
OUI, JE VEUX ME RENDRE SUR LE SITE DE DYNAMOGENE(c'est parti)
NON, JE NE VEUX PAS ME RENDRE SUR LE SITE DE DYNAMOGENE
Florence Miailhe auCarré d'Art de Nîmes
conférences du Carré d'Art est pleine à craquer. L'intérêt est vif, on sent les spectateurs captivés. Pour un peu, on ne serait pas étonné de voir apparaître Méliès tant le côté magique de la séance est inscrit.
Sauf que contrairement à Méliès, l'artiste Florence Miailhe s'apprête à nous dévoiler tous ses tours en direct
là, devant nos yeux ébahis et je peux vous dire qu'on sent palpable l'émotion. C'est que Florence Miailhe se propose de peindre en direct sous la caméra pour dévoiler le principe de ses films d'animation. Et si elle est très concentrée sur son travail, elle prend grand soin de nous expliquer de façon très simple, avec des mots accessibles à tous, ses démarches et ses moindres gestes.
C'est que la chose n'est pas simple. Tout d'abord, elle propose les prémices d'un petit scénario de base et dans le même temps, elle commence à dessiner sur sa table lumineuse alors qu'elle orchestre également la numérisation de ses images dans un ordinateur qu'un jeune homme manipule à l'aide d'un logiciel de vidéo, en l'occurence le fameux Première de la série Adobe. Elle illustre ainsi parfaitement le fait qu'en animation, il faut réaliser plusieurs tâches en même temps.
Portrait de l'auteur
Qui est Florence Miailhe ? Pour la plupart, vous la connaissez déjà ou tout au moins vous retrouverez dans ses images une athmoshère familière. Florence est en effet la créatrice du générique de "Strip Tease" et dans la fluidité de ses images, on sent la volonté de marquer le mouvement, l'action. Non pas l'action avec un grand A mais justement, ce petit geste de tous les jours qui nous échappe alors que son secret est de rendre la vie merveilleuse ou attachante. Le générique colle parfaitement au contenu de l'émission des documentaristes du quotidien !
A suivre...
par Catherine Gheselle
Peut-on conduire entièrement un projet par l’approche systémique ? La question est posée à travers l’exemple d’un projet de communication pour une future entreprise en incubateur évoluant dans le monde de l’innovation technologique.
Chemin faisant, d’autres méthodes se sont révélées plus adéquates que les implacables recettes analytico-cartésienne. En passant par l’étude de l’innovation et celles des systèmes, une approche méthodologique différente s’est ébauchée pour traiter le cas évoqué. Ce parcours initiatique s’est fondé en grande partie sur les travaux des chercheurs en approche systémique et plus particulièrement en modélisation de systèmes complexes qui apparaissent devoir s’imposer aujourd’hui comme un mode de pensée universel permettant de repenser le monde et de changer les mentalités.
MOTS CLES : Approche systémique, complexité, modélisation, gestion de projetsWhile passing by the study of the innovation and those of the systems, a diffferent methodological approach was outlined to treat the evoked cas. This initiatory course was based mainly on work of the researchers in systemic approach and more particulary in modeling of complex systems which appear duty to be essential today like a universal way of thinking making it possible to reconsider the world and to change mentalities.

Fig. 1 : L’intention et la connaissance interagissant.
Y a-t-il un pilote dans l’idée systémique ? Et comment la véhicule-t-il ? Il n’existe pas de méthode du Tout Systémique et c’est tant mieux car tout discours se fossilise dès qu’il s’officialise. L’approche systémique est très développée dans certains domaines, beaucoup moins dans d’autres. Si chacun est sensibilisé à cette approche, chacun pourra construire son ou ses modèles en instrumentalisant la pensée complexe.
Mais communiquer sur quoi ? sur qui ?
Tout naturellement, nous commençons par analyser l’aspect communicationnel. Non pas pour répondre d’emblée aux questions précédemment posées mais pour nous attacher à décrire la nature et le contenu des relations dans le système.
Cette immersion se fait par l’approche systémique. Comprendre par ce biais le système des relations nous a permis d’entrevoir certains éléments qui allaient fonder notre démarche future. En effet, Alex Mucchielli[1] nous enseigne, dans le prolongement de l’école de Palo-Alto, que tout phénomène véhicule un sens dans son contexte et que cette « contextualisation systémique des relations » peut permettre au consultant d’obtenir, par recadrages, un éclairage des problèmes qu’il se propose de résoudre.
