y a une réalité de l'exploitation et de l'oppression, nous avons à la comprendre et à la détruire dans un même mouvement. Séparer l'idée de l'acte pour en jouir comme d'une manifestation esthétique et culturelle ne peut que rendre cette réalité inoffensive en la transformant en un objet de luxe et de consommation.

    Soyons sérieux : à un certain niveau, il ne peut pas y avoir de différence entre un film de combat et la présence sur une barricade. Cela devrait être clair pour ceux, qui comme J.L. Comolli, ont tenté au mois de Mai de libérer le cinéma de son corporatisme pour offrir son contrôle à «tous ceux que le cinéma concerne». Est-ce pour le livrer à l'Association des critiques et à l'oecuménisme des chapelles ?

    La position des Etats Généraux n'a pas changé, elle n'a fait que se définir et s'affirmer. Il est grave que la présence de certains membres de l'Association à la Table Ronde de Venise ait pu la dénaturer.

    Que dire des journalistes qui avaient applaudi Mai et qui se sont choqués des troubles de Venise ? Rien ! Sinon que leur souhaiter de comprendre un jour que s'il peut être flatteur d'applaudir la révolte il faut en admettre les conséquences même si cela doit déranger leur confort intellectuel.

    Leurs humeurs auraient peu d'importance, si elles ne faisaient le jeu du pouvoir et de tous ceux qui ont intérêt à ce que l'on pense «normal, national et régulier».
 

DOCUMENTS POUR L'AFFAIRE DE LA MOSTRA

    Nous avons pensé qu'il serait utile, afin que chacun puisse en juger, de publier certaines pièces du dossier, communiqués, télégrammes, lettres et réponses aux journaux. Cette publication devrait préciser au moins chronologiquement le sens de certaines positions et dissiper aussi quelques ambiguïtés. Sauf indication contraire, les documents élanent des Etats Généraux.

    L'UNEF et le SNE-Sup refusèrent immédiatement l'invitation qui leur fut faite de participer officiellement à la Mostra.

-- Communiqué du S.D.S. (Mouvement des Etudiants Socialistes allemands) :
    Le Festival du Cinéma de Venise n'est autre qu'une institution autoritaire tout entière dans les mains d'un petit groupe pour diriger et monopiliser la culture. Par leur habile action de paternalisme les gérants du Festival ont un seul but, celui de vider de toute charge démystificatrice et politique les quelques oeuvres vives qui réussissent à parvenir sur les écrans du Lido. Ils s'en servent pour fournir un alibi et justifier à gauche le système.

    Le S.D.S. fait appel à tous ceux qui pourraient être utilisés comme instruments dans c"ette opération d'intégration afin qu'ils ne se prêtent pas à cette manoeuvre et refusent leur collaboration et leur participation à la farce de la culture mystifiée, qui ne sert qu'à maintenir l'équilibre du système. Le S.D.S. invite à lutter contre ce Festival.


Communiqué envoyé le 22 août au Monde, à Combat, à Miciché, directeur du Festival de Pesaro, et à l'A.F.P. :
    L'association des Etats Généraux a reçu une invitation à participer au Festival de Venise. Elle rappelle qu'elle est issue d'un mouvement de contestation des structures capitalistes de la société. En conséquence, elle a décidé de ne participer à aucun Festival. Ceux-ci étant au mieux un processus d'intégration de la culture par la bourgeoisie et au pire une organisation commerciale au service des marchands de films.

-- Télégramme envoyé le 30 août à Chiarini :
    Afin d'éviter ambiguïté positions personnelles, réaffirmons notre position sur festivals. Désavouons toute participation à une pseudo table ronde politique. Tout adhérent des Etats Généraux y participant ne peut engager que lui-même. Seules deux personnes porteuses d'un mandat spécial pour la diffusion peuvent si besoin est réexpliquer notre position.

-- Télégramme envoyé le 30 août à l'A.N.A.C. :

         Approuvons tous vos efforts en vue affirmer vos positions révolutionnaires. Réaffirmons notre position sur Festivals. Désavouons toute participation à une pseudo table ronde politique. Tout adhérent des Etats Généraux y participant ne peut engager que lui-même. Seules deux personnes porteuses d'un mandat spécial pour la diffusion peuvent, si besoin est, réexpliquer notre position. Amitiés.

-- Aux Diffuseurs (même télélgramme qu'à Chiarini) plus :
      Se mettre en contact avec Karmitz et donner le télégramme à la presse.

 

-- Télégramme envoyé le 2 septembre par le S.N.E.-Sup à Chiarini :

    Interdiction formelle de projeter film au nom du SNE-Sup. Motchane (1) arrive mardi. Hertzberg, Secrétaire général du S.N.E.-SUP


(1) Membre du Bureau National du SNE sup, chargé des relations culturelles.

 

Tract distribué à Venise - Nessuno alla mostra fascista ! (Personne à la Mostra Fasciste !) Qui ira ce soir au Palais du Cinéma assister au spectacle cinématographique offert par la Police, par Chiarini et par le gouverneur Leone ? Les billets d'entrée se retirent au commissariat, à la CIGA, au siège social du MSI et auprès du Gazzetino (quotidien de Venise, nuance Figaro.NDLR).-------------------------COMITE DE COORDINATION POUR LE BOYCOTTAGE DE LA MOSTRA CINEMATOGRAFICA.

Tract distribué à Venise - Nessuno alla mostra fascista ! (Personne à la Mostra Fasciste !) Qui ira ce soir au Palais du Cinéma assister au spectacle cinématographique offert par la Police, par Chiarini et par le gouverneur Leone ? Les billets d'entrée se retirent au commissariat, à la CIGA, au siège social du MSI et auprès du Gazzetino (quotidien de Venise, nuance Figaro.NDLR).-------------------------COMITE DE COORDINATION POUR LE BOYCOTTAGE DE LA MOSTRA CINEMATOGRAFICA.

-- Lettre rendue publique à l'occasion de la projection de quelques films des Etats Généraux à Venise, projection organisée par le Mouvement Etudiant dans le cadre de la rencontre nationale du 2 au 8 septembre. Sur ordre de Chiarini cette lettre n'a pas été diffusée par le service de presse de la Mostra. Néanmoins elle a été lue par les journalistes français :

 

Les Etats Généraux du Cinéma    à J.L. Motchana, Bureau National du SNE-Sup

                                                     Cher Camarade


    Etant donné la confusion qui entoure le Festival, confusion aggravée par les prises de position irresponsables de certains, le Conseil Permanent des Etats Généraux du Cinéma tient à réaffirmer une fois de plus sa position et te mandate expressément pour en faire part publiquement.
    Le Conseil Permanent des Etats Généraux refuse de participer au Festival sous quelque forme que ce soit dans la mesure où la Mostra de Venise constitue comme les autres manifestations de ce genre une entreprise de commercialisation de la culture bourgeoise.
    L'offre faite par les organisateurs du Festival de projeter des films politiques et d'organiser une table ronde ne change rien à la situation. En effet pour qui seront projetés ces films et pour qui se dérouleront les débats ? Certainement pas pour les travailleurs et les étudiants de Venise qui ne participeront en aucune manière à ce Festival, pas plus d'ailleurs que les étudiants et les travailleurs des autres pays. Alors que signifie l'offre des organisateurs du Festival ?
    Rien d'autre qu'une tentative d'intégration et de récupération de l'action politique des Etats Généraux.
    Il se peut que certains camarades aient été abusés par cette pseudo-contestation. Il faut qu'ils s'aperçoivent de leur erreur.
    Nous te demandons par ailleurs de prendre contact avec les organisations d'Etudiants et de Travailleurs de Venise à qui nous avons confié nos films et d'assister aux projections qu'ils consentent d'organiser en dehors du Festival.
Le Conseil Permanent des Etats Généraux : H. ARNAL - S. BARRON - J. CHARVEIN - T. DEROCLES - J. ESPAGNE - W. GLENN - M; HALFORD - J. KEBADIAN - M. KARMITZ - J.P. LETELLIER - A. PETIT - B. VAN GILLANERRE - L. WANJTAL

 

-- Cette lettre était accompagnée d'une déclaration du S.N.E.-Sup :

Le SNE.-Sup s'associe entièrement à la position des Etats Génétaux du Cinéma, et a décidé de ne pas participer aux débats politiques organisés par le Festival de Venise, pas plus qu'au Festival lui-même. Il a confié son film aux associations étudiantes de Venise.

-- A la suite d'un article publié les 9 et 10 septembre par Henry Chapier dans COMBAT, la lettre suivante lui a été adressée par H. Arnal au nom du Conseil Permanent des Etats Généraux avec prière d'insérer. De fait, seules quelques phrases seront citées le 14 septembre par le journaliste :

    Les omissions, fussent-elles à la plus grande glore de la «Beauté du Cinéma», n'éclipsent pas la réalité.
    La falsification et l'omission des faits font peut-être partie de votre conception du journalisme, mais pas de la nôtre.
    Vous renverrons-nous à la lecture de vos confrères italiens qui, contestataires ou non, ont rendu compte des évènements de Venise avec la clarté et l'objectivité quçi conviennent à leur mission d'informateurs.

    Nous sommes donc dans l'obligation de porter à la connaissance de vos lecteurs les faits tels qu'ils se sont déroulés :
    -- Vendredi 8 Août : Réunion du Conseil Permanent des Etas Généraux : rédaction d'une lettre précisant notre position contre les Festivals, en présence d'un représentant du S.N.E.-Sup et de deux représentants des Cahiers du Cinéma, qui participent à la rédaction.
    -- Jeudi 22, le Conseil Permanent, et non «les durs», et toujours en présence de MM. Comolli et Labarthe (Cahiers du Cinéma), reprenant les termes de la lettre du 8 et les renforçant, rédigent un communisqué diffusé par la presse (Cf. Combat 23-8).

    Comment J.L. Comolli, malgré cette position du Conseil Permanent et du S.N.E.-Sup, pouvait-il organiser pour M. Chiarini le programme d'une table ronde politique, incluant des projections de films des Etats-Généraux et du S.N.E-Sup. ?
    Le 2 septembre, par un télégramme à M. Chiarini, nous réaffirmons notre refus de participer à ces manifestations : par la même voie, le Secrétaire Général du S.N.E.-Sup.interdit la projection de leur film La Fleur Carnivore.
    Devant la confusion qui règne à la Mostra, un membre du B.B. du S.N.E.-Sup.et des Etats Généraux, mandaté par ces deux organisations part pour Venise afin de retirer le film La Fleur Carnivore du Festival (film qui a été projeté en dépit de l'interdiction formelle notifiée aux organisateurs, et sans l'accord de ses auteurs). Il doit expliquer notre position et participer à la projection des films des Etats Généraux prévue depuis longtemps et organisée par les Etudiants et Ouvriers de Venise.
    Le 4 Septembre, le réalisateur français Marin Karmitz, à Venise pour y présenter son film : 7 jours ailleurs, devant l'attitude des organisateurs de la Mostra et de ceux de la table ronde politique, envoie cette lettre à M. Chiarini :
    « J'avais décidé de participer au Festival de Venise, parce que comme tout cinéaste travaillant dans la société capitaliste actuelle, j'ai besoin de l'organisation commerciale et publicitaire que constituent les Festivals pour pouvoir continuer à faire des films. «J'appartiens au Conseil Permanent des Etats Généraux du Cinéma qui a pris une position claire contre les Festivals. J'adhère entièrement à cette position qui a été réaffirmée dans une lettre que je viens de signer. Je me rends compte que le fait de présenter mon film à la Mostra alimente la confusion politique autour du Festival, et dessert la position des Etats Généraux, en conséquence, après avoir consulté mes camarades et l'équipe technique du film, je retire le film du Festival.» (M. Karmitz).

    Ce même jour, la projection des films des Etats Généraux est organisée hors Festival avec les étudiants et les ouvriers de Venise; les journalistes, informés, négligent d'y assister (à l'exception de quelques-uns : Positif et des journalistes italiens). Votre attitude concernant ces faits en les escamotant nous semble plus près de jeter de l'huile sur le feu que d'arbitrer ce que vous appelez un conflit. ...« la Mostra, dites-vous, compte plus dans ce qu'elle révèle que dans ce qu'elle couronne.»
    Elle révèle pour nous, si besoin était, la justesse de notre position quant aux Festivals : «ceux-ci étant au mieux un processus d'intégration de la culture par la bourgeoisie et au pire une organisation commerciale au service des marchands de films.»
    Qu'est-ce que cette culture qui va de soi, dans les mains de quelques critiques privilégiés ? A qui est-elle destinée, là où l'on ne réunit que quelques esthètes et les mécènes ? Comment ces critiques peuvent-ils penser combattre aux côtés des milliers de contestataires sur les barricades, si c'est cette culture « sans meeting ni manifeste » qu'ils défendent ? Par contre c'est bien là l'explication des termes insultants qu'ils emploient pour informer de notre participation à des projections organisées par des Ouvriers et Etudiants de Venise.

-- Le 13 septembre, Yvonne Baby, à son tour, mettait en cause dans le Monde, les contestataires vénitiens. Les Etats Généraux et le S.N.E.-Sup envoyèrent au journal, avec prière d'insérer, mais sans résultat, la lettre suivante :

 

Monsieur le Directeur,
  
    A la suite d'un article de votre collaboratrice Yvonne Baby mettant en cause dans LE MONDE du 13 Septembre 1968, d'une part les Etats Généraux du Cinéma et d'autre part le S.N.E.-Sup., nous pensons que les informations suivantes intéresseront voc lecteurs. C'est pourquoi nous vous demandons de bien vouloir publier cette lettre.

    Dans sa réunion du 8 Août 1968, le Conseil Permanent des Etats Généraux et le Bureau National du S.N.E.-Sup. décidaient au nom de leurs organisations de ne pas se faire représenter au Festival de Venise, de n'y envoyer aucun film et de ne pas participer à la table ronde « Cinéma et Politique ». Il n'y a donc pas eu de « représentant des Etats Généraux » à cette table ronde comme l'écrit votre collaboratrice, mais simplement un membre de cette association.

    Ces décisions ne pouvaient être ignorées des organisateurs du Festival, car certains d'entre eux étaient présents à cette réunion. On s'explique mal dans ces conditions que ceux-ci aient laissé croire à la participation des Etats Généraux au Festival de Venise en rédigeant par exemple un paragraphe en ce sens dans le programme officiel et qu'ils aient organisé le matin du mardi 3 septembre une projection d'une copie d'un film appartenant au S.N.E.-Sup. La Société est une Fleur Carnivore contre l'avis formel de ce syndicat (réaffirmé par un télégramme impératif envoyé le 2 septembre à M. Chiarini) et également contre l'avis de l'équipe qui a réalisé ce film.

    D'autre part, ni le S.N.E.-Sup., ni les Etats Généraux ne sont intervenus à l'intérieur du Festival pour le « contester » ou pour soutenir les essais de boycottage du Festival par les membres de l' A.N.A.C. Nous avons simplement voulu empêcher que les dirigeants peu scrupuleux du Festival se servent du nom et des films des Etats Généraux ou du S.N.E.-Sup., pour donner à la Mostra une teinture « révolutionnaire » fort à la mode en ce moment.

 

    C'est pour appuyer cette action que le réalisateur Marin Karmitz a décidé courageusement de retirer de la « Mostra » son film Sept jours ailleurs.

    Quant à « l'enclave libre » que serait resté malgré tout le Palais du Festival, elle ne comprenait certainement pas le bureau de presse de la « Mostra » dont le responsable, sur l'ordre de M. Chiarini a interdit la distribution aux journalistes du tract des étudiants de Venise. Ce tract publiait d'une part les prises de positions du Conseil Permanent des Etas Généraux du S.N.E.-Sup. et de l'U.N.E.F, et d'autre part annonçait la séance consacrée aux films des Etats Généraux organisée par les Etudiants Italiens le soir du mercredi 4 septembre.

 

    La séance de projection a effectivement eu lieu dans des conditions précaires qui contrastaient singulièrement avec le luxe du Palais du Festival. Mais nous aurions été heureux si malgré ces conditions Yvonne Baby que nous avions spécialement prévenue, avait accepté notre invitation.

    Elle aurait pu y voir non pas La société est une fleur carnivore comme elle l'écrit mais 3 films dont le premier décrit les luttes des travailleurs de l'usine de Sud-Aviation à Nantes, dont le second porte sur le combat des étudiants parisiens au mois de Mai, et dont le troisième montre la reprise du travail dans une usine de la région parisienne.

    En espérant que vous voudrez bien faire connaître à vos lecteurs ces informations que la presse italienne avait pour sa part largement publiés, mais dont la presse française n'a en général pas fait état, nous vous prions, Monsieur le Directeur, de bien vouloir agréer l'expression de nos meilleurs sentiments.


 

états généraux du cinéma

 

Permanence provisoire : 50 rue Saint-Georges 75 - Paris (9e)
 

Frais d'adhésion : 10 francs

Voir également :
 

Le cinéma au service de la révolution - États généraux du cinéma n°3 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-au-service-de-la-revolution-etats-generaux-du-cinema-n-3-mai-1968.html
 

(Page 1)

MICHÈLE FIRK

 

    Vers les premiers jours de septembre, Michèle Firk a trouvé la mort au Guatémala. Quelles que soient les circonstances exactes de sa fin, suicide pour ne pas parler sous la torture ou bien assassinat policier, il faut tenir pour acquis que cette mort a marqué le terme du combat révolutionnaire qu'elle menait dans les rangs du F.A.R. contre le gouvernement de Mendez Montenegro et ses maîtres américains.

    Michèle, à ceux qui la connurent, n'offrait rien du portrait classique de l'héroïne. Elle avait trop d'humour pour goûter exagérément loes proclamations et les professions de « foi ». Elle aimait trop la vie pour se complaire dans la fascination de la « pureté » et de la mort. Le parti qu'elle avait pris, depuis longtemps puisque déjà, lors de la Guerre d'Algérie, elle participa aux réseaux d'aide au F.L.N., elle s'y était engagée d'une manière d'autant plus complète que son choix était calme, clair et réfléchi : politique.

    Ancienne élève de l'IDHEC, elle avait fait du cinéma l'une de ses armes. Critique, à Cinéma 6... et à Positif, elle savait relier sa réflexion aux analyses politiques qu'elle donnait, par ailleurs, à Partisan et à La Voie Communiste. Animatrice, elle milita depuis les premières heures pour diffuser les quelques films parallèles qui virent le jour pendant notre dernière guerre coloniale; elle s'occupa aussi activement du Ciné-Club Action. Réalisatrice enfin, elle travailla à Cuba avant de s'en aller rejoindre les F.A.R.

    Si elle en est venue à délaisser le cinéma pour une action non plus réflexive mais directe, ce ne fut ni par l'insatisfaction morale ni par un goût équivoque de l'aventure et de l'absolu mais parce que l'un ne pouvait, pour la logique révolutionnaire qui était la sienne, que conduire tout naturellement à l'autre. En un temps et un lieu où la Révolution est trop souvent l'alibi vaguement romantique du réformisme, des compromissions un peu sordides ou de l'admiration béate de soi-même, Michèle Firk donne une leçon élouvante mais aussi et surtout cinglante. Comme le Che qui, sous Arbenz, avait commencé dans le pays même où elle en a terminz, elle nous dit que, contre l'oppression de la bourgeoisie impérialiste, les demi-mesures et la prudence systématique ne sont guère de saison. Le combat, quel qu'il soit, doit être mené jusqu'au bout.

Le Cinéma s'insurge.

Michèle Firk - Le cinéma s'insurge - Etats Généraux du Cinéma N°2

Michèle Firk - Le cinéma s'insurge - Etats Généraux du Cinéma N°2

Le combat, quel qu'il soit, doit être mené jusqu'au bout.

Le Cinéma s'insurge - - Etats Généraux du Cinéma N°2 - Hommage à Michèle Firk

Directeur de la publication : Eric Losfeld

Imprimerie Lienhart et Cie  /  Aubenas   /Ardèche   / France

Etats Généraux du cinéma - Le cinéma s'insurge N°2 - Sommaire

Etats Généraux du cinéma - Le cinéma s'insurge N°2 - Sommaire

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle
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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 07:49

"Le gouvernement veut imposer la Loi Travail contre l'avis d'une grande majorité des citoyen.ne.s. Demandez à François Hollande de renoncer à ce déni de démocratie sur http://49-3.fr !"

"10 mai 2016 — Le premier ministre a annoncé qu'il allait utiliser le 49.3 pour adopter le texte sans aucun vote des député.e.s. Le gouvernement veut imposer la Loi Travail contre l'avis d'une grande majorité des citoyen.ne.s. Demandez à François Hollande de renoncer à ce déni de démocratie sur http://49-3.fr !

En 2006, François Hollande avait dénoncé l'utilisation du 49-3 par la droite pour faire adopter le CPE. Pourquoi ce qui était vrai en 2006 ne le serait plus aujourd'hui ? Commentez, diffusez et partagez la vidéo créée pour l'occasion : https://www.facebook.com/loitravailnonmerci/videos/1585433271786552/

Quelques personnes, contre l'avis des salarié.e.s, des français.e.s et des député.e.s veulent nous imposer une réforme qui dégradera concrètement nos conditions de travail et de vie à toutes et tous et ne créera aucun emploi. Ce passage en force est un aveu de faiblesse du gouvernement, qui n'a plus de majorité pour faire voter sa réforme.

Retrouvons-nous sur les places ce soir, avec Nuit Debout, pour débattre ensemble des moyens pour faire respecter la démocratie et faire tomber la loi travail.

A Paris, un rassemblement est prévu à 18h devant l'Assemblée Nationale : https://www.facebook.com/events/1041846769235385/

Partout en France, rejoignez les rassemblements prévus par Nuit Debout : https://framacarte.org/fr/map/nuitdebout_2186#5/46.362/10.679

A bientôt !

Les initiateurs et initiatrices de la pétition"

(De la page de Caroline de Haas sur Change.org)

"Le 49.3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie". François Hollande, le 9/2/2006...

"Le 49.3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie". François Hollande, le 9/2/2006...

URGENT : François Hollande, renoncez au 49.3 !

http://49-3.fr
 

#onsensouviendra

 

Et nous ne sommes pas obligés d'utiliser les réseaux sociaux pour nous mobiliser ! À vos blogs, à vos sites, à vos pages, à tous vos espaces numériques ou non !

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 09:04

Ghosts of the future, la nouvelle exposition de l'artiste américain Mike Davis rend un hommage vibrant et bien sûr frappadingue aux créations de Bosch, de Bruegel et de Van Eyck !

Mike Davis - The day may come - 2016 - Huile - 16X24

Mike Davis - The day may come - 2016 - Huile - 16X24

Et si hélàs vous ne pouvez vous rendre à la CoproGallery à Santa Monica en Californie pour voir cette exposition, rendez-vous sur leur site ! A voir absolument si vous affectionnez les compositions absurdes, morbides, drôles et superbement réalisées !
http://www.copronason.com/md16/pages/the%20day%20may%20come%202016%20oil%20on%20panel%2016x24.html

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 12:17
Nuit debout - Image du site https://nuitdebout.fr/

Nuit debout - Image du site https://nuitdebout.fr/

Soutenir Nuit debout, c'est possible, même de chez vous, juste en signant la pétition !

https://nuitdebout.fr/

Nos rêvent ne rentrent pas dans vos urnes"

https://nuitdebout.fr/

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:09
#NONALABANDON - Photo Catherine Gheselle

#NONALABANDON - Photo Catherine Gheselle

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle - dans Création plastique et multimédia
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 15:33

Je me propose de prendre un peu de temps pour partager ce petit bijou ! Il y a 3 livrets, cela prendra un peu de temps. À suivre donc...

Et paf, prends ça dans ta poire, cinéma 2016 !

#cinema

J'ai recopié tel quel en respectant au mieux la mise en page et les choix d'édition des auteurs.
J'ai recopié aussi les quelques fautes et coquilles.
J'ai pu moi-même produire quelques fautes de frappe, n'hésitez pas à me le signaler.

Voir également :
Le cinéma s'insurge n°2 - états généraux du cinéma
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-s-insurge-n-2-etats-generaux-du-cinema-1968.html

Le cinéma au service de la révolution - États généraux du cinéma n°3 - 1968
http://cgheselle.over-blog.com/2016/05/le-cinema-au-service-de-la-revolution-etats-generaux-du-cinema-n-3-mai-1968.html

Le cinéma s'insurge - n°1 - états généraux du cinéma by Le Terrain Vague 1968

Le cinéma s'insurge - n°1 - états généraux du cinéma by Le Terrain Vague 1968

Le cinéma s'insurge - N°1 - états généraux du cinéma - Eric Losfeld éditeur - Le Terrain Vague 1968

Le cinéma s'insurge - N°1 - états généraux du cinéma - Eric Losfeld éditeur - Le Terrain Vague 1968

 ÉDITORIAL

 

 

Le cinéma s'insurge n°1 - États généraux du cinéma - 1968


(page 1)

Depuis le vendredi 3 mai 1968 -- la police y aidant -- s'insurger est devenu obligatoire.

LE CINEMA S'INSURGE.

CES TEXTES DOIVENT NOUS SERVIR À PRESERVER DANS LE CINEMA LE SENS DU MOT INSURRECTION.

Contre quoi ?