Les Sciences de l’Information et de la Communication fournissent des concepts et des méthodes pour analyser l’aspect communicationnel. Nous constatons l’ampleur des problèmes épistémologiques car les théories sont nombreuses. Il faut donc décider : le pragmatisme nous guidera vers les théories susceptibles de répondre à nos attentes. Cela peut paraître un peu opportuniste. Mais comment faire ? Car si nombres de chercheurs souhaitent l’apparition de « super théorie englobante » pour reprendre les termes du professeur Mucchielli[2], nous constatons qu’une « guerre des gangs » pointe alors l’aspect contradictoire du discours. Car chacun aimerait faire adopter sa recette. Sur le terrain, la gestion des projets par l’approche systémique s’en trouve compliquée. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus loin.
L’approche compréhensive, fondée sur le sens des phénomènes, permet de donner à la réalité une dimension différente. Ainsi, on reconnaît dans ce positionnement une redéfinition de la réalité et une méthode capable de relever le « défi de la complexité »[3], proposées par Edgar Morin . Les postulats de ce positionnement permettent l’émergence de cette complexité ce qui fera apparaître « l’ordre simple » qui la gouverne.
Dans le cadre de notre analyse, nous prenons donc en compte le fait que la réalité n’est pas unique, ni objective, ni donnée mais qu’elle est une construction de sens collective, en perpétuel mouvement de par ses interactions et causalités. On peut dès lors introduire la notion de système et compter sur une nouvelle heuristique pour découvrir le sens d’un réseau de phénomènes non gouvernés par une causalité linéaire. Nous sommes bien loin du modèle émetteur-récepteur.
Ensuite, si l’on veut étudier les phénomènes communicationnels, il conviendra encore de choisir une méthode. La méthode constructiviste permet une approche qualitative qui se base sur le recueil d’informations, leur description, leur analyse pour laisser advenir le sens de ces phénomènes qu’il conviendra de croiser aux systèmes environnants (analyse par contextualisation) pour en saisir la globalité. L’objet n’est pas ici de détailler toutes les étapes de l’approche systémique des communications mais d’en privilégier quelques unes particulièrement dynamiques qui ont fourni des conclusions prégnantes. Même si elle n’était pas tout à fait adaptée à notre contexte, la méthode de l’hypertexte décrite par Mr Mucchielli[4] a permis aussi quelques approches du réel intéressantes. Comme elle postule de l’existence d’un débat latent inconnu, elle permet la révélation d’éventuelles problématiques.
4.2.1 Recueil d’informations et analyse
La phase de recueil d’informations peut sembler fastidieuse. En effet, à ce stade de l’étude, on ne peut distinguer quels éléments sont à retenir et lesquels ont peu ou pas d’importance ; de ce fait, il faut tout enregistrer, même ce qui peut paraître insignifiant. Certains éléments sont peut-être la clé de voûte d’un sens caché. Tout est porteur de sens, tout phénomène a une importance, encore faut-il trouver quel système illustre cette importance. Les informations (les commentaires) peuvent prendre des formes aussi variées que textuelles, visuelles, orales, matérielles, spatiales, temporelles, organisationnelles, socioculturelles, gestuelles, comportementales ; bref tout ce qui est «construit humain, expression d’intentionnalités explicites ou latentes »[5] . Le matériau peut être riche ce qui stimule l’analyse. Par la démarche empathique qui l’accompagne, cette méthode est enthousiasmante. Dans notre cas, cette première phase pointe surtout les enjeux et les relations entre les acteurs à travers quelques processus communicationnels récurrents. Cela fournit la base d’une série d’entretiens plus directifs avec les divers acteurs.
La phase suivante consiste à analyser les significations par contextualisation. Cette phase est plus complexe vu qu’elle doit permettre l’établissement intellectuel d’un réseau entre toutes les informations afin d’en délivrer le sens. C’est ainsi que nous avons pu être éclairé sur l’immaturité de la jeune personne qui nous confiait le projet de communication évoqué. La suite le confirmera, c’est bien grâce à l’analyse du contexte des communications que les premières significations ont à nouveau pris sens dans l’évolution des situations. L’intérêt évident est que, comprenant certaines situations, l’équipe d’analystes peut prévoir des stratégies adaptées, voire adaptatives. Nous savions qu’il nous faudrait être non seulement des chefs de projet mais encore des formateurs, des décideurs, des conseillers et des prescripteurs.
L’analyse systémique des communications nous permet ainsi de comprendre que la future entreprise, hébergée actuellement en incubateur, ne manque pas seulement de maturité mais aussi peut-être de motivation pour quitter le nid douillet. Il y a une interrogation existentielle latente qui remet forcément en cause la fiabilité de notre commanditaire et qui fait ombrage autant à l’épanouissement de ses éventuelles capacités managériales qu’à l’effectivité de notre dispositif.. De plus, ces constats doivent être conjugués à un marché difficile. Il faut déjà beaucoup de motivation pour créer une société classique et pour assurer sa pérennité. Que faut-il dire du domaine de l’innovation technologique ? Ce n’est plus simplement de motivation dont il est question mais peut-être de quelque chose qui s’apparente à de l’acharnement teinté de folie ! Précisons que la future dirigeante est seule. C'est-à-dire qu’elle doit cumuler les activités de recherche et de développement ET les activités managériales et de gestion classique.
Maintenant qu’il y a des spécialistes du marketing de l’innovation,
peut-être ne
verra-t-on plus ces étudiants, certes de bonne foi, arriver dans les entreprises avec des cohortes de remèdes et, ayant à peine utilisé leur stéthoscope, se mettant directement à appliquer la
fameuse étude de marché comme un cataplasme magique. Hélas, trois fois hélas, même si l’effet placebo fonctionne un temps, force est de constater que le mal revient au galop et que de tous ces
chiffres de la segmentation opératoire, on n’aura rien pu tirer qui permette de lever le voile sur des marchés fabuleux ou même sur des niches riquiqui…Les innovations peuvent révolutionner le
monde mais elles représentent aussi des risques énormes pour l’économie d’une entreprise. Le domaine de l’innovation technologique est encore plus insoumis. Il n’utilise pas les mêmes
stratégies. Certains l’auront appris à leurs dépens, comme un certain R.Diesel qui se suicide faute de ne pouvoir vivre de sa création, un certain moteur qui équipe maintenant la moitié du parc
automobile.
Là encore, les méthodes commencent à garnir les rayons des libraires traduisant une volonté de prise en compte différente du réel. Nous avons parlé plus haut du considérable taux de défaillance dans l’Entreprise. Il faut bien avouer que bien souvent, c’est la fonction marketing qui est pointée du doigt. Mal exploitée, elle oriente la stratégie de développement sur des axes mal adaptés. Lancée sur des rails peu appropriés, l’entreprise va de Charybde en Scilla pour disparaître complètement.
On peut toujours retenir l’approche systémique mais force est de constater que dans le champ du marketing, on ne trouve pas trop de trace de recherches appliquées. La stratégie marketing de l’innovation technologique est séduisante. Elle réclame plus de créativité. Elle fait une large part à l’intuition et à l’originalité. Le client devient un associé et le produit existe bien avant sa mise sur le marché. Et enfin, puisqu’à terme, dès qu’il aura trouvé son marché, il ne sera déjà plus un produit innovant, on peut convenir avec Paul Millier que l’innovation doit être géré comme un état transitoire entre le développement et la commercialisation [6].
La stratégie d’approche de Paul Millier, même si elle ne s’en réclame pas explicitement, a beaucoup à voir avec l’analyse systémique. Ainsi, voici quelques indices qui confortent ce sentiment :
- Refus du découpage de la réalité et du déterminisme
- Refus des approches par trop quantitatives
- Refus de démarches par trop linéaires
- Reconnaissance du caractère unique de chaque problème
- Approche compréhensive et descriptive
- Prise en compte d’un contexte plus large qui fait état de l’intercompréhension humaine
- Importance de l’ « inter » (notamment inter relationnel) et donc prise en compte de tous les phénomènes environnants (perturbations créées par l’irruption d’un produit innovant dans les habitudes du marché, celles des fournisseurs et des clients).
- Volonté de développer une nouvelle vision du monde et en particulier du monde du travail.
- Actions élaborées chemin faisant, s’auto-analysant et s’auto-produisant, en interaction et en collaboration avec le système.
- Prise en compte de l’incertitude comme un acteur du processus conceptuel
Nous retrouvons des vecteurs de l’approche des systèmes complexes.
Pour Millier, « Rien n’est donné, rien ne va de soi, tout est construit ». Un homme qui cite Bachelard [7] peut trouver auprès de nous quelques crédits !