L'appauvrissement du cinéma français, de ses moyens techniques et financiers, de ses facultés de création, de son public, le sous-emploi de ses travailleurs : ce n'est qu'un seul problème qui appelle des solutions globales.
La recherche de la solution impose un
bouleversement de l'idée que nous nous faisons du cinéma et de sa profession...

LE CINEMA DOIT APPARTENIR AU PUBLIC.

 

...un bouleversement de ses rapports avec le public.
D'ou
UNE RESTRUCTURATION COMPLETE DE SES MOYENS DE PRODUCTION ET DE DIFFUSION.


(page 2)


LE CINEMA DOIT ETRE PRODUIT ET DIFFUSE PAR SES TRAVAILLEURS.
Aujourd'hui, 25 mai, les usines sont occupées; au Quartier Latin, des barricades brûlent toutes les nuits; Lyon, Strasbourg et Nantes sont en émeutes.

TOUT LE CINEMA : LES ETATS GENERAUX.

Depuis le 17 mai, les cinéastes (ouvriers, techniciens, auteurs, producteurs, acteurs, musiciens, journalistes, public, etc.) sans distinction d'emploi ou d'appartenance syndicale, sont réunis en Etats Généraux. Le cinéma se livre à l'éblouissement de la contestation et aux impatiences de la reconstruction. Le cinéma vit dans la fièvre et l'inconfort inévitables et indispensables de cette contradiction.
NOUS AFFIRMONS que toute seolution qui ne tient pas compte de toutes les contradictions inhérentes à l'exercice du cinéma ne peut déboucher que sur la dictature d'une fraction ou l'immobilisme d'une bureaucratie irresponsable.
CES TEXTES SERONT LE TEMOIGNAGE POSITIF DES CONTRADICTIONS QUE NOUS DEVONS INTEGRER pour que se définissent et s'instaurent les conditions d'exaltation de tout de qui fait le cinéma :
TRAVAILLEURS, MOYENS TECHNIQUES ET FINANCIERS, FORCE CREATRICE, PUBLIC.

PLEIN EMPLOI PAR LA PROFUSION ET LA LIBERTE DU TRAVAIL ET DE L'EXPRESSION.

Nous avons assez de confiance dans la communication pour savoir que la libre expression détruit la culture bourgeoise.
Aujourd'hui, 25 mai, nous nous devons de définir les débuts d'un combat.


(page 3)


CE N'EST QU'UN DEBUT, CONTINUONS LE COMBAT.

Sous les faits, nous chercherons la règle. Dans le désordre fécond des confrontations, nous nous sommes engagés vers l'exploration du fond des problèmes. Nous la poursuivrons dans le calme et au-delà du calme.

Aujourd'hui, 25 mai, récit d'un combat.

Le prochain cahier (de revendications) sera consacré aux débats sur les projets de réforme de structures présentés le 26 mai à l'Assemblée générale extraordinaire des Etats Généraux du Cinéma Français.

Ces cahiers s'adressent aux cinéastes (ouvriers, techniciens, auteurs, producteurs, acteurs, musiciens, journalistes, public, etc.). Ils sont ouverts à tous ceux auxquels ils s'adressent.

Ce sont des cahiers de la liberté qui ne s'interdisent que de s'adonner à des polémiques artistiques et de tomber sous le joug d'une fraction.

Que ceux qui veulent que nous poursuivions notre lutte et le récit de nos luttes communes écrivent à


                                                "LE CINEMA S'INSURGE"
                                             Editions "Le Terrain Vague"
                                                    14-16, rue de Verneuil
                                                              PARIS-7e

(Page 4)

                                                  Le début d'un combat

LUNDI 13 MAI

Après plus d'une semaine de révolte étudiante et les barricades de la rue Gay-Lussac, près d'un millon de manifestants défilent de la République à Denfert-Rochereau.
MERCREDI 15 MAI
Création, par 4 jeunes techniciens, de la Commission Cinéma dans le cadre des Comités d'Action de la Sorbonne.
LE CINEMA EST UNE ARME
Depuis le 14 mai, la commission inter-facultés s'attache à assurer des projections. Une cinquantaine de films circulent d'une façon régulière dans quatre centres importants : Sorbonne, Censier, Jussieu, Nanterre. Des projections sont organisées dans différents lycées de Paris et de province, ainsi que dans quelques usines. Les filmsdont nous disposons sont aussi bien des classiques que des films de combat qui n'ont pas toujours un visa de censure.
JEUDI 16 MAI
Les élèves acceptent que l'école devienne le quartier général d'une information permanente par le cinéma, à court et à long terme. Installation d'une salle de projection à l'amphithéâtre annexe de la Sorbonne. Début d'un mouvement de diffusion dans les facultés, les lycées et les usines de Nantes fait démarrer le mouvement de grève. Les directeurs et les cadres sont prisonniers de l'usine. Solidarité étudiants et ouvriers.

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Le cinéma, désormais, est dans la rue
 

(Page 5)

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

Le cinéma, désormais, est dans la rue - Mai 68 - Etats généraux du cinéma - Blog de Catherine Gheselle

LE CINEMA, DESORMAIS, EST DANS LA RUE.

VENDREDI 17 MAI,12 HEURES.
Le bureau du Syndicat des techniciens de la production cinématographique C.G.T. réunit des réalisateurs, des techniciens, des membres du Syndicat français des acteurs, des élèves de l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques et de l'Ecole Nationale de Photographie et de Cinématographie. C'était un bureau syndical élargi. Ceux-ci demandent la participation de professionnels, syndiqués iu non, à une réunion d'information et d'action dans les locaux de leur école de la rue de Vaugirard investie. L'idée s'élargit à la dimension d'une assemblée générale des cinéastes qui sont convoqués à l'E.N.P.C. pour marquer leur solidarité avec les luttes étudiantes et ouvrières, protester contre la répression policière, proposer une action d'ensemble de la profession.
Dans l'après-midi, une autre réunion a lieu au siège du syndicat des techniciens, avec des critiques des «Cahiers du Cinéma», qui sont à l'origine du Comité d'Action Révolutionnaire Cinéma-Télévision. Une décision est prise de fondre les deux mouvements en un seul, de ne pas limiter cette assemblée à une simple consultation des cinéastes mais d'en faire le point de départ d'un véritable mouvement de contestation du pouvoir gaulliste et par là-même des structures actuelles du cinéma français. Les rédacteurs des «Cahiers» proposent alors la dénomination d' «ETATS GENERAUX DU CINEMA FRANÇAIS».

 

                                                COMMUNIQUÉ

I   Le Bureau du Syndicat des Techniciens de la production cinématographique C.G.T. convoque tous les cinéastes et tous les collaborateurs de la profession cinématographique à participer ce soir, à 21 heures, à l'ouverture des assises permanentes du Cinéma, dans les locaux de l'E.N.P.C., 85, rue de Vaugirard, Paris-6°, occupés depuis mercredi 18 heures, par les élèves.
Paris, 17 mai 1968, 14 heures.

II  Considérant qu'un Cinéma et une Télévision libres n'existent pas dans l'état actuel, considérant qu'une infime minorité d'auteurs et techniciens ont accès aux moyens de production et d'expression.,
considérant qu'à tous les niveaux et que pour toutes les catégories professionnelles du Ciném des changements décisifs s'imposent,
considérant qu'aujourd'hui le cinéma a une mission capitale à remplir et qu'il est baillonné à tous les niveaux dans le système actuel,
les réalisateurs, techniciens, acteurs, producteurs, distributeurs, critiques de Cinéma et de Télévision, résolusà mettre fin à l'état des choses présent, ont décidé de convoquer les Etats Généraux du Cinéma français.
Nous vous invitions tous à participer à ces Etats Généraux dont la date sera précisée ultérieurement.

Le Comité Révolutionnaire Cinéma - Télévision.

Le soir même plus de mille personnes se réunissent à l'E.N.P.C. Comité d'Action Révolutionnaire, C.G.T., jeunes et anciens techniciens incontrôlés, Cinéma, Télévision, techniciens, réalisateurs, vieux routiers, jeunes enragés, des critiques, des jeunes producteurs, personne ne représente personne, chacun à sa voix, égale à toute autre. on en attend l'éclatement des structures sclérosées du cinéma.

(Page 8)
VENDREDI 17 MAI -- (Suite).
Film tourné par les ouvriers de Renault dans les usines de Boulogne-Billancourt.
Puisque les étudiants et les ouvriers savent que le cinéma est une arme.
Très violemment, dès les dix premières minutes de la première séance de la première assemblée générale, la contradiction fondamentale qui caractérise la situation actuelle (image et tactique de la révolution) s'est révélée en plein cinéma. En même temps, l'impatience de l'action immédiate s'imposait.
Formés à réfléchir avant d'agir nous découvrions comment l'action et la réflexion se nourrissaient l'un l'autre par une confrontation dialectique immédiate. Le cinéma entre dans le MOUVEMENT.

1° PROPOSITION CONFORME A LA LOGIQUE DE LA SITUATION
-- Vote du principe d'une grève pour investir les moyens de production. Désir d'étendre l'action aux ouvriers du cinéma. Arrêt immédiat dans certains studios.

2° PROPOSITION CONFORME A LA DYNAMIQUE DE LA SITUATION
-- Investissement du C.N.C., considéré comme un point de non-retour.
Cet investissement du C.N.C. se présentait à beaucoup comme une opération folle et exemplaire, semblable à la «prise de l'Odéon» par les étudiants de Censier.
Cette proposition n'a pas été retenue, mais depuis le 17 mai, cet acte refoulé, qu'on en parle ou qu'on le taise, va souvent perturber la conscience des Assemblées Générales.

3° PREMIERE ACTION DIRECTE :
                                             L'AFFAIRE DE CANNES;

I. -  «L'Assemblée d'information et d'action du cinéma français, rassemblant le 17 mai 1968 plus de mille professionnels, réunis à l'Ecole Nationale de Phototgraphie et de Cinématographie de la rue Vaugirard, investie par ses élèves depuis le 15 mai, demande à tous les réalisateurs, producteurs, distributeurs, acteurs, journalistes, membres du jury, présents à Cannes, de s'opposer, en collaboration avec leurs homologues étrangers et par les moyens qui leur sont propres, à la continuation du Festival afin de montrer leur solidarité avec les travailleurs et les étudiants en grève, de protester contre la répression policière et d'exprimer par là leur volonté de contester le pouvoir gaulliste et les structures actuelles de l'industrie cinématographique» (17 mai, 22h).
II. -  «Le Festival de Cannes est arrêté. Le cinéma entre en lutte contre le pouvoir gaulliste. En signe de solidarité avec les mouvements étudiants et ouvriers, le cinéma a réuni ses Etats Généraux depuis le 17 mai et a déclaré par voie de presse son intention de déclencher une grève générale pour toute la production cinématographique. Les cinéastes, journalistes, producteurs qui se trouvent à Cannes retirent leur participation au Festival. Nous refusons d'être les moyens d'un abrutissement général au service d'une société capitaliste que nous remettons en question. Nos objectifs sont ceux de tous les travailleurs actuellement en lutte. Nous voulons la réorganisation des moyens de production et de distribution, la suppression des censures; nous voulons faire le cinéma libre d'un peuple libre».