Nous nous apprêtions à employer des méthodes classiques alors que nous sommes amenés après l’étude de cet ouvrage à les remettre en cause et à dénoncer la vision traditionnelle et causaliste de l’offre et de la demande. Il s’agit bien d’une approche systémique et constructiviste.
Le domaine de l’innovation ne suit pas les chemins du marketing classique qui ne peut fonctionner que pour des marchés existants. Interprétée sous l’angle systémique et constructiviste, la méthode de Paul Millier pointe aussi les niveaux de complexité
Devant les limites imposées à notre première approche, cette phrase de Jean-Louis Le Moigne [8] apparaît comme une bouée de sauvetage : « Si l’on vous dit : tel problème, répondez : quels projets ? »
6 Nouvelle orientation stratégique
Pour cela il faut communiquer sur le procédé de façon très ouverte. N’oublions pas que pour l’instant il ne correspond à aucun besoin. Et puis il faut recueillir des informations, nous en manquons cruellement (quels pourraient être les besoins, comment est perçu le procédé,…)
Ensuite il faut trouver des partenaires. En effet, Paul Millier préconise d’assurer la phase transformation objet technique/produit avec un « client à logique technique » parce que ce dernier peut être assez enthousiaste pour finaliser le développement.
Devant l’absence d’étude de marché, nous décidons d’imaginer un outil qui soit capable de remplir cette mission.
Internet est tout indiqué car il permet de contourner certaines contraintes de l’entreprise telles l’aspect budgétaire, le manque de temps et l’absence de structure organisationnelle. Nous concevons donc un dispositif marketing interactif et relationnel qui permettra d’instaurer une notion d’échange et de production de lien.
Notre outil illustre une approche marketing compréhensive. En effet, elle stipule avec l’empathie, que le « futur client » et la « future entreprise font partie du même dispositif d’observation et donc interagissent.Il apparaît que nous devons remettre en cause notre façon de concevoir. Nous ne pouvons pas nous baser sur des modèles (puisqu’ils n’existent pas) mais la « solution » doit jaillir de nos réflexions. En effet, nous ne disposons pas de représentations, même partielles, du produit que nous allons réaliser. Nous avons l’impression d’être nous aussi des créateurs de l’innovation ! Tant mieux, car ce n’est pas en reproduisant (sous la pression concurrentielle ou autre) que l’on développe sa créativité et ses connaissances.
Il est évident que les niveaux de complexité que nous avons révélés ne peuvent être traités simplement.
7.3 La complexité pour mieux « réfléagir »
La complexité maintenant mise à jour et prise en compte devient elle aussi un acteur.
Nous concevons donc avec elle notre manière de concevoir. L’action doit être force de proposition, s’auto-argumentant en même temps qu’elle se construit, se déconstruisant pour mieux se reconstruire jusqu’à trouver l’argumentation adéquate. C’est ce que j’appelerais la « révolaction », la possibilité de créer de nouveaux possibles par la force de l’ imagination, des connaissances se construisant et de la réflexion confondues sans qu’il y ait entre eux hiérarchisation, nous démarquant en cela du modèle analytique si prégnant.
7.3.1 Approche stratégique par la modélisation systémique de la complexité
« Au commencement est l’action ». Vous souvenez vous de cette première phrase du « Faust » de Goethe[12] ? Le concept de base de la modélisation systémique est l’action nous dit aussi Le Moigne.
Kenneth Boulding[13] distingue neuf niveaux de classification de l’état d’un système que l’on peut résumer ainsi : chemin faisant, le système devient capable de générer et de mémoriser des informations. Ses instances décisionnelles pourront s’appuyer sur ces bases auto-produites. Le système peut aussi se complexifier et se développer en sous-systèmes (sous-sytème de pilotage, d’information, de décision). En se coordonnant et en s’imaginant, il saura s’autofinaliser.
Peu à peu se forme une vision du modèle conceptuel. Jean-Louis Le Moigne parle de l’aspect projectif de la modélisation [14]. Les 3 axiomes de la modélisation systémique (opérationnalité téléologique, irréversibilité téléologique et récursivité) forment une conjonction qui établit de « tenir pour inséparables le fonctionnement et la transformation d’un phénomène, des environnements actifs dans lesquels il s’exerce et des projets par rapport auxquels il est identifiable ».
Il convient de préciser que la phase de conception est en interaction avec toutes les autres activités et c’est ce qui en fait une approche systémique comme signalée par les axiomes relevés par Le Moigne. Nous soulignerons ici l’aspect de l’opérationnalité téléologique qui reflète la pensée de H.A. Simon [15] expliquant que ce n’est pas tant la résolution du cas qui est la gageure mais plutôt la transformation.
Maintenant que nous avons traité de l’activité du système, nous pouvons évoqué son organisation. Pour Le Moigne, il est le concept central d’un système complexe. Plus précisément il s’agit d’un concept d’organisation active qu’Edgar Morin avait qualifié d’ « organis-action ».
On appréhende généralement l’autonomie de l’organisation dans la récursivité des 3 actions de base, ce qui donne : « fonctionner et se transformer, ET, maintenir et se maintenir ET relier et se relier, ET produire et se produire »[17]. Il faut relire « La méthode » d’Edgar Morin pour appréhender l’importance capitale de cette notion de conjonction. C’est ainsi que nous agissons, quitte à refaire de nouvelles approches car c’est en faisant que l’on s’aperçoit de l’effectivité ou pas du dispositif se créant alors que se créent parallèlement de nouvelles visions de ce dispositif. Pas simple pour l’élaboration du cahier des charges…Il faut savoir anticiper mais aussi savoir qu’on ne peut rien promettre.
Il est clair que la méthode à beaucoup à voir avec le champ artistique et nous pouvons comparer notre travail à certaines formes d’approche dans le monde cinématographique, théâtral, musical, littéraire ou encore dans celui des arts plastiques. Bref, là où l’incertitude est aussi de mise.
Ainsi le réalisateur anglais Mike Leigh ne construit-il pas de scénarios en amont. Il invite quelques acteurs à improviser et garde mémoire de leurs mouvements et de leurs mots pour élaborer la trame de ses histoires. Chemin faisant, le scénario se crée, rendant compte de la complexité du réel. C’est également cette complexité du réel qui guide les pas de bon nombre de documentaristes (le fameux cinéma-vérité cher à Jean Rouch avec qui Edgar Morin avait collaboré).
Certains musicologues ont pointé aussi le paradigme de la complexité en action, notamment dans le jazz [18].
Fig. 6 : Thelonious Monk, la complexité en action
Et que dire de l’écrivain devant sa feuille blanche ?
Ce qu’il y a de commun dans toutes ces démarches et dans notre projet, c’est que la décision est remplacée par l’action car la construction du sens donne directement à l’action des orientations lui permettant de s’auto-dérouler. Comme pour notre projet, l’action s’engage vers une finalité mais non dans la volonté de trouver une solution optimale, une « réalité de premier degré » pour reprendre Watzlawick.[19]. C’est vraiment ce qui se passe par exemple en jazz session ou lors d’un bœuf musical dans un quelconque registre.
C’est ainsi que nous entrevoyons notre dispositif, apportant finalement une solution systémique à l’approche marketing.
Il n’est pas simple d’utiliser de telles méthodes puisqu’elles produisent des fonctionnements nouveaux qui, force est de le constater, déstabilisent la plupart. Comment en effet, pour reprendre l’exemple de notre réalisateur anglais, convaincre un producteur en l’absence de scénarios ?
Les hommes aiment les cadres et les pratiques établis car ils y trouvent refuge. Les représentations cartésiennes ont encore le vent en poupe. Ne pourrait-on former plus amplement à la pensée complexe ? Ainsi il nous semble pertinent de réfléchir avec Edgar Morin (dans le champ de l’écologie de l’action humaine) et Jean-Louis Le Moigne à « la conscience du fait que tout acte s’engageant engendrera toujours des effets non anticipés et souvent non désirés… » [20].
Prendre part à ce projet pour l’entreprise est formateur mais sa finalité attendue reste surtout le succès de son innovation, c'est-à-dire sa réussite économique. Il serait intéressant qu’elle adopte une vision plus globale de son évolution.
S’il semble y avoir dislocations entre les phénomènes, accélérant la sensation de complexité, l’approche systémique, en prenant en compte « l’inter » dans une vision anti-manichéenne semble tisser des liens dans l’univers (mais peut-être ne fait-elle que les restaurer…).
L’apparente évidence de mondes touchant à leurs fins est donc contredite par cette pensée complexe qui postule que ce qui est observable est élaboré par un point de vue. En construisant son environnement, l’acteur y inscrit sa responsabilité.
En tant qu’acteurs d’une recherche sur notre propre action, nous avons pu varier nos points de vue et accéder à des réalités différentes. En proposant de rendre compte de l’approche systémique en conduite de projet, plus spécifiquement dans le domaine entrepreneurial, nous pouvons suggérer un constat au niveau épistémologique et au niveau pragmatique.