(Page 10)
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                                      Flashback à propos de Cannes

13 MAI.
A la demande de la majorité des critiques présents, le Festival s'arrête pour vingt-quatre heures. Dans la matinée, des étudiants et lycées cannois et niçois encadrés par des responsables de l'U.N.E.F. se réunissent devant le Palais. L'après-midi, un producteur, des metteurs en scène et journalistes participent à la manifestation de Nice. Quelques autres sont restés pour participer à celle de Cannes.
16 MAI.
Convoqués par Jean-Louis Bory, des journalistes se réunissent pour adopter une ligne de conduite face aux évènements. On discenerne déjà les tendances qui s'affronteront : quitter le Festival ou le réformer. Une troisième tente de se dessiner : donner son sang pour les blessés.
18 MAI.
Le malaise, entre-temps, s'est aggravé. Les films, exception faite de la Semaine de la Critique, sont projetés dans l'indifférence. A dix heures trente, dans la petite salle Jean-Cocteau doit se tenir une réunion du Comité de Défense de la Cinémathèque. En fait, et normalement, l'Affaire Langlois cède le pas à une actualité plus pressante (dont par certains côtés elle a été le prélude). François Truffaut dit son étonnement de voir en d'aussi graves circonstances le Festival continuer comme si de rien n'était et c'est le Festival lui-même qui est mis en cause. Si l'avis général est à peu près unanime (il faut arrêter le cours normal du Festival), l'opposition continue de se préciser enctre ceux qui veulent purement et simplement arrêter et ceux qui, les uns sincèrement, les autres plus ou moins hypocritement, rêvent d'un transformisme plus ou moins révisionniste.
A midi, Jean-Luc Godard propose que l'on occupe la grande salle, ce qui est fait. Au fur et à mesure que la salle se remplit, on vit dans l'attente de deux nouvelles qui seront déterminantes pour le cours ultérieur de l'action entreprise. La première est la décision du Jury qui délibère sur son retrait éventuel. Au terme de cette délibération, Louis Malle annonce que lui-même, Monica Vitti, Roman Polanski et Terence Young ont démissionné. La seconde est le retrait des films par leurs metteurs en scène et producteurs : Carlos Saura, Alain Resnais, Jan Nemec, Milos Forman, Claude Lelouch (deux films), Salvatore Samperi, Richard Lester et, dans la foulée, Mai Zetterling. Cette attente est meublée par un certain nombre d'interventions plus ou moins violentes (avec ou sans micro). Certains pensent en toute bonne foi mais un peu utopiquement qu'il serait possible de transformer cette salle en un équivalent de la Sorbonne ou de l'Odéon. D'autres veulent s'en tenir à des réformettes du genre «supprimons les noeuds papillons» -- bon prétexte pour continuer à faire des affaires. Aux deux extremités on trouve :
1° Le point de vue révolutionnaire de M. Thévenet, déguisé en enragé, et qui veut assurer contre la montée du «fasisme» la continuation d'un Festival à grenouillage libre. Il sera épaulé dans son action par M. Cosne avec lequel il tentera de former une Section Spéciale pour éliminer les agitateurs. MM. Weil-Lorac et Bercholz les rejoindront.
2° Le point de vue de ceux qui pensent que, quoi qu'il en soit ultérieurement, rien ne sera possible tant qu'un coup d'arrêt ne sera d'abord donné : la fermeture pure et simple du Festival. Sur ces entrefaites, une première déclaration de Favre-Lebret qui apparaît sur la scène : le Jury s'étant reconnu, suite aux démissions, dans l'incapacité de remplir ses fonctions, le Festival, désormais, cesse d'être compétitif.
Le public, qui a continué d'entrer dans la salle, réclame la projection prévue (Peppermint frappé, de Carlos Saura, avec Géraldine Chaplin). L'atmosphère devient houleuse. Les opoosants continuent de se regrouper sur la scène. Un mot d'ordre : empêcher la projection. Une bousculade violente se produit. Godard perd une fois de plus ses lunettes. Le film commence. Tous s'accrochent au rideau. Quelqu'un dans les coulisses, arrache les fils du son. Géraldine Chaplin se débat durement et sainement contre un contradicteur qui l'insulte. La projection doit s'arrêter. La lumière se rallume.
Favre-Lebret, peu après, vient faire une seconde déclaration. Les projectionsde l'après-midi et de la soirée n'auront pas lieu. Les manifestants des deux bords évacuent la salle avec plus ou moins de bonne volonté. La discussion reprend dans la salle Jean Cocteau.
Au cours de celle-ci, les tendances s'affrontent avec plus de vigueur que jamais, car Favre-Lebret a indiqué que l'interruption n'était que momentanée et que les projections reprendraient le lendemain, sur la base de la non-compétition, et dans la mesure où les producteurs n'interdiraient pas la projection de leurs films.
Une arme est périodiquement brandie par les partisans d'une continuation plus ou moins hypocrite du Festival, et cette arme, c'est le respect que nous devons à nos amis étrangers invités par la France à la manifestation. En fait, il s'agit d'une manoeuvre désespérée des producteurs (appuyés par certains critiques) pour projeter leurs films, quoiqu'il arrive, et continuer leurs affaires. Il se trouve que cette arme est régulièrement désamorcée par un certain nombre de ces mêmes amis étrangers qui, critiques ou réalisateurs, se joignent très volontiers au mouvement de protestation (et certains, dont Carlos Saura, de façon particulièrement méritoire). Sans parler des délégations venues là au titre de la Semaine de la Critique et dont aucune ne manquera de prendre une position saine.
Cette semaine de la critique pose d'ailleurs un cas, dans la mesure où son action, purement désintéressée, marginale et éducative, pourrait être par certains dissociée du mouvement général de grève et de protestation pour des raisons apparemment (ou réellement) généreuses, mais qui n'en représentent pas moins un grave danger, car la moindre faille dans le mouvement risque de stopper celui-ci (et de laisser, même par la bande, le champ libre à un certain commerce).
Vers 19h30, la séance est interrompue pour des raisons nutritives. Au cours de cette interruption, deux événements essentiels. Une délégation conduite par Henri Chapier se rend auprès du secrétariat général pour imposer la transformation de la salle en enclave libre de discussion. Ceci est paternellement octroyé par m. Favre-Lebret qui, plus malin que le recteur Roche, sait céder sur certains points (fût-ce pour des raisons douteuses) afin de ne point provoquer d'explosion. Une seconde délégation, formée de trois producteurs, vient de son côté, faire machine arrière. Reniant les engagements pris dans l'après-midi, ils donnent à nouveau leur autorisation de producteurs pour que les films soient projetés.
La séance reprend à 21 heures. Le ton bientôt monte encore. Le débat se centre rapidement autour de deux positions, avec l'inévitable intermède de la défense de nos amis étrangers. Cela ira si loin dans le ridicule que (outre l'intervention de critiques étrangers qui devront remanifester leur solidarité avec nous) Carlos Saura devra intervenir de nouveau pour demander avec beaucoup d'humour qu'on ne fasse pas de lui un martyr.
Notre position (celle de la grève totale)voit le nombre de ses partisans s'amenuiser. La vigueur de leurs interventions n'en est pas moins efficace.
La seconde position est un appel doucereux à la «raison». Il se trouve des critiques syndiqués qui veulent bien faire grève à condition de travailler et qui veulent bien arrêter le Festival à condition de voir leurs films.
Après des heures de ce genre d'affrontement, un groupe se réunit pour essayer de concilier les deux points de vue. Il n'en sortira qu'une vague motion de solidarité qui ne satisfera personne.
19 MAI
Le matin, nouvelle réunion dans la petite salle. L'atmosphère est au désarroi, car les fanatiques de la continuation se rendent compte, que déjà, tout est en train de s'arrêter.
Dernières interventions de quelques critiques et réalisateurs présents.
A midi, suite à une dernière déclaration de Favre-Lebret qui s'estime dans l'incapacité de poursuivre le Festival, celui-ci est clos.
Sur la terrasse, on commence à descendre les drapeaux.
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REVUE DE PRESSE :
«LE FIGARO» (sic).

«Dans la petite salle baptisée Jean-Cocteau, les Enfants de la Cinémathèque tiennent une séance dont le pretexte officiel est l'examen des problèmes posés à Langlois par le nouveau statut de cet organisme. Ils ne tardent pas à parler d'autre chose. Et décident que le Festival doit prendre fin. Jean-Luc Godard, François Truffaut, et Claude Lelouch sont chargés de transmettre la nouvelle à l'Assemblée des Cinéphiles mondiaux.

Samedi midi.
Le trimuvirat accueilli par un auditoire houleux suggère l'occupation de la grande salle et l'instauration d'un débat permanent. Albicocco et la majorité des personnes présentes semble hostile aux orateurs sans que soit mis en cause le principe envers les revendications populaires.

Midi trente.
La vedette italienne Monica Vitti, que l'on sentait un peu nerveuse, répond à la convocation d'André Chamson, car elle fait partie du Jury. Un peu plus tard, elle se joint à Louis Malle, Roman Polanski et Terence Young, démissionnaires. Le Jury constate alors qu'il n'est plus en état d'exercer ses fonctions. Il en fait part à Robert Favre-Lebret, délégué général.

Quinze heures
Après avoir pris l'avis du conseil d'administration =, Favre-Lebret vient dans la salle et d
emande que l'on considère l'aspect international de la manifestation. Il propose que soient présentées les oeuvres étrangères, sans compétition. Echange d'invectives dans le public. On tente de projeter Peppermint frappé. Godard et Truffaut s'accrochent au rideau pour l'empêcher de s'ouvrir. Le rideau les entraîne. Les plus enragés des Enfants de la Cinémathèque menacent alors de mettre le feu au Palais. Les producteurs, qui étaient restés relativement calmes dans la journée, se mettent en colère.

Dimanche matin.
Tentative des producteurs pour organiser une projection en filtrant les entrées. Les membres les plus éminents de la profession, MM Weill-Lorac, Bercholz, Francis Cosne, assurent eux-mêmes la police et, formés sur deux rangs, vérifient les cartes d'entrées.
Midi
Le comité décide que le Festival est définitivement clos.
Impression finale.
Amertume et rancune chez les industriels du film qui s'estiment trahis par un jeune cinéma dont ils ont fait le succès.» Louis CHAUVET

«JOURNAL DU DIMANCHE»
Article de Michel Aubriant,

«Cette effervescence, il faut bien le reconnaître, ne dépasse jamais le stade du folklore et du chahut de potaches. Les motions de protestation de la «vieille garde" des producteurs,délibérant dans les salons d'un palace, transis de peur à l'idée que de jeunes ogres allaient croquer leurs privilèges, n'apparurent pas plus sérieuses. Les gens de spectacle aiment à se donner en spectacle. Il y avait une part de «cinéma» dans tout cela...»
Par la dérision, l'assimilation aux potins de commères mondaines, M. A. assimile le cinéma à ce qu'il voudrait qu'il soit.
«...Nous avons assisté au dernier des Festivals de Cannes. Balayé par les évènements, le Festival, déjà malade de vieillesse, ne s'en relèvera pas, à moins d'un miracle. Nous avons assité probablement à l'une des dernières compétitions internationales de cinéma. Il y a deux ou trois ans que Venise ne représente plus rien. Berlin n'est pas à l'abri de troubles provoqués par les amis de Rudy le Rouge..."
Dans une contradictoire incohérence, le microbe bourgeois valorise en pleurant ce qu'il tournait en dérision. Il espère par ce tour de bonneteau jouer les accusateurs.
«...Les grands bénéficiaires de la faillite des festivals seront les producteurs américains, qui les ont toujours boudés, se refusant à y envoyer leurs films de prestige. Cannes, en une soirée, avait créé Lelouch et Lester. Les futurs Lelouch et Lester peuvent attendre. Ils sont condamnés désormais à de longues années d'oscurité...»
M.A. par une fausse analyse de la situation, tente d'écraser ses adversaires sous des complexes de culpabilité. On dirait du Pompidou.

«LE MONDE»
«Cannes, 20 mai. Dimanche, à midi, le vingt-et-unième Festival de Cannes a été officiellement clos. Après vingt-quatre heures de discussions, de controverses, de querelles et même parfois de violences
Depuis le lundi 13 mai, un malaise pesait sur la manifestation cannoise. Ce jour-là, les projections avaient été suspendues à la demande de l'Association française de la Critique, qui s'était solidarisée avec le mouvement universitaire.
Ce malaise allait brusquement s'accentuer dans la matinée du samedi 19 mai, à l'occasion de la conférence de presse donnée par le Comité de Défense de la Cinémathèque. En effet, dès l'ouverture de la séance, certains réalisateurs français parmi lesquels Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Lelouch, Jean-Gabriel Albicocco, Claude Berri, Jean-Louis Richard, faisaient part de la résolution adoptée la veille par les «Etats Généraux» qui avaient rassemblé un millier de professionnels à l'Ecole de Photographie et de Cinématographie de la rue de Vaugirard. Conformément à cet appel, Louis Malle donnait sa démission de membre du Jury. Cette démission était bientôt suivie par celles de Monica Vitti, Roman Polanski, Terence Young et Serge Roullet ( ce dernier, membre du jury des courts-métrages). Peu après, Alain Resnais, Michel Cournot, Dominique Delouche, l'Espagnol Carlos Saura, les Tchèques Milos Forman et Jan Nemec, le Britannique Richard Lester, l'Italien Salvatore Samperi, ainsi que Claude Lelouch et François Reichenbach, dont le long-métrage sur les Jeux Olympiques d'Hiver devait être projeté à la séance de côture, retiraient leurs films du Festival.
Il est évident que, d'une manière ou d'une autre, le Festival de Cannes ne pouvait pas ne pas réagir aux évènements actuels. En définitive, l'essentiel est que les affrontements passés de l'ordre artistique à l'ordre politique n'aient pas été plus graves.
Etant donné les circonstances, ils auraient pu le devenir et c'est pourquoi il fallait interrompre le Festival.» Jean de Baroncelli et Yvonne Baby.
 

(page 19)

 

«...Faites la grève. Occupez vos lieux de travail dans l'ordre et la discipline. Une tâche immense nous attend...»


18 MAI.
Grève illimitée du Studio Saint-Maurice (Le cerveau de Gérard Oury).
A l'assemblée générale, nous discutons encore des modalités pratiques de l'arrêt du travail, quand un ouvrier des plateaux de Saint-Maurice annonce que le studio a débrayé.

LES ETATS GENERAUX S'ORGANISENT.
Création de Commissions de Travail
1.   Fonctionnement interne des Etats Généraux.
2.   Action extérieure.
3.   Enseignement (obsession de l'unité de la profession).
4.   Cinéma - Télévision (obsession de l'unité des fabricants d'images et de sons).
5.   Information.
6.   Contestaion (pour tenter de redécouvrir les problèmes que nous avons trop vécus et les offrir à l'imagination créatrice).

PRINCIPES.
Les commissions sont ouvertes à tous. Un noyau constant responsable en assure la continuité, sans président désigné.
Il s'agit de fuir le compartimentage professionnel, la bureaucratie. Le cinéma avait été étouffé par le cloisonnement, les luttes fragmentaires. C'est de cela qu'il fallait se débarasser d'abord. Bien sûr, cela démarra dans la pagaille et il nous fallait réinventer une discipline de la liberté.
                                        Paris, le 19 mai 1968.
«L'Assemblée générale extraordinaire du Syndicat des Techniciens de la Production Cinématographique, réunie le 19 mai à la Bourse du Travail, lance un ordre de GREVE ILLIMITEE; La profession cinématographique dans son entier se trouve depuis longtemps dans une situation dramatique. Les événements actuels se développent avec une rapidité foudroyante. Il est de notre devoir à tous de prendre des mesures d'urgence.
Les étudiants de l'E.N.P.C. de Vaugirard, les étudiants de l'I.D.H.E.C., le personnel de la Radio-Télévision Scolaire sont mis en grève et ont occupé leurs locaux, les studios sont en grève, le Festival de Cannes a été interrompu, ainsi que la plupart des réalisations en cours, les réalisateurs de l'O.R.T.F. se sont mis en grève.
TOUS   doivent prendre nettement conscience du caractère d'extrême gravité de la situation       présente et comprendre que l'ordre de grève illimitée ne s'en tient pas à des revendications traditionnelles, mais implique une réelle remise en cause des structures désormais sclérosées dans lesquelles nous travaillons.
TOUS doivent prendre nettement conscience qu'il ne s'agit pas de manifester superficiellement un simple mécontentement.
TOUS doivent prendre nettement conscience qu'à la minute présente, le véritable et seul avenir de notre profession, c'est chacun d'entre nous.
Faites la grève.
Occupez vos lieux de travail dans l'ordre et la discipline.
Une tâche immense nous attend.
Les Etats Généraux du Cinéma sont proclamés.
Nous vous appelons à y participer.»

F.S.G.- C.G.T. - SYNDICAT DES TECHNICIENS DE LA PRODUCTION CINEMATOGRAPHIQUE

19 MAI

Grève illimitée lancée par le Syndicat des Techniciens du Film.
En avance sur bien d'autres consignes syndicales limitées aux «revendications traditionnelles», ces consignes ont le courage de reconnaître que le travail cinématographique est indissoluble des conditions dans lesquelles il s'exerce. Contester les «structures désormais sclérosées», c'est prendre une position politique.
Le syndicat a frappé un coup : c'est au dispositif mis en place le 17 mai d'en être l'écho amplificateur.
Les Etats Généraux reprennent la ligne définie par le Syndicat, en précisent l'orientation, en radicalisent la position dans l'ordre du jour suivant :
Nous, cinéastes (auteurs, techniciens, ouvriers, élèves et critiques), sommes en grève illimitée pour dénoncer et détruire les structures réactionnaires d'un cinéma devenu marchandise.
Nous ne cesserons notre lutte que responsables et gestionnaires de notre profession.
                                                                                                                 LES ETATS GENERAUX
                                                                                                                 DU CINEMA FRANÇAIS

                                                                    


Les Etats Généraux veulent considérer ce communiqué comme ladéfinition du

PREMIER POINT DE NON-RETOUR
Une telle position met en cause les structures du cinéma telles qu'elles nous ont formés.
-- Décision prise d'agir directement auprès des projectionnistes (appartenant à sept syndicats) pour les inciter à la grève.
-- Arrivée des festivaliers de Cannes. Les réalisateurs confirmés qpportaient les avantages et les inconvénients d'une autre expérience. L'équilibre des Etats Généraux s'en trouva menacé puis modifié

20 MAI
-- Institution de la Commission de Dérogation, permettant le tournage des films concernant les mouvements étudiants et ouvriers ou les négociations sur le Vietnam.
-- Quadrillage des salles de Paris par trois cents personnes afin d'inciter les projectionnistes à la grève.
Des groupes sont formés pour aller dans quarante-cinq cinémas de Paris. Ils vont se heurter à l'isolement des projectionnistes, divisés en syndicats multiples.
Nous avions rêvé d'arrêter totalement le cinéma, de tarir la «source aux taxes». Nous avons échoué.
-- Le syndicat avait décidé la réunion des techniciens par catégories professionnelles. Dans une salle de la rue de Solférino, à la réunion des réalisateurs, la nécessité s'impose d'aboutir rapidement à la définition des structures nouvelles de notre profession. A cette réunion, une procédure est improvisée.
Dès le lendemain, des groupes d'études se forment.

21 MAI.

-- Réunion du Syndicat C.G.T. des projectionnistes.
-- Motion de soutien à l'O.R.T.F. sur l'impossibilité d'assurer l'objectivité du JournalTélévisé.
-- Création d'un Comité de Liaison Cinéma-O.R.T.F.

RAPPORTS CINEMA - TELEVISION.

Désir d'unité et de coopération au-delaà de la situation imposée par le monopole d'Etat de la Télévision. LE C.N.C. REVIENT A L'ORDRE DU JOUR.
Pour de bonnes raisons, nous n'avions toujours pas occupé le C.N.C. Jean Rouch, venu en Assemblée générale, nous a donné l'exemple des chercheurs occupant le Centre National de la Recherche Scientifique. L'Assemblée a jugé que les cinéastes n'étaient pas dans la même situation que les chercheurs. Et pourtant le C.N.C. :

___________________________________________________________________________

Les mécanismes du régime ou la diminution incontrôlable

Dix ans de stabilité et de démocratie pratique, dix ans de liberté. C'est éblouissant. On comprend que quelques hommes de gauche, après des analyses déchirantes, rendues parfaitement ambiguës par une dialectique molle, aient fini par penser qu'ils pouvaient sans remords se rallier à ce régime. A quelques nuances près, nous étions libres. Il était difficile de prétendre que nous ne l'étions pas. Ce gouvernement libéral offrait des médailles à qui les «méritait»...


     «...Deux violentes explosions ont fait sauter en éclat des centaines de vitres...»

...faisait gratter les murs de Paris et allait à la messe. On organisait la Biennale de Paris et allait à la messe. On organisait la Biennale de Paris et les Jeux Olympiques et on distribuait aux champions -- sous forme de récompense -- la Légion d'honneur. La fondation Maeght et les Maisons de la Culture  conviaient l'art à la même grande kermesse sous l'égide de M. Malraux. Le Théâtre de France faisait, dans l'avant-garde, le jeu du «nouvel» ordre républicain. Un art officiel cautionnait ainsi une politique; il était peut-être libre, mais l'information, elle parfaitement conditionnée, ne l'était pas. Pendant 3 600 jours, un fantastique marché commun d'auto-satisfaction mobilisait à la fois les membres du gouvernement et les frères bénédictins de cette information.

     «...Les C.R.S. ont attaqué puis ont été repoussés à deux heures du matin...»

Il faut reconnaître -- en essayant un instant de s'identifier aux aristocratiques personnalités qui gouvernaient, en essayant d'analyser leur sens de l'histoire et de l'éternité (mots qui justifient toutes les formes de royauté) -- que le pouvoir qu'ils maintenaient n'était pas autre chose que l'expression permanente de la «vérité» conditionnant une «liberté» officielle. Mais cette vérité était la leur, et il était impossible qu'elle puisse se confondre avec la liberté. Car c'est seulement à partir de la liberté qu'on peut déboucher sur la vérité -- et l'inverse n'est pas vrai.

   «...Nous voyons énormément de voitures de pompiers et de voitures de la Croix-ROuge guidées par le service d'ordre. A Lyon, les policiers chargent les étudiants en hurlant. A Paris, il y a un autre secteur, rue de Poissy, où les étudiants se retirent après avoir lancé des pavés...»

De ce fait, les opposants n'étaient plus que des abstractions, des trublions et, pour ajouter une nuance de réalité, manifestement (sic) de la chienlit.


   «...Enfin, il y a plus grave : il y a des éléments qui recherchent l'agitation et la provocation et qui n'appartiennent absolument pas au monde étudiant...»
                                                                                                                     Georges Pompidou.


Il était impossible de rendre compte du Centre National de la Cinématographie sans avoir au moins esquissé la trame de cette insidieuse machine à diminuer l'individu dans ses droits et dans sa personne. En partant de ce Centre, on comprend que ce schéma qui précède ne pouvait être qu'une vaste antichambre de toutes les transactions monopolistes à l'image m^me d'un Etat bourgeois, et finalement se définissait comme une maison de presse. Entre la carte (obligatoire pour toute personne voulant faire du cinéma) et les diverses commissions (en majorité composées de fonctionnaires obéissant à la morale du capital et de l'Etat), le cinéaste se transformait en un dérisoire courtisan tributaire de tous les réseaux financiers, des intrigues indispensables, des syndicats eux-mêmes, qui n'échappaient pas à la dialectique brute du «maître et de l'esclave». Vous étiez accueilli parfaiteùent, investi d'un pouvoir passager très vite récupéré par le circuit : le Centre n'était qu'une banque, d'où l'art était pratiquement exclu.

   «...Il est extraordinaire que, dans de telles circonstances, nous n'ayons pas à déplorer de morts. Et c'est là le mérite des forces du maintien de l'ordre.»

Il aura fallu la révolution des étudiants pour qu'un mouvement irréversible se soit déclenché ( que de vagues réformes ne sauraient freiner) pour que le cinéma s'insurge, pour que tous les gens du cinéma se rencontrent et s'unissent et, d'un commun accord, détruisent ce Centre qui symbolisait entre autres le despotisme bienveillant du gaullisme, son accueillante tyrannie, son libéralisme sanglant, aveugle...
Le Centre National de la Cinématographie est mort. Enfin ! Il n'y aura plus, autant que possible, de privilèges, ni de diminution incontrôlables. Les Etats Généraux du Cinéma en sont la preuve vivante.

 

                                   Comment se débarasser du C.N.C. ?

Dans un élan d'enthousiasme, l'Assemblée affirme que le C.N.C. n'existe plus. Certains ont trouvé que c'était trop facile à dire, qu'il fallait voter, et que chacun devait s'engager personnellement en signant la motion. Il n'a pas été facile de se mettre d'accord sur ce texte de motion. On s'est longtemps battu sur la présence du mot «actuel» :
--  nier l'existence du C.N.C.
ou
--  nier l'existence du C.N.C. dans ses «structures actuelles».
Les «révolutionnaires» s'opposaient aux «réformistes».

NEGATION DU C.N.C.
Les Etats-Généraux du Cinéma Français sonsidèrent que les structures réactionnaires du C.N.C. comme abolies. En conséquence, ils décident que son existence, sa représentativité et ses réglements ne sont plus reconnus par la profesion. Les nouvelles structures de notre profession devront naître des Etats Généraux.
A l'issue de l'Assemblée du 21 Mai 1968, nous signons et invitons l'ensemble de notre profession à se joindre à nous pour témoigner de ce fait.
LES ETATS GENERAUX DU CINEMA FRANÇAIS REUNIS A L'ECOLE DE PHOTOGRAPHIE ET DE CINEMATOGRAPHIE.

Il faut couper les amarres

Et pendant ce temps, le Pouvoir est dans la rue ! Le cinéma s'insurge n°1 - Etats généraux du cinéma - Mai 1968

Et pendant ce temps, le Pouvoir est dans la rue ! Le cinéma s'insurge n°1 - Etats généraux du cinéma - Mai 1968

Négation du C.N.C.
Quel devait être le sens de la signature demandée ?
-- S'engager à boycotter les services de M. Holleaux jusqu'à ce que «quelque chose» soit changé ?
C'était peu !
-- Ou bien à les boycotter jusqu'à ce qu'on ait fait table rase ?
-- Huit millions de travailleurs sont en grève.
-- Emeutes «incontrôlées» au quartier Latin.
-- Les députés parlent beaucoup à l'Assemblée Nationale.
-- Sous la pression diligente de tous ceux qui veulent que ce qui se passe dans les pays ne soit pas inutile au cinéma.
Le texte de déchéances du C.N.C. a recueilli plus de 400 signatures à ce jour.