La question centrale de cet article était de savoir si l’on pouvait appliquer l’approche systémique à tous les stades de la conduite de projet. Nous constatons d’une part que la vision systémique délivre des horizons satisfaisants mais aussi que les recherches n’ont pas été entreprises dans tous les domaines. Elles s’imposent pourtant dans tous les champs de la connaissance. Certes, il n’est pas question de construire une méthodologie standardisée, cela n’est guère possible et certainement pas souhaitable. Aussi, si nous préconisons l’approche systémique, il convient de préciser que certains passages sont à inventer !
Nous constatons que si le concept de la pensée complexe est prégnant dans le monde de l’éducation, une sensibilisation serait nécessaire dans d’autres domaines, en particulier dans celui de l’entreprise. Car adopter la méthode est un fait, la faire adopter en est un autre.
Cette approche permet de comprendre que ce n’est pas tant une solution qu’il faut trouver à un problème mais qu’il est plus enrichissant de changer les représentations que l’on en a.
Grâce à ce cas d’étude, nous avons pu avoir une attitude réflexive sur notre fonction à travers une recherche collaborative. L’approche systémique et le développement de la pensée complexe nous ont permis de faire varier nos modes d’interventions et nos rapports dialogiques, de composer avec les contradictions et de remettre en cause notre mode de fonctionnement.
Catherine Gheselle
Bibliographie
R.L.Stevenson Voyage avec un âne dans les Cévennes, 1879
E.Morin La Pensée complexe, ESF Editeur, 1990
G.Bachelard La formation de l’esprit scientifique LibrairiePhilosophiqueJ.Vrin,1983
Paul Millier Stratégie et marketing de l’innovation technologique, Dunod, 1997
A.Mucchielli Approche par la modélisation des relations, A. Colin, 2004
A.Mucchielli La Nouvelle communication, A.Colin, 2000
A.Mucchielli Approche systémique et communicationnelle des organisations,Colin,98
E.Morin Revue Chimères n°5/6, 1998
J.-L. Le Moigne La modélisation des systèmes complexes, Dunod, 1995
E.Morin La complexité humaine, Flammarion, 1994
E.Morin et J-L Le Moigne L’intelligence de la complexité, L’Harmattan, 1999
J.Piaget Biologie et connaissance, Gallimard, Idées n°288
K.Marx Le Capital, Livre 1. Ed. Pléiade Œuvres T.1
Goethe Faust, 1832
H.A. Simon Article « L’architecture de la complexité » dans The Sciences of the artificial, 1969
M.Y. Bonnet « Le jazz, musique improvisée, exemple de création et d'innovation, article paru dans Interlettre Chemin Faisant MCX-APC », n°27, Mars 2005
P.Watzlawick La nouvelle communication, Points, 1981
Netographie
mcxapc.org Association pour la pensée complexe
revue-chimeres.org Site de la revue Chiméres

1. Introduction
Avez-vous déjà vu passer un vol d'étourneaux sansonnets ? C'est un spectacle à nul autre pareil car il nous questionne sur l'intelligence collective.
Comment peut-on expliquer les mouvements collectifs des étourneaux et leurs grands rassemblements ? Est-ce que tout cela compose avec une organisation, une hiérarchie ? Est-ce que les oiseaux forment des groupes spontanément ? Sont-ils solidaires et ont-ils le souci de leurs prochains ? Est-ce que leurs mouvements sont liés à un souci d'efficacité ?
A travers ces questionnements se dessine un parallèle avec l'activité humaine et plus précisément avec la gestion de projet, et plus particulièrement l'organisation dans le monde du travail. Je me suis demandée s'il était possible d'établir une relation de proximité entre l'activité des oiseaux et celle des hommes. Pour cela , je me propose d'étudier le fonctionnement des uns et des autres en situation collaborative lors d'un projet commun. Pour les premiers, il s'agit de ces grands déplacements et pour les autres, je choisirai une activité sociétale qui permet de mettre en oeuvre l'intelligence collective.
Limoges-Juillet 2006 : rassemblement
près de la gare vers 19 heures.
2. Etourneau sansonnet, qui es-tu ?

Nîmes - Septembre 2006 : rassemblement dans les
platanes vers 19 heures
En cours d'élaboration.
A suivre...
Ecriture collaborative ou informations complémentaires sur le sujet bienvenues !