LISTE DES 385 PREMIERES SIGNATURES.
(Plus de cent suivent dans notre n°2).
Jean-Gabriel Albicocco, Danièle Anezin, Hélène Arnal, S. Abaza, Jean-René Albertin, Edmond Agabra, François Aubry, Neus Aiguaviva, Maguy Alziari, Adolfo Arrieta, Philippe Ancelin, N. Abramovici, Pascal Aubier, Jacqueline Audry, Denis Amar, Bernard Aubouy, René Allio, Jacques Aumont.
C.L. Belin, Antonin Berg, Charles Bitsch, Alain-Yves Beaujour, Dominique Bloch, J. Brinot, Jacques Baratier, Philippe Bardinet, Juan-Luis Bunuel, Jean Becker, Alain Bret, Alain Bertrand, A. Blaise, Jean Boffety, Gérard de Batista, Yves Boisset, Daniel Berger, Claude Berri, Philippe Bordas, Bachot, Michel Braticevic, Suzanne Baron, Jeanine Boubil, Serge Bard, Pierre-Richard Bré, Noël Burch, Lise Beaulieu, Simone Baruchowitz, Geneviève Bastid, Catherine Biette, Gérard Boidin, Claude Bourgoin, Pierre, Beuschot, Boucat, Charles Buffat, Daniel Bertrand, Didier Baussy, Françoise Boschet, Michel Berny, Jean-Denis Bonan, Marc Blavet, Jean-Bernard Bonis, Antoine Bonfanti, Jean-Claude Bonfanti, Charles Bretonnèche, Denis Berry, John Berry, A.-M.Berreby, Claude Burel, Anne Beuchot, Guy Bernard, Ch. Brabant.
Nicolas Cahen, Guy Cavagnac, Claude Chabrol, Maurice Cohen, Serge Com, Elvire Chévenot, Alix Combe, René Couderc, Claude Camus, François Chavanes, Dominique Cheminal, Janine Cordier, Jean Chayrou, Armand Chemana, Jean-Yves Coïc, Patrice Chauvez, Robert Chazal, J.-Louis Comolli, Michel Cournot, Philippe Condroyer, André Cortines-Clavero, Alain Cavalier, Bernard Chaouat, Marie-Françoise Cohen, Jean Chapot, J. Coulet, Annie Chevallay, Evangéline Calmel, Guy Cgabanis, Bernard Cohn, Henry Chapier, Christian de Chalonge, Françoise Carré, Monique Clémenti, Bernard Clarens, Laurent Condamin, Maurice Cury.
Richard Dembo, Catherine Debaut, Paula Delsol, Delphine Desfons, Sylvain Dhomme, Chantal Durand, Jean-Marie Drot Jr, Yan Dedet, Brigitte Dornes, Olivier Doat, Jacques Doniol-Valcroze, Philippe Durand, Michel Delahaye, Georges Derocles, M.-A. Debril, Jean Dewewer, Georges Dumoulin, Jean Douchet, Martin A. David, Antoine Duhamel, Guy Devart, Michèle Dalbin, Thierry Derocles, Michel Demoule, Daniel dezard, Chantal Delattre, Pierre-Henri Deleau, Cécile Decugis, Anne Dubot, Philippe Dufaur, Pierre-Alain Dornes, Josette Druet, Catherine Deneuve, François Dupont-Midy, Louis Daquin, J.-M. Estève, Denis Epstein, A. Enod, Bernard Eisen schitz, Robert Enrico, Jacques Espagne, Harry Fischbach, Henri Fabiani, Pauline Fraisse, B. Fabry, Jacques Frankel, Jean-Jacques Faure, Agathe Fournier, Jean-André Fieschi, Etienne Fauduet, Peter Foldes, R. Foulon, Samy Frey, Charles Garcia, Christian Gion, Jean Gauron, Serge Ganzl, Georges Goldfayn, Pierre Gauge, Philippe Gosselet, Marceau Ginezy, Pierre Guilbert, Raymonde Guyot, Henri Graziani, Daniel Gaudry, Gérard Guérin, Philippe Garrel, Elizabeth Gasquet, Jacques Gaillard, Francine Grubert, Francis Girod, Olivier Gérard, Pierre Goupil, R. Grange, Michel Gast, Michèle Gard, Alain Gheerbrant, Guy Gilles, Pierre Goldenberg,
Lucienne Hamon, Kouki Hoffenberg, Marcel Hanoun, Régine Hayem, Philippe Haudiquet, Colette Harel, Luc-Michel Hannaux, Alain Hennequin, Djellouli Hamid.
Danielle Jaeggi, Alain Jomy, Alex Joffé, Pierre Jallaud, Claude Janetti, Alain Jacquier.
Gilles Katz, Georges kiejman, Jacqueline Korolitski, Jérôme Kanapa, Peter Kassowitz, Pierre Katz, Marin Karmitz, Liliane Korb.
André S. Labarthe, Francis Leroi, Elvire Lerner, J. -Claude Lesauvage, Robert Lapoujade, Pierre Lhomme, Aline Lecomte, Jean Lods, Patrice Lecomte, Anne Lafarge, François Lafarge, Nicole Lubtschansky, G.Linden-Meyer, Pierre Lefort, Irène Lhomme, Jean-Patrick Lebel, Lucie Lichtig, René Lichtig, José Lichtig, Pascal Laverrière, Jean-Michel La cor, Lina Lorme, Roger Letellier, Christiane Lack, Catherine Lapore, Jacques Lévy, Pierre Lavie, Yves Lafaye, Jean-Paul Le Chanois, Robert Luchaire, Jean-Claude Laureux, Lartigue, Atahualpa Lichy, Martine Loubet, Christian Ledieu, Yann Le Masson.
M. Marchand, François Migeat, Emmanuel Machuel, Marc Monnet, Clément Menuet, Miski, Jean Mazeas, Christian Monge, Jean Magis, Sophie Menuet, Jacques Mondolini, Fernand Moskowicz, Annie Merlin, François Menny, Mario Marret, Robert Mazoyer, François Maistre, Jean-Pierre Mocky, Catherine Mazoyer, Marcel Martin, Michel Mardore, Mahias, Louis Malle, Claude Martin, Paul-Louis Martin, Luc Moullet, Max Monteillet, A. Marco, Agnès Molinaro.
Bruno Nuytens, Roland Noury, Edouard Niermans, Jean Narboni, Claude Nedjar, Ruy Nogueira, Dominique Noguez.
Claude Otznberger, J. Odoul.
Eric Pluet, Alain Pillet, François Porcile, Ziva Postec, Raymond Picon-Borel, Robert Pouret, Christian Pelle, Michel Patient, Jean-Paul Potonet, Nathalie Perret, R. Prandini, Jacques Panigel, M.-Claire Patris, Jean-Daniel Pollet, Gérard Poitou, Jean-Pierre Petrolacci, Philippe Révert, Sylvie Pierre, Paul Paviot, Marco Pico, Arnaud Petit, Olivier Pierre, François Protat, Marie-Angèle Protat, Georges Pierre, Francine Pierre, Yves Robert, Charlet Record, Alain Resnais, Anne-Marie Roy, Elizabeth Rappeneau, Jacques Renard, Jean-Louis Rochot, Renée Richard, Jacques Rozier, Éléna Roulet, Ortrud Roch, Jean-Paul Rappeneau, Jacques Rivette, Jacky Raynal, Henri Raichi, Serge Roullet, Marie-Geneviève Ripeau, Jean-Marc Rippert, Richard Rein,
Rozenbaum, J. Resnikow, Renon, Henri Roux, Catherine Rabrin, Eric Rohmer, Jacques Robert.
J. Stirling, Michel Salmon, Eric Savoyaud, Jaime Semprun, Louis Seguin, Simonnet, Hélène Sautereau, Guy Saguez, Serge Stanrod, Suzanne Schiffman, Daniel Szuster, Bernard Soulié, Martine Stracuzzi, Noun Serra, Georges Sénéchal, Jean Silve, Sonia Salvy, Jean Salvy, Claude Sautet, Georges Strouve, Jean Schmidt, J.-F. Stévenin, Barbet Schroeder, O. Stressinet.
Sophie Tatischeff, Louis-Thomas-d'Hoste, Tronel, Philippe Theaudière, Guy Teissere, Nadine Trintignant, Jocelyne Triquet, Didier Tarot, Tessier.
Pierre Uytterhoeven.
Paul Vecchiali, Anne Vogler, Henri-Pierre Vincent, Jean-Daniel Verhaeghe, Jean Venard, José Varela, Jean-Pierre Vergne, Véron, Marcel Varier, Claude Vajda, Dominique Villain, Gérard Vergez, Valero.
Lacques Wagner, François Weyergans, Jacques Witta, Francis Warin, Gilles Walusinski, André Weinfeld, André Waks.
Nicoletta Zalaffi, Claude Zinga, Allan Zion, Bernard Zitzerman, Michel Zimbacca.

Le poids de ces noms fait du texte de la motion de déchéance du C.N.C. le

DEUXIEME POINT DE NON-RETOUR


22 MAI.

Nos camarades italiens attendent impatiemment que nous ayons des idées.

                                                                                    Rome, le 22 mai 1968.
«Le comité exécutif de la Fédération des Cinéastes Italiens, qui réunit la majorité des techniciens, des artistes, des opérateurs du cinéma et de la télévision italienne, du théâtre et de la musique, fait part de sa solidarité dans la lutte que mènent les travailleurs français, et en particulier ceux du spectacle, et apporte son soutien à la demande de liberté et de renouveau exprimés par le peuple de la nation voisine.
Le comité exécutif de la S.I.L.N. déclare suivre avec intérêt les efforts dans cette direction et attend avec impatience les idées qui en découleront. La participation toujours plus large des masses populaires conduit à un renouveau profond des structures culturelles du spectacle en France.
Le comité exécutif affirme son entière solidarité aux travailleurs du spectacle et leur donne l'assurance qu'ils sont prêts à examiner ensemble les rapports de la collaboration de la S.I.L.N. avec tous les travailleurs français en lutte pour le renouveau radical de la vie culturelle et artistique du pays.
Le comité exécutif invite les organismes dirigeants du syndicat du cinéma, de la télévision italienne, du théâtre et de la musique à prendre des décisions en vue de manifester la solidarité des travailleurs italiens du spectacle.

                                                                         
                                                            CINEMA - TELEVISION
                                 ___________________

Ces deux machines à fabriquer et diffuser des images sont divisées sur les modes de travail, les salaires. Ces divisions ont créé des bloquages psychologiques difficiles à surmonter.

Il est donc important que la volonté d'unité se consolide.
La Commission Cinéma -Télévision prend de l'importance.

 

MOTIF DE SOUTIEN AUX CAMARADES DE L'O.R.T.F.

Après informations apportées par nos camarades de l'O.R.T.F. en grève, nous prenons acte de l'impossibilité dans laquelle ils sont d'assurer l'objectivité du JOURNAL TELEVISE, qui, avec les mêmes hommes, les mêmes structures et les mêmes cadres, tente de donner l'illusion de sa propre libération. En conséquence, les Etats Généraux du Cinéma déclarent se porter solidaires de toute initiative qui permettra de porter à la connaissance de l'opinion publique le fait que, quelles que soient les apparences, le Journal Télévisé est et demeure un journal strictement gouvernemental.

                              Motion des camarades de l'O.R.T.F.

Le comité de grève des réalisateurs de TV rappelle que ses buts de grève restent définis par la plate-forme revendicative du communiqué intersyndical du dimanche 19 mai.
La reprise du travail sera subordonnée à la satisfaction des points suivants :


A) Le gouvernement s'engage publiquement à déposer sur le bureau de l'Assemblée avant le 1er octobre un projet de loi abrogeant la loi portant création de l'O.R.T.F. et la remplaçant par une nouvelle loi garantissant au nouvel établissement son autonomie financière, son indépendance à l'égard de toute pression politique et la participation des professionnels à sa gestion. Cette loi devra contenir une charte de l'Information réglementant les rapports du nouvel établissement, dans ce domaine, avec le gouvernement, d'une part, et les partis politiques, d'autre part.
B) Démission de l'actuelle Direction et du Conseil d'administration.
C) Constitution démocratique d'un Comité de Direction paritaire provisoire ayant pour mission :
     1°  d'assurer le fonctionnement de l'actuel Office,
     2°  d'élaborer avec tous les intéressés la future organisation de l'établissement et, dans       l'immédiat, de mettre en discussion des conventions collectives destinées à donner satisfaction   aux revendications des diverses catégories professionnelles.
    3°  de veiller à l'objectivité de l'information.

 

                Seconde Motion des camarades de l'O.R.T.F.
 

                                                                                                                                                                                          Le 23 mai 1968.

Le comité de grève des réalisateurs de la Télévision Française veut dire son indignation à l'actuel gouvernement pour la
mesure prise officiellement ce jour, qui interdit à M.Cohn-Bendit l'accès du territoire français.
Au moment même où l'Assemblée Nationale vient de voter l'amnistie à l'unanimité, en un temps où le mouvement étudiant a fait la preuve de sa responsabilité et de son importance, le comité de grève des réalisateurs T.V. proteste contre l'évidente provocation du pouvoir qui vise à séparer les uns des autres, ouvriers et étudiants, solidaires dans leurs revendications.

                                                                                                                     SYNDICAT FRANÇAIS DES
                                                                                                                     REALISATEURS T.V.
                                                                                                                     PAS. 43-49

Affiche "Le cinéma s'insurge" - Mai 1968 - Etats Generaux du Cinéma n°1

Affiche "Le cinéma s'insurge" - Mai 1968 - Etats Generaux du Cinéma n°1

Communication d'un briseur de grève.

JAUNE
télévision du Trouble
Psychodrame de la Nation
Catharsis
Emissions purgatives
Tribune permanente de l'inconscient collectif
Video partout
En direct avec tous
Unité de l'image dans le chaos
Emissions du hasard

Décadrez vos images pour faire place à l'irrationnel !

Provoquer la «sensibilité errante» du spectateur
Construire la trajectoire audio-visuelle
conduisant au point de non-retour
de la contestation
Et surtout ne plus chanter l'intersyndicale
26 Mai 1968

Télégramme d'un réalisateur sans importance collective.

 

23 MAI.
Les producteurs commencent à rôder dans la cour de l'Ecole de la rue de Vaugirard. Un des plus téméraires se glisse jusqu'à la tribune de l'Assemblée générale.
Francis Cosne n'a renouvelé ni ses «idées» ni son vocabulaire. Les plus lucides ont vu apparaître le cadavre d'un certain cinéma.

24 MAI
Nous recevons l'appel suivant :

        CINEASTES, QUE FAITES-VOUS
        POUR LA REVOLUTION ?


        L'état insurrectionnel vous a permis d'amorcer votre révolution professionnelle.
        Que faites-vous aujourd'hui pour la révolution ?
        Il est URGENT de prendre conscience de la nécessité absolue de mettre au service
        de la révolution tous les moyens qui sont les vôtres.
        Nous devons soutenir les grévistes.
        IL FAUT projeter des films dans les usines, cela sur une très grande échelle
        IL FAUT diffuser les documents filmés pendant les manifestations dans les entreprises,
        les lieux publics, les cinémas.
        D'autres actions sont également urgents. Dans ce but, nous vous invitons à prendre
        contact avec les comités d'action ouvriers-étudiants Censier.
        (rèunions tous les soirs à 20 heures).

        Le Comité cinema inter-facultés.

 

Oui, le Cinéma est une arme !    

        LE GROUPE INFORMATION-CINEMA A L'ODEON.
        Un groupe de jeunes accomplit une action parallèle à celle des Etats Généraux du Cinéma.
        Dans une petite salle située dans les combles du Théâtre de France, ils centralisent un
        matériel 16 mm fourni par des cinéastes (professionnels et amateurs), parfois remarquable-
        ment équipés. Ils ont formé ainsi huit équipes de reportage toujours prêtes a filmer l'évène-
        ment à Paris, Nantes, Strasbourg, Lyon, etc. Les rushes sont centralisés puis montés. 
        Terminés, ils seront projetés partout où ce sera possible en dehors des circuits normaux et
        même dans la rue. Ce groupe de jeunes reçoit chaque jour la visite de nombreuses person-
        nes (techniciens, cinéphiles, etc.) désireuses de discuter des problèmes de cinéma.
        «Nos tracts, ce seront nos films. Nous luttons pour un cinéma indépendant et libre, qui soit
        du vrai cinéma. Pour l'instant, il ne s'agit que d'un cinéma d'action objectif; d'action, parce
        qu'il servira à la Révolution. Quel que soit le gouvernement au pouvoir, nous voulons
        garder cette ligne.»
   

        Refusant toute forme d'organisation (ne parlons même pas du C.N.C.), ils sont à l'extrême
        d'un mouvement de négation totale de toute structure, y compris les Etats Généraux du
        Cinéma.

-- Pendant que les groupes d'études tendent de réglementer la liberté du cinéma.
Tous les jeunes cinéastes autour des Etats Généraux ou ailleurs jouissent de la liberté du cinéma.
-- La commission réalisation nous communiquera le 26 mai l'état de ses travaux.

       REALISATIONS ENTREPRISES DANS LE CADRE DES ETATS GENERAUX

      
Dés la création des Etats Généraux et le début de la grève du Cinéma, une intense activité
       cinématographique «parallèle» est apparue, regroupée à l'intérieur de la commission
       Réalisation, dont voici un bilan provisoire au 25 mai :

Bonn (11 MAI)
Tournage terminé, copie de travail disponible. 16 mm.
Paris (Manifestation du 13 Mai).
Tournage terminé. 16 mm
Mai.
Tourné du 20 au 24 mai. Copie prévue pour le 29 mai. 35 mm.
Assemblée Nationale
Tournage : 21-22 mai. Raccords à faire à Censier et avec les ouvriers. 16 mm
Actualités révolutionnaires
Tourné à partir des 21, 22 et 23 mai. 16 mm
Cheminots
Tournage à partir du 20 mai. 16 mm
Bretagne (Brest - Quimper)
Tournage : 24-26 mai (terminé). 16 mm
Nantes - Saint-Nazaire
Tournage 2° équipe (terminé). 16 mm
Nanterre - Citroen
Tournage : 22-24 mai. 16 mm
Sorbonne.
Tournage : 22-24 mai. 16 mm
Banc-Titre REPRESSION
Tournage à partir du 22 mai (terminé). 35 mm.
Interview.
Tournage les 13,20,24 mai. 16 mm.
Besançon-Sochaux.
Tournage du 22 au 26 mai.
Grève RENAULT
Tournage du 22 au 26 mai.35mm
Flins
Tournage à partir du 24 mai. 16 mm
SIMCA
Tournage à partir du 24 mai. 16 mm.
Prise d'armes.
Tournage prévu, 16 mm.

Par ailleurs, d'autres tournages sont en cours, mais leur recensement est difficile.

(page 40)

-- Nous recevons des appels de cette sorte :

Université de Paris
Faculté des Lettres
et Sciences Humaines
Centre Censier
13 rue de Santeuil
Paris-V°
                                                                                             Paris, le 24 mai 1968

Le comité de coordination de Censier fait un appel urgent aux Etats Généraux du
Cinéma. Ses besoins en médicaments, papiers et vivres sont impérieux.
 

Toujours l'Unité Professionnelle : Cinéma et Enseignement - Le cinéma s'insurge - Les états généraux du cinéma - N°1

Toujours l'Unité Professionnelle : Cinéma et Enseignement - Le cinéma s'insurge - Les états généraux du cinéma - N°1

(page 42)

APRES TESSONNEAU (*), QUOI ?

Considérer l'enseignement cinématographique comme un phénomène en soi est précisément la plus grande erreur de ceux qui s'en sont occcupés jusqu'ici en France et ailleurs. Cependant, afin de dégager quelques lignes de force, tant critiques que constructives, c'est la tactique que nous allons adopter d'abord ici.

Première constatation : depuis quinze ans bien peu de réalisateurs de réelle envergure ont été «formés» par l'I.D.H.E.C.
Deuxième constatation, corollaire de la première : l'I.D.H.E.C. est tenu par la vaste majorité de la profession dans le même parfait mépris où les peintres tiennent l'école des Beaux-Arts.

Pour certains, ces deux constatations conduisent à reconsidérer les structures de l'I.D.H.E.C. ( réforme du concours et des examens, création d'une école commune, etc.). Pour nous, elles conduisent au contraire à reconsidérer le principe même de l'enseignement audio-visuel, principe qui pour beaucoup de cinéastes, et non des moindres, est sans aucune validité.

Ici, deux données essentielles : moins que tout autre, le cinéma n'est un art figé -- ses techniques, son langage sont en évolution constante et tout indique que cette évolution ira en s'accélérant. Leur enseignement, sauf dans les domaines purement technologiques, ne saurait prendre la forme de l'information transmise. Les hiérarchies de la salle de classe sont ici parfaitement inadaptées. Seuls des groupes d'études, de caractère coopératif, gérés par des cinéastes et leurs élèves, formés autour de professionnels en activité et ayant conscience de l'évolution de leur art et de ses techniques peuvent fournir un cadre dynamique où pourront se nourrir les vrais talents de demain.

Nous disons bien groupes d'études au pluriel. Car l'autre donnée, qui nous paraît essentielle, est de fournir la plus grande variété possible de voies d'accès aux professions cinématographiques, non seulement dans un souci simplement démocratique, mais surtout pour que chaque individu puisse trouver, selon son âge, son degré de maturité, la nature et l'urgence de sa vocation, etc., un cadre approprié où s'initier au cinéma, tant en ce qui concerne la lecture des films que leur fabrication. Car il tombe sous le sens, pour qui a enseigné, qu'il y a aujourd'hui des garçons et des filles de 19 ou 20 ans qui, au terme d'une année intensive de mise en présence avec les problèmes fondamentaux de l'art et de la technique cinématographique dans sa dynamique réelle, seront déjà prêts à se passer de l'encadrement, forcément un peu artificiel, de leurs maîtres (au sens noble), pour affronter les réalités du métier, achevant leur apprentissage «sur le tas».

D'autres, au contraire, sentiront le besoin de poursuivre cet apprentissage «in vitro» dans les tournages et d'autres travaux pédagogiquement orientés pendant une, deux, ou même trois années supplémentaires. En tout état de cause, les rapports des jeunes aspirants avec leur aînés devront être si étroits que le passage de «l'école» à «la profession» pourra s'effectuer d'une manière parfaitement naturelle lorsque, d'un commun accord, le moment sera mûr. Ainsi pourra être enfin réalisé le principe d'un cinéma et d'une télévision vraiment démocratiques faits pour tous et par tous, tant sur le plan collectif que sur celui de la sensibilité individuelle.
Une refonte totale des concepts fondamentaux de la formation aux arts techniques audio-visuels dépend d'une restructuration du complexe cinéma-télévision.
Mais qu'on ne vienne pas nous dire qye nos projets sont utopiques (**).
Bien entendu, ils ne seront réalisés à l'échelle que nous leur voulons que lorsque nous aurons bouleversé radicalement la société française.
Mais de tels groupes d'études peuvent très bien fonctionner dans notre France provisoire : il suffit d'un Institut de Cinéma Libre.

(*) Rémy Tessonneau est l'actuel directeur de l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques.

(**) Utopie : description d'une situation qui n'existe pas -- mais cela ne veut pas dire qu'elle soit irréalisable.

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«La commission de l'enseignement des Etats Généraux du Cinéma Français, siégeant cet après-midi dans les locaux de l'I.D.H.E.C. et réunissant des élèves et des professeurs de l'I.D.H.E.C. et de l'école de Vaugirard ainsi que des professionnels du Cinéma et de la Télévision, a décidé la création d'une école unique de l'enseignement audio-visuel.»
Paris, le 21 mai 1968.

25 MAI.
-- De Gaulle va parler.
-- Les commissions d'études travaillent dans l'acharnement et le secret.
-- la C.G.T. appelle à manifester dans le calme en plusieurs points de la capitale et dans les villes de province.
-- Au quartier Latin, des barrages «incontrôlables» éclatent depuis plusieurs soirs.
Les organisations étudiantes appellent à un grand rassemblement à la gare de Lyon.
-- Les Etats Généraux se trouvent de nouveau devant les conséquences des rapports ambigus qui se sont établis, depuis le début de l'insurrection, entre les étudiants et les syndicats ouvriers.
 

                                 Les Etats Généraux et les rapports
                                         Etudiants - Syndicats


COMMUNICATION AUX ETATS GENERAUX DE L'UNEF ET DU S.N.E.-SUP.
Renouvelant son soutien aux travaux des Etats Généraux du Cinéma, l'U.N.E.F. et le S.N.E.-Sup. tiennent de nouveau, à l'occasion de l'assemblée générale extraordinaire de ce soir, à souligner l'importance de l'unité des travailleurs et des étudiants dans leur lutte commune.
La participation nombreuse des travailleurs du Cinéma à la manifestation de vendredi contribue à donner à celle-ci son véritable caractère : la lutte pour une transformation radicale du système.
C'est dans cette perspective que l'U.N.E.F. et le S.N.E.-Sup. vous appellent à manifester nombreux lundi prochain.
Pour le Bureau national de l'U.N.E.F., Jacques Sauvageot, Pour le bureau national du S.N.E.-Sup : Alain Geismar.


SYNDICAT DES TECHNICIENS DE LA PRODUCTION CINEMATOGRAPHIQUE C.G.T.
«Le Conseil syndical du Syndicat des Techniciens de la Production Cinématographique C.G.T., dans les conditions d'extrême urgence présentes, prend et communique les positions suivantes :
-- Il s'élève contre la fascisation des forces policières couvertes et organisées par le gouvernement.
-- Il s'élève contre la confusion volontaire établie par le ministre de l'Intérieur assimilant la lutte étudiante à des mouvements politiques précis et à la pégre.
-- Il exprime sa solidarité totale à l'U.N.E.F. et à toutes les organisations syndicales qui la soutiennent dans la lutte qu'elle mène contre le pouvoir.
-- Il demande à toutes les organisations syndicales et à tous les partis politiques de prendre position contre la répression des étudiants et que ceux-ci soient soutenus massivement dans leur lutte actuelle.«
                                                                                                                  Paris, le 25 mai 1968.
 

 

Etats généraux du cinéma - Le cinéma s'insurge - N°1 - La pancarte des Etats Généraux du cinéma

Etats généraux du cinéma - Le cinéma s'insurge - N°1 - La pancarte des Etats Généraux du cinéma

La lecture de cette motion est applaudie. Les craintes de conflit sont apaisées. L'Assrmblée générale proclame :
Les Etats Généraux du Cinéma, d'accord avec les positions définies par le Syndicat des Techniciens les soutiendront sans réserve.

-- Dans l'après-midi, les techniciens syndiqués ont été rejoindre les manifestations de la C.G.T. 200 autres camarades sont partis en cortège de la rue de Vaugirard, pancartes en tête, pour rallier le rassemblement étudiant de la gare de Lyon.

-- Quand le rassemblement s'est ébranlé, après que les manifestations syndicales se sont dispersées dans le calme, les forces du désordre ont attaqué rue de Lyon la tête de la manifestation étudiante.

-- Alors a commencé une longue marche dans les quartiers populaires de la rive droite.
 

-- La Bourse des valeurs a brûlé.

-- Les camarades du syndicat ont individuellement rejoint dans le cortège étudiant la pancarte des Etats Généraux du Cinéma Français. Les cortèges du 29 mai ont donné raison à cette volonté d'union.

-- Dans la nuit, barricades au Quartier Latin, où montent quelques «enragés» des Etats Généraux.

28 MAI (matin).
-- Un camarade de la commission information a été matraqué par les C.R.S.

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                       Dernier appel pour l'Unité Cinéma-Télévision

La Commission CINEMA-TELEVISION propose que le texte suivant soit inclus dans le projet final : «Les Etats Généraux du Cinéma demandent la création d'un organisme commun au Cinéma et à la Télévision, composé paritairement de représentants des personnels techniques, artistiques et ouvriers de ces deux branches de l'expression audio-visuelle.
Cet organisme sera chargé de promouvoir le regroupement de l'ensemble de la production audio-visuelle.
Dans ce but, les Etats Généraux proposent :
1° l'augmentation du nombre d'heures d'antenne et la détermination d'un pourcentage minimum réservé à la production nationale de programmes «frais»;
2° la libre circulation des techniciens sur la base d'une harmonisation des salaires et des critères professionnels;
3° la libre circulation des films et des émissions dans les différents systèmes de diffusion.

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                     Dernier appel à l'imagination et à l'exigence
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                                            LE CINEMA C'EST LA LIBERTÉ !


Les Etats Généraux du Cinéma Français témoignent de la prise de conscience intervenue ces derniers jours chez les travailleurs du Cinéma, et notamment chez les jeunes. Ces jeunes cinéastes viennent à une époque où la situation économique du cinéma est plus que jamais dégradée, mais estiment que ce Cinéma n'a pas encore donné tout ce qu'il pourrait donner.

Ils sont de la dernière génération produite par une société française où les contradictions s'exacerbent et, loin de ressentir des divergences d'intérêts avec les générations précédentes, c'est plutôt dans la façon de penser et d'aborder les problèmes qu'ils se distinguent.

Les expériences passées leur enseignent les erreurs à réparer, l'analyse de la situation actuelle leur indique la voie à suivre.

Pour eux, il est clair que le cinéma doit appartenir à ceux qui le font, au service du public. C'est dans la transformation radicale des structures du système actuel que cette exigence sera accomplie. Les aménagements partiels et uniquement quantitatifs ne feront que retarder la mort du cinéma français.

C'est aux cinéastes eux-mêmes de prendre leur destin en main, d'être conscients que l'avenir du cinéma est dans le changement. Sinon les jours de leur métier et de leur moyen d'expression sont comptés.

Quant à eux, face au «chacun pour soi» -- L'individualisme est à tuer, car c'est lui qui tue le cinéma -- les jeunes cinéastes répondent en se groupant, face à une situation économique désastreuse ils cherchent des solutions, face au cinéma narcotique et tranquillisant ils veulent opposer un cinéma de l'éveil et de la contestation, face à l'emprise des puissances d'argent ils opposent la liberté.
                                                                               Le groupe CINEMA - LIBERTÉ;
                                                                                                   

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                                               TÉMOIGNAGE

« J'ai été arrêtée par des C.R.S. le vendredi 24 mai, à minuit. J'étais à bord d'une voiture croix bleue. J'aidais une infirmière à évacuer des blessés dans les hôpitaux. J'étais donc une infirmière bénévole.
Nous avons été amenés au poste de police de la rue de Grenelle. Là, on nous a mis dans une cage grillagée. Nous avons attendu quatre heures. De temps en temps, les C.R.S. apportaient des blessés qu'ils rouaient de coups. Puis un car nous a emmenés à Beaujon. Le gendarme qui était dans le car nous conseilla de descendre vite une fois arrivés et de mettre les mains sur la tête.
Beaujon : c'est un centre de triage. Nous descendons du car, matraquage, puis, entre deux rangées de C.R.S., j'arrive dans un stade entouré de barbelés. J'attends debout sous la pluie. De temps en temps, des cars de C.R.S. déversent hommes et femmes matraqués, gazés, ayant des blessures très graves à la tête, des bras cassés, etc. Les Chinois ou Vietnamiens et les Noirs sont particulièrement traités avec une grande violence. Puis on nous fait passer par des salles, une à une, un à un. Un C.R.S. m'interpelle : « Bouclette, viens ici que je te rase ». Matraque. Un gradé intervient mais la jeune fille qui est avant moi a les cheveux coupés en tous sens. Puis je suis parquée dans une cellule de 2,50 m sur 6. Au bout de cinq heures, nous sommes quatre-vingt. Nous pouvons seulement nous tenir debout. Depuis la grille, je peux voir la cour : un jeune homme passe à moitié nu, il a les jambes lacérées de coup de matraque, il saigne, il se tient le bas-ventre, il urine partout. Un policier se vante de ce qui lui est arrivé. J'apprends par une jeune femme qui était avec lui que les C.R.S. l'ont matraqué jusqu'à l'évanouissement, puis l'ont déshabillé en lui matraquant le sexe jusqu'à ce que les chairs éclatent. Des jeunes filles arrivent; parmi elles, une jeune lycéenne de 16 ans nous raconte qu'elle s'est fait arrêter à Saint-Michel par des C.R.S. Ils l'ont conduite dans leur car et, là, à quatre ils l'ont violée; elle me dit qu'elle s'est laissé faire sinon on l'aurait matraquée et tondue. Ses vêtements sont déchirés, elle est tuméfiée.
Une autre crie car elle a un doigt cassé; elle devra attendre dix-huit heures dans cette cellule avant d'être soignée dans un hôpital puis ramenée dans la cellule.
De nouveau, des arrivages. Tous sont matraqués violemment à leur arrivée, beaucoup ont de graves blessures à la têtes et saignent et boitent. Vers douze heures, nous avons droit à un bout de pain et de jambon et un peu d'eau sale. Les C.R.S. qui se relaient pour nous garder nous humilient.
D'autres jeunes filles arrivent, elles sont tuméfiées, elles sont restées enfermées quatre heures dans les cars, les C.R.S. jetant à l'intérieur des cars des grenades lacrymogènes pour les asphyxier. Dans la cellule, une femme enceinte a été matraquée. Au bout de vingt-cinq heures, nous avons des crises de nerfs, je fais partie de celles-là. On nous libère et on nous matraque à la sortie. Dans le camp barbelé, il y a encore de nombreux arrêtés qui sont là depuis vingt-cinq heures.  Je ne sais pas quand ceux-là vont sortir.
Nous, soussignés, certifions connaître la personne qui vient de signer ce document et déclarons qu'il s'agit d'une personne dont l'honorabilité, le sang-froid et la respectabilité sont au-delà de toute mise en question.
Pierre Kast, Louis Malle, Jean-Daniel Pollet, Claude Chabrol, Jacques Baratier, Paul Paviot, Jacques Doniol-Valcroze, Jacques Rozier, Robert Enrico, Alain Resnais, Roger Vadim, Louis Daquin, Jean-Luc Godard

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Le cinéma s'insurge - Les Etats Généraux du cinéma - N°1

Le cinéma s'insurge - Les Etats Généraux du cinéma - N°1

Ont collaboré à ces textes :
Bernard Cohn, Michel Delahaye, Paula Delsol, Sylvain Dhomme, Pierre-André Dornes, Bernard Eisenchitz, Elizabeth Gasquet, Michel Gast, Georges Goldfayn, Marcel Hannoun, Robert et Catherine Lapoujade, Jean Narboni, Paul Paviot, François Porcil, Anne-Marie Roy, Louis Seguin.

 

ACHEVÉ D'IMPRIMER
SUR LES PRESSES
DES IMPRESSIONS
HARTÉ ET LAMEILLE
12, RUE FLEURY (15e)
LE 15 JUIN 1968

 

 

Dépôt légal : 2e Trimestre 1968

Les livrets suivant seront saisis sous peu.
J'indiquerai ici les liens pour y accéder.

 

Le cinéma s'insurge n°2 - états généraux du cinéma
http://2016/05/le-cinema-s-insurge-n-2-etats-generaux-du-cinema-1968.html
 

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Published by Catherine Gheselle Catherine Gheselle - dans Média tiques
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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 09:04

Ce matin en lisant mes mails, je trouve une info dans Graphiline qui me met le sourire aux lèvres et en ces temps difficiles, c'est assez rare ! RétroNews, le nouveau site mis en place par la BNF donnerait accès gratuitement à 3 siècles de presse !! Laissant tomber toutes mes petites obligations matinales, je me rue sur le dit site...et m'aperçois très vite que ce n'est pas gratuit du tout...Rétro, c'est trop, publicité dans la cité...

Et voila le coup marketing d'un établissement public qui en passant par une filiale me propose de consulter les archives de MON patrimoine pour un montant de 15 euros par mois si je choisis l'abonnement le moins sophistiqué...Ah ah ! On peut consulter gratuitement jusqu'au...30 avril ! C'est à dire que dans dix jours le même contenu sera bel et bien payant...Je dis, argent trop cher, trop grand...

Zeste ! J'essaie de contacter le journaliste pour lui faire part de mon étonnement quant à la teneur de son article mais pour commenter son papier...il faut que je m'inscrive sur Facebook ! Parlez dans l'hygiaphone...

Partie à la chasse aux infos sur cette affaire que je trouve décidément trop injuste, je tombe sur un excellent article dont je vous indique le lien plus bas et qui m'éclaire sur les procédures utilisées par l'organisme public. Entendons nous : je trouve tout à fait normal par exemple que Gallica tarifie les utilisations de contenus pour les usages commerciaux ou pour l'envoi de reproductions d'images car nous pouvons ainsi contribuer à l'effort de numérisation de notre patrimoine. Mais qu'une société privée s'en empare et nous en interdise l'accès sauf finances me révolte.

Le principe des vases communicants expliqué aux enfants - Image gratuite issue de mon propre fond documentaire :)

Le principe des vases communicants expliqué aux enfants - Image gratuite issue de mon propre fond documentaire :)

L'article dont j'ai parlé plus haut émane visiblement d'un juriste et bibliothécaire. J'ai lu avec intérêt le passage où il indique s'être rendu compte que les contenus de Rétronews (pour l'instant une cinquantaine d'articles) sont actuellement gratuits sur Gallica. Tout à coup je repense à cette bonne vieille expérience faite en classe du principe des vases communicants !!!
Faire passer un contenu liquide d'un récipient à un autre ! Ah la belle opération obtenue grâce à la pression de l'air ! Eh bien elle sera ici exercée par la pression de l'argent et sur des contenus numériques ! Gageons qu'une fois que le contenu de E sera passé complétement dans F, soit de Gallica gratuit à RetroNews payant, il ne sera plus du tout possible de consulter sauf bien sûr à condition de payer...J'enrage ! Car il s'agit bien du même contenu...Mais faudrait pas que j'me laisse aller, faudrait pas que j'me laisse aller ! La bombe humaine c'est toi elle t'appartient, si tu laisses quelqu'un prendre en main ton destin ♫

L'article cité plus haut à lire pour bien comprendre le contexte :
"RetroNews ou la logique du Premium (mal) appliquée au domaine public" par Calimaq
https://scinfolex.com/2016/04/03/retronews-ou-la-logique-du-premium-appliquee-au-domaine-public/


Catherine Gheselle

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